C'est le 12ème album de la série, pré-publié dans le journal Pilote de février à juillet 1968 (à raison d'une planche par semaine) ; je me revois encore enfant lorsque mon père m'offrit cet album paru peu après, je l'ai encore, en édition originale donc de 1968, un peu jauni, mais pas trop abimé. Un album qui n'est pas parmi mes préférés, mais sympathique quand même, sur un nouveau pays qu'il était temps de découvrir, la Grèce étant une des plus riches civilisations du monde antique, à qui les Romains ont pratiquement tout piqué. Son riche potentiel est propice à des clichés et clins d'oeil exploités ici (les profils grecs, la gastronomie, le vin résiné, le sirtaki, le Discobole....).
Tout commence avec l'athlète Claudius Cornedurus qui s'entraine dans la forêt où nos Gaulois vont chasser le sanglier ; d'emblée, ils ridiculisent sans le vouloir ce Romain qui va se plaindre à son centurion, Tullius Mordicus au camp d'Aquarium. Cette histoire d'athlète qui s'entraine pour les Jeux Olympiques donne l'idée aux Gaulois d'y participer aussi en qualité de sujets romains, seuls étrangers admis aux Jeux. Panoramix fait en effet remarquer que les Romains peuvent y participer mais pas les Gaulois, c'est alors qu'Astérix s'écrie : Mais par Toutatis, nous SOMMES ROMAINS ! En effet, en qualité de pays conquis par Jules César lors de l'invasion de la Gaule, les Gaulois étant normalement un peuple soumis, ils sont considérés comme Romains (ou Gallo-Romains, c'est comme on veut).
Arrivés en Grèce avec une importante délégation du village, les Gaulois s'inscrivent mais on leur fait savoir que tout produit dopant est interdit, ils ne peuvent donc pas user de la potion magique qui leur aurait fait gagner toutes les épreuves. Sachant très bien qu'ils ne sont pas entraînés pour battre des athlètes grecs et romains dont c'est le métier, les Gaulois se lancent alors dans une entreprise de sape et démoralisent les athlètes romains par leur désinvolture et leur côté bon vivant. Finalement, Astérix sera gagnant de la course à pied grâce à une astuce de Panoramix (disqualification des Romains pour utilisation de produit dopant, avec le coup de la langue bleue).
L'album semble moins percutant que certains autres, certes il est 18ème dans mon Top Astérix, mais il contient quand même plusieurs moments amusants. On y retrouve les formules verbales savoureuses de Goscinny (Je te soutiens, Mordicus), les allusions (les commentaires de César sur la conquête de la Gaule), ou le défilé des athlètes qui reste un grand moment car nourri de références culturelles : le défilé des Thermopyles, Spartiates pieds nus, ceux de Marathon qui arrivent en courant, Macédoine très mélangés, Samothrace sûrs de la victoire, Rhodes qui envoie un colosse etc... sans parler des noms de personnages grecs comme Mixomatos, Plexiglas, Garmonparnas, Okeibos etc...
Cet album marque l'entrée d'Agecanonix, l'ancien de Gergovie (d'où sa phrase C'est reparti comme en 52 ! allusion à l'expression "c'est reparti comme en 40") ; bien qu'il apparaisse sans être réellement nommé dans plusieurs albums, sous l'apparence d'un vieillard, il ne se stabilise qu'au cours de cet épisode, Uderzo lui donnant son apparence définitive. Ancien compagnon d'armes d'Abraracourcix, c'est le doyen du village, il a 93 ans et il est toujours vert malgré son âge, bon vivant, amateur de jolies filles, et il n'a pas peur de défier les "gamins".
Le dessin d'Uderzo est d'une fluidité parfaite, il offre de belles images comme l'arrivée au Pirée page 21, ou l'Acropole page 23 ; il s'est encore caricaturé avec Goscinny, sculptés sur un arc de triomphe page 29. Son talent pour les beaux décors s'exprime ici avec le Parthénon et les monuments d'Olympie. La calligraphie des bulles réservées aux personnages grecs est également une jolie fantaisie. La colorisation est très riche. Je regrette toutefois que la dernière page soit un peu expédiée puisqu'elle voit la victoire d'Astérix, puis le retour en Gaule après avoir coulé un énième bateau pirate, et enfin le banquet final qui bénéficie d'une petite case, c'est malheureusement à l'époque la contrainte des 44 planches qui obligeait à compresser parfois des fins d'albums.
Au final, cet album n'est pas si mal, même si je trouve que le prétexte à voyager est assez léger, car en effet, à quoi ça rime de défier les Romains dans ces Jeux si c'est pour leur céder la palme ensuite ? mais bon, Astérix et ses compagnons se sont tellement joué des Romains qu'on peut comprendre son geste lorsqu'il avoue à Panoramix qu'il a cédé la palme à quelqu'un qui en avait plus besoin que lui. Et puis c'est l'occasion pour les Gaulois d'avoir entrepris un beau voyage touristique qui permet de nous faire découvrir un nouveau pays du monde antique.