Après le raz-de-marée de Silent arm (1 million d'albums vendus et futur du rock millésime 2005), Bloc Party a pris son temps pour en donner une suite et à l'écoute de ce -ô combien -attendu deuxième album, on se dit qu'ils ont rudement bien fait. a weekend in the city est autrement plus ambitieux que son prédécesseur, les Anglais ne se contentant plus aujourd'hui de guitares tranchantes comme seules armes de destruction massive. Là où Silent arm avait un côté systématique (6 bons titres et 6 ersatz de ces 6 bons titres), le nouvel opus révèle une richesse jusqu'alors insoupçonnée chez les Anglais. Song for Clay en ouverture donne le ton : un titre ample accumulant avec maestria les niveaux de lecture à la manière d'un TV on the Radio. Bloc Party n'a pas perdu sa force d'impact et la qualité abrasive de sa musique ; même s'il n'y a aucun Banquet à l'horizon. Les Anglais semblent avoir voulu conscientiser leur musique, ils ont soigné leurs sonorités de guitares - lumineuses à souhait -, ils ont pensé les arrangements au delà du trio-basse-batterie,ils ont décidé de pousser plus loin les structures et pour tout cela, ils s'en sont donnés les moyens.
Hunting for witches ose les programmations électroniques pour donner plus de jus à la rythmique de fer. Les claviers ou les cordes (On) sous-tendent nombre de morceau. Et comme une compensation généreuse, la batterie n'a jamais été aussi débridée : tribale, martiale, précise mais aussi quand il le faut délicate voire absente. Et puis il y a Keke, superstar vocale de cet album. On connaissait déjà ses intonations à la Robert Smith, on le découvre plus black et plus chaud dans sa tessiture, comme s'il avait retrouvé tout le charme de ses origines. Il y a un coeur énorme dans le magnifique Uniform tout autant dans Kreuzberg ; une certaine soul derrière la joliesse de Waiting for the 7.18, un titre qui nous fait attendre dans le cocooning hivernal la force du soleil estival. Il y a un soupçon de gospel dans T*he Prayer,* un single pas si évident que cela, un titre tout sauf premier degrés. A se demander si Bloc Party n'est pas en passe de devenir le Afghan Whigs britannique ? Bon nombre de morceau en ont le charme et l'esprit. En tout cas, Bloc Party n'a pas visé à faire un bon album mais un bel album. Petite distinction qui leur garantira la pérennité. Le premier n'était qu'un coup d'essai, celui-là est un coup de maître.