Asperge le mytho
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le 12 mai 2017
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Les premiers retours sur Alien : Covenant n'étant pas réellement bons et devant attendre facilement quinze jours après la sortie du film pour enfin le voir j'ai eu le temps d'imaginer le pire et franchement je suis tout sauf déçu. J'ai sans doute revu mes attentes à la baisse, peut-être étais-je très content de me rendre dans une salle de cinéma, mais franchement j'ai passé un excellent moment. Le film est moins bordélique que Prometheus qui se perdait un peu dans tout ce qu'il voulait faire et franchement les ingénieurs, boarf... Même si je dois dire que je suis un peu déçu de ne pas voir ce que Scott avait initialement prévu comme suite, parce que j'ai un peu l'impression que Prometheus n'a servi à rien et qu'on a essayé de tout faire pour gommer au maximum son influence dans la saga, en se permettant même de changer d'héroïne.
Mais en éradiquant au maximum l'influence de Prometheus, Scott se permet de construire Covenant sur des bases plus saines, plus compréhensibles; où c'est moins le bordel. Alors il y a sans doute plein d'incohérences, notamment au niveau des œufs d'Aliens, mais dans le film en lui même ça se tient, les mêmes causes produisent les mêmes conséquences, ce qui n'était pas forcément vrai dans Prometheus si je me souviens bien...
Alors en effet, on n'était pas obligé de mettre un Alien dans le film, parce que la qualité du film vient du trio Walter/David/Daniels, voire même uniquement du binôme Walter/David, on sent vraiment que Fassbender porte le film dans son ensemble et c'est lui qui est réellement terrifiant. Durant l'introduction, on s'attend à chaque instant à ce qu'il pète un câble et qu'il se mette à poignarder Weyland. Et même lorsqu'il joue Walter, même si ce androïde semble plus apaisé et serein que David il y a une tension certaine dans son regard et son expression facile, notamment au début.
Alors oui, les autres personnages sont vraiment en retrait et surtout si comme moi on n'a pas vu la Cène qui sert de prologue (j'ai juste vu celui sur David et Shaw avant de voir le film) ben on ne capte même pas qui est en couple avec qui. Dommage. Pire encore, on a donc le commandant qui crève au début du film et il se fait remplacer logiquement par son second. Celui-ci parle avec sa femme (?) de ses craintes, du fait qu'il est un croyant et que donc on ne le prend pas au sérieux. C'est un trait de personnalité extrêmement important qui aurait pu mener à des décisions irrationnelles ou que sais-je, mais non, rien... ça sera oublié bien vite. En fait ça me donne juste envie de voir une version longue du film.
Mais malgré ça j'ai vraiment aimé parce que le film semble avoir une grandeur totalement chaotique que je trouve absolument fascinante. Limite David est aussi fascinant que l'Alien lui-même dans le premier film et il semblerait que Scott ait réussi par deux fois à créer le monstre parfait. Le film n'est pas aussi simple dans son déroulement que le premier Alien (dont c'était une force), ici on a plusieurs Aliens, plusieurs lieux et ça donne une impression réellement étrange au film, non seulement tout le monde semble être contingent, mais en plus si on excepte le personnage quasiment divin de David, rien ne semble réellement être écrit, ou avoir de sens... Il règne cette impression de chaos où tout peut partir en couille à n'importe quel instant, comme si le monde était devenu fou... Et j'ai adoré ça.
Alors oui, on aurait pu se passer des androïdes qui font du kung fu, seul point réellement grotesque du film à mon avis, mais le reste possède cette saveur mi-nihiliste, mi-tragique où tout semble s'effondrer, mais où David reste le chef d'orchestre. Tous les défauts du film et il y en a, je les pardonne pour ça, pour cette tragédie destructrice où le destin ne semble épargner personne, où la mort frappe de manière aléatoire et brutale. Bien que je n'ai pas forcément compris la référence à Lord Byron, où en fait c'est pas vraiment Lord Byron qui a écrit le poème (si quelqu'un a une explication), j'ai vraiment aimé toute la scène où Walter et David discutent. Walter semble en plus porter une sorte de toge, avec David qui récite Ozymandias de Shelley devant des ruines, ça fait péplum, limite je me serais cru devant Gladiator avec Joachim Phoenix en Commode. J'ai trouvé ça vraiment bon et assez grandiose.
Contrairement à beaucoup, j'ai vraiment aimé la fin pour un plan que je trouve glaçant, il s'agit d'un plan sur Walter qui semble avoir un sourire en coin... et là tout le délice du chaos s'est emparé de moi... J'ai compris... Effectivement, la chasse à l'Alien ne vaut pas celle dans Alien ou Alien 3, mais là l'Alien n'est pas la menace principale... L'alien a trouvé son créateur, son maître et c'est lui qui est réellement terrifiant.
Bref c'est un film réellement fascinant et qui méritera largement une version longue ou une director's cut, mais rien qu'avec cette version, la folie destructrice (ou créatrice ?) de David m'a fait oublier toutes les faiblesses du film... toutes...
Créée
le 25 mai 2017
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8 commentaires
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