Une réalisation assez absente, mais une bonne mise en scène pour un film finalement assez réussi
Autant le dire tout de suite, j'entrai au cinéma rempli d'appréhensions ! Les films français qui parlent de littérature et du monde des "intermittents du spectacle" ont tendance à m'agacer. Pourtant j'aime la littérature, j'adore la littérature même. Mais je déteste le snobisme français et son "sérieux" quand il s'agit de parler de celle-ci. Le dernier film que j'étais allé voir avec Fabrice Lucchini, "Dans la maison", tourne autour de l'écriture et m'avait profondément ennuyé.
L'acteur que je trouve pourtant assez sympathique, a par ailleurs une tendance au cabotinage qui m'exaspère souvent. Alors quand je l'imaginais réciter quelques vers du misanthrope, je le voyais déjà en faire des tonnes. Trop, beaucoup trop.
Et le misanthrope autant le dire tout de suite est l'une de mes pièces préférés, après Dom Juan, ma favorite parmi celles de molière. Personnage complexe d'une comédie et non d'une tragédie comme on peut s'y attendre, Alceste le héros misanthrope est d'une complexité intéressante dans cette pièce. Puisqu'il est en effet à la fois celui qui dévoilent les voilent du "monde", de la cours mais plus généralement des civilités, du concept qui fait fureur à l'époque "l'honnête homme", conception qui annonce finalement l'ascencion des valeurs bourgeoises. Cet orgueil presque cornellien, cette conception de l'homme qui conçoit son extérieur comme le reflet de sa vie intérieur, et qui n'est pas de ceux qui méprisent l'égo apparait alors de manière assez courageuse. Mais c'est aussi le ridicule d'un homme qui finalement tombe amoureux d'une femme superficiel et se fait berner par elle, qui abandonne sa fierté par amour. Un Don Quichotte des causes perdus ! C'est bien une comédie que cette pièce, qui se moque autant de la société que de ce personnage qui prétend haïr l'humanité !
Oui j'en reviens au film, Fabrice Luchini qui récite alceste le fait très bien, très sincèrement. On y sent l'humanité tragique, qui fait le personnage. Un personnage qui a ses faiblesses, et qui en même temps a quelque chose de très touchant en lui, dans sa misanthropie, dans ses désillusions. Sincère et blessé, c'est ainsi que j'ai retrouve le personnage interprété par Luchini. Lambert Wilson est finalement lui aussi assez touchant, dans son rôle qui m'a d'abord fait peur, d'acteur grand public jouant dans des oeuvres populaires et populistes, de secondes zones. Un personnage qui vit pleinement dans la société, un honnête homme, qui a malgré tout conscience de ne pas servir "l'art" de la comédie. Qui cherche d'ailleurs désepérément une sorte de rédemption en voulant mettre en scène cette pièce ! Il n'en reste pas moins, un acteur finalement très en dessous de son ami joué par Luchini qui a quitté cette société de comédien. Pleinement lucide de cette situation, il finit par être sympathique.
Ces deux personnages donc profondément humains et très bien interprétés ont réussi à me convaincre de ce film petit à petit jusqu'à la fin.
La réalisation est absolument inintéressante en soi, et terriblement fade, ce que je reproche souvent au cinéma français, devient finalement assez secondaire.
Avec ses héros, qui petit à petit, dévoilent un peu plus de leur faible humanité ! Et la fin aussi est finalement terriblement révélatrice quand on voit que le grand orgueil de ce misanthrope et la relation des deux amis se dénouent finalement par l'intermédiaire de petits sentiments, d'une petite rencontre anodine, d'un petit coeur au-delà des grands mots.
Je dois avouer cependant, que toute cette fine analyse des sentiments et des personnages les rendant si faibles, ne semble pas peu intéressante aux yeux de ceux qui ne se sont pas attardés sur la pièce de Molière. Bien entendu, peu importe de la connaître pour comprendre ce qu'il se passe. Mais verra-t-on le ridicule tragique qui en révèlent beaucoup sur l'humanité à travers ces deux humains trop humains.
Ce film m'a donc agréablement surpris, mais bon, malgré tout, il est bien en-dessous de la pièce de molière, qui traite dans le fond des mêmes problématiques. L'intermittent du spectacle, bienpensant et artiste, est finalement un peu le courtisan honnête homme de notre époque ! Et les vers de molière sont plus assassins, plus cruels envers la misanthropie et la cours à la fois, cherchant comme souvent le juste milieu. Ils marquent aussi longuement l'imaginaire et le coeur. Et cela me donne donc surtout envie de voir Luchini jouer sur les planches cette grande pièce.
Bref, cette pièce a réussi à s'imposer petit à petit dans mon esprit, à faire écho de cette double humanité qui se fait la guerre à l'intérieur de moi, Alceste et Philinte.
On regrettera malgré tout, que le ridicule d'alceste le rendant plus tragique ne soit pas plus explicité. J'espère que de nombreux spectateurs sauront voir ce ridicule comme volontaire et non pas y voir le ridicule involontaire de comédiens snobs qui parlent de comédie.