Si, pour nous autres français, Captain Harlock (alias Albator chez nous) est la création la plus connue de Leiji Matsumoto, il en est une autre totalement inconnue dans nos contrées mais qui aura laissé une empreinte indélébile dans son pays d'origine, ainsi qu'aux USA, où elle demeure une véritable institution.
Publiée en trois volumes quelques mois après la diffusion de l'animé du même nom, Yamato est donc cette oeuvre à la fois fondatrice et fédératrice qui marquera les univers du manga et de l'animation japonaise dès son apparition en 1974. Mélangeant divers univers et genres, allant du récit de guerre au space-opera en passant par le swashbuckler, le titre laisse déjà entrevoir ce qui fera le succès des futurs créations de l'auteur.
On retrouve ainsi les mêmes figures tragiques, la même ambiance mélancolique et désenchantée, la même exaltation presque enfantine ou encore le regard acerbe sur les dirigeants de ce monde que Matsumoto illustrera avec talent par la suite, notamment dans Captain Harlock, qui fait d'ailleurs ici une courte apparition dans une forme légèrement différente qu'on lui connait.
Clairement scindé en trois parties bien distinctes, Yamato n'a pas de mal à captiver, bénéficiant d'un découpage efficace et de planches de toute beauté, même si le style très particulier du mangaka pourra rebuter, en particulier les traits atypiques de ses personnages. On regrettera également une certaine frustration procurée par le dénouement elliptique des intrigues, l'auteur préférant nous les expliquer plutôt que de les illustrer comme il se doit.
Un brin frustrant et peut-être encore un peu bancal, Yamato n'en demeure pas moins une date importante dans le domaine du manga et de la science-fiction, une oeuvre prometteuse et ambitieuse, qui suinte par tous les pores l'amour que porte Leiji Matsumoto au genre.