Avant de commencer cette chronique, je dois vous avouer mon amour de Timbaland durant mes années lycéennes. Il m'a presque fait comprendre à lui tout seul l'importance que pouvait avoir un producteur dans le processus de création et la carrière d'un artiste. Bien sûr, comme disait la légende, j'avais compris qu'il ne changeait pas tout en or ; l'exemple de Madonna est le plus parlant, ses productions pour « Hard Candy » signent pour moi le début de la chute de la Queen of the Pop. Timbaland la suivra quelques années après, ne réussissant pas à se démarquer dans la décennie Trap (bon, difficile aussi de se démarquer avec un style pareil…) Je pensais avoir tout écouté de sa période la plus faste et Pop mais je découvre maintenant ce Red Carpet Massacre des Duran Duran sorti en 2007.
L'équipe duranienne vient de reperdre leur Andy, sa dépression entraînant de nouvelles dissensions. Sony propose alors au groupe de bosser avec la Team Timbaland ; Danja et Justin Timberlake sont forcément de la partie. Tous les artistes présents sur ce projet s'avouent respect mutuel et Duran Duran vont revoir leurs méthodes de travail, posant alors des textes et des mélodies sur les beats de compét’ de Timbo. C'est bouclé assez vite et le seul single « Falling Down » sortira sans faire de vagues… On est clairement face ici à un projet de Timbaland qu'il n'a pas changé en or.
Cela s'entend sur plusieurs pistes, dont celle d'ouverture « The Valley », ce beat et cette bass minimaliste ont pris un sérieux coup de kitsch ; il va falloir que je me réécoute mes albums préférés de sir Timbo pour voir si eux aussi ont pris ce sale coup dans la tronche. Le beat amateur de « Red Carpet Massacre » sonne faux dans sa tentative de sonner réaliste et le « Nite-Runner » qui suit est un énième sous-« Sexy Back » en compagnie de Justin Timberlake… Ce début d'album commence mal, mais malgré tout, il y a quelque chose qui ressort de ces pistes calibrées, ou plutôt, quelque chose qui dépasse, déborde, une sorte de liberté créative à laquelle Duran Duran nous a habitué, la puissance de leurs compositions. Même les morceaux les moins biens produits finissent par gagner en force. On en oublie le coup de kistsch !
Le single, « Falling Down » donc, est une des réussites de l'album, ballade écrite dans l'esprit de proposer quelque chose d'aussi fort que leur « Come Undone » 90’s dont Timberlake et Timbo étaient fans ; le riff précis et mélodique de la gratte sur les refrains devrait vous hanter encore quelques temps. « Zoom In » est moins ambitieuse mais la répétition et l'évolution de son motif au synthé donne le sentiment d'une délicieuse montée en puissance. L'instrumentale « Tricket Out » et sa progression de clavecins gothiques est la curiosité de l'album, aussi bien dans la discographie des uns que des autres. Le reste de l'album surprendra moins, la Team Timbo dans leur zone de confort offre le minimum syndical et les hooks des Duran surprennent moins.
Malgré une couverture médiatique conséquente due à cette tête d'affiche, la sauce ne prendra pas et Sony arrêtera très vite les frais de la promo, de même pour Timberlake et Timbo, déjà sur le prochain Madonna. Il est dommage car malgré ses défauts, Red Carpet Massacre et sa jolie pochette (rappelant le « Reproduction » d’Human League), chronique de l'ère de la télé-réalité, possède un charme, un certain plaisir dans les bricolages hybrides qu'il propose, assez de gimmicks pour ne pas être oublié. Il faut juste se faire aux premières écoutes surprenantes, conférant presque une impression d'amateurisme au projet. Après, si vous n’aimez pas… pardonnez un ex-fan de Timbaland !