Je sais : en général, les adaptations de jeux-vidéo au cinéma, c’est souvent du brun.
Et je le sais aussi : les premiers retours de ce film se sont avérés désastreux.
Seulement voilà, moi, j’avais le souvenir que la dernière adaptation d’UbiSoft (« Prince of Persia » pour ne pas la citer) n’était pas si mal que ça.
Et puis il se trouvait qu’en plus de ça j’avais déjà eu l’occasion de jouer aux premiers opus de la saga « Assassin’s Creed » et que j’avoue – à l’époque – j’avais trouvé ça grisant…
Mais bon, au final toute ces considérations n’ont rien changé à la réalité des faits : « Assassin’s Creed » au cinéma c’est bien du brun, et c’est bien désastreux.
Ce n’est pas compliqué : tout est loupé ; aussi bien le fond que la forme.
Bon, après, côté fond, il faut avouer que cette saga n’était clairement pas la plus adaptée en termes de scénario pour opérer le passage au grand écran.
Prenons le seul cas de ce concept vaseux de mémoire génétique.
Personnellement, dans le jeu, ça passe encore. J’irais presque jusqu’à dire qu’il peut présenter un intérêt narratif puisqu’il permet de justifier le fait que la trame soit si scriptée et qu’on puisse la rejouer à l’infini, par morceau, sans que cela n’impacte le cours de l’Histoire.
Par contre dans un film c’est juste une catastrophe.
« Depuis la nuit des temps, nous dit le carton d’introduction, Assassins et Templiers se battent à la recherche de la Pomme d’Eden dans laquelle est contenu le code génétique de la désobéissance originelle permettant à l’Humain d’exercer son libre arbitre ».
Eh bah là, tout de suite, j’en saigne même du nez voyez-vous.
Déjà, aucun effort pour poser l’univers ni même le principe d’opposition entre Assassins et Templiers. C’est balancé comme ça. A prendre ou à laisser. Tant pis pour tous ceux qui n’ont jamais joué au jeu.
Et puis en plus de ça il faut qu’on ait toujours dans les pattes ce concept de mémoire génétique qui, hors du contexte du jeu, est juste… horriblement flippant et con ?
Allons donc, le libre arbitre serait donc génétique ?
…Et la Pomme du jardin d’Eden contiendrait ce code génétique ?
Mais… Mais quoi ?!
Même pour moi qui ai joué au jeu j’ai halluciné face à cette trame de base totalement ubuesque d’absurdité.
Alors après, OK, j’entends l’argument qui consiste à dire : « Bah ouais mais – hey ! – c’est l’histoire du jeu ! Tu voulais qu’ils racontent quoi à la place ? »
Sauf que ceux qui disent cela semblent oublier qu’on parle d’une adaptation au cinéma là. Et que le principe d’une adaptation d’un média à un autre c’est justement d’ADAPTER.
Le jeu-vidéo et le cinéma, ce sont deux médias différents qui usent de codes différents.
On ne raconte pas les histoires de la même manière et – surtout – on ne peut pas raconter les mêmes histoires !
Or, l’intrigue du jeu « Assassin’s Creed » est, pour moi, purement inadaptable au cinéma en l’état. Les histoires de mémoire génétique, de régression, de synchronisation, d’Animus… Tout ça ce ne sont que des artifices pour justifier la structure d’un jeu ! Rien d’autre !
Du coup reproduire ça tel quel dans un film ça n’a juste pas de sens !
Cette histoire il aurait fallu la remodeler pour que ça se rapproche des principes d’un « Total Recall » ou un « Matrix » !
Mais comme ce film a été pensé dès le départ comme un pur produit de fan service, on sent bien qu’il n’a jamais été considéré un seul instant dans ce projet qu’on puisse modifier l’intrigue d’origine.
Et ça, c’est clairement l’erreur fatale…
Mais en plus de cela, il a fallu qu’au désastre du fond s’y emboite le désastre de la forme.
Parce que bon – on ne va pas se mentir – en allant voir « Assassin’s Creed », moi je voulais revivre les frissons que j’avais eu dans le jeu en escaladant des édifices architecturaux magnifiques ou en me baladant dans des rues imprégnées de l’atmosphère de leur époque !
…Eh bah dans ce film : que dalle !
« Assassin’s Creed » est filmé par un ahuri sans talent ni patte qui enchaine les fautes de goût de minute en minute.
Et vas-y que j’enquille des plans dégoulinants de CGI ; que j’impose une photo dégueulasse très contrastée et jaunie pour éviter qu’on remarque que l’incrustation des effets numériques ne marchent pas ; et surtout vas-y que je te cut ça dans tous les sens pour donner artificiellement du rythme.
C’est juste LAID.
Pour le coup, les (rares) plongées dans le passé n’ont que des allures de parties de jeu-vidéo mal dégrossies (un comble quand même !) dans lesquelles il m’est apparu quasiment impossible de me projeter mentalement tant la réalisation et le scénario ont voulu les limiter qu’à de banals moments de courses et combats en tout genre.
En d’autre termes, il s’appuie sur tout ce qui ne marche pas aujourd’hui dans le blockbuster américain tout en s’appuyant en parallèle sur tout ce qui fonctionne le moins bien dans la saga du jeu qu’il adapte !
Ce n’est pas compliqué, à bien tout considérer, ce film fait vraiment tous les mauvais choix.
Il se focalise davantage sur l’intrigue d’Astergo alors que c’est ce qui gonfle tous les joueurs.
Il délaisse l’Histoire au profit de l’action.
Il s’éloigne du photoréalisme pour se rapprocher de la grosse bouillie de pixel.
Ce film est un véritable naufrage, à la fois en tant que film, mais aussi en tant qu’adaptation.
Bref, autant « Prince of Persia » avait su se construire en tant que divertissement à part entière pouvant se regarder comme un banal divertissement sympa par les novices, autant cet « Assassin’s Creed » est totalement resté enlisé dans son fan-service au point d’oublier au passage qu’il pouvait être autre chose que ça.
Le résultat est juste consternant.
Bien peu inspirés furent les hommes et femmes à l’origine de cette idée là.
Un vrai désastre…