A Real Pain
6.5
A Real Pain

Film de Jesse Eisenberg (2024)

Une parenthèse dans la souffrance !

Ce voyage organisé, à travers la Pologne, d'un groupe de personnes, la plupart d'entre eux juifs, ayant des proches familiaux liés à un passé sombre et tragique, est surtout le prétexte pour Jesse Eisenberg, devant et derrière la caméra, de faire le portrait d'un homme. Non pas celui qu'il incarne lui-même, l'éternel angoissé, parfois maladroit, à la Woody Allen. Mais celui qui est joué par Kieran Culkin, nommé Benji.


Une catégorie d'être dépeint par le scénario d'Eisenberg et interprété par Culkin avec une énorme justesse, provoquant aussi bien l'agacement que l'envie, l'admiration que l'embarras, l'irritabilité que l'attachement, souvent à l'aise avec les autres, souvent d'apparence joyeuse, mais d'une grande sensibilité, d'une profonde tristesse et solitude au fond de lui-même. Eisenberg n'avait pas besoin d'expliciter les caractéristiques de ce personnage, au détour d'un dialogue inutile, vu que je pense qu'on en a tous au moins un de ce type dans notre entourage. D'ailleurs, le fait que ce personnage soit le vrai protagoniste de l'histoire est mis en relief par le premier ainsi que le dernier plan qui lui sont entièrement réservés.


Les autres personnages, quant à eux, sont décrits superficiellement, mais ce n'est pas tant un handicap, car des hommes et des femmes, avec lesquels on sympathise durant une courte période de notre existence, lors d'une circonstance précise, sans avoir le temps de les connaître réellement, pour ensuite s'en séparer définitivement, pour ne certainement plus jamais les revoir, on en croise régulièrement. C'est la vie.


Suivant ce groupe de personnes, tout en étant fasciné et animé d'émotions contradictoires à l'égard du vrai protagoniste, on traverse divers cadres polonais. Si la séquence dans le camp de concentration souffre de dialogues, là encore, trop explicites (oui, on voit bien que ce sont des fours, oui, on devine que les murs ont été bleuis par du Zyklon B, pas la peine de nous le dire, les images sont suffisamment parlantes, le silence était de rigueur !), la visite de l'ancien quartier juif de Lublin, lors de laquelle la caméra s'attarde sur de nombreux détails banals du quotidien d'aujourd'hui pour mieux nous imprégner des lieux, pour nous faire ressentir tout le contraste avec le passé, est remarquable, tout comme une des dernières scènes, celle devant l'ancienne maison de la défunte grand-mère, dont le côté volontairement décevant dégage beaucoup de vérité. C'est tout à fait le genre de situation que l'on pourrait vivre soi-même.


Le film passe assez vite. C'est la même impression que l'on a à la fin d'un voyage. Au début, on se dit que plusieurs jours ou plusieurs semaines avant de reprendre le "métro, boulot, dodo", c'est long... ben non, pas du tout. C'est une parenthèse aussi bien pour le spectateur que Benji, ce dernier retournant à sa tristesse et à sa solitude.

Plume231
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il y a 14 heures

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