Le retour du nerveux guerrier gaulois sur les écrans, en reboot 3D made in France, est un petit bijou graphique autant qu’une réussite narrative dans l’adaptation, avec un équilibre idéal entre la fidélité à l’œuvre originale et les apports nécessaires à tenir une trame aux enjeux forts. Le duo de réalisateurs – Alexandre Astier à l’écriture et aux commandes de la comédie, Louis Clichy aux manettes graphiques et rythmiques de l’image et du montage – livre un divertissement animé qui n’a rien à envier aux monstres américains du genre.
L’image, c’est d’abord un respect des personnages dans les moindres détails, jusqu’aux apports de matières et de textures. C’est aussi une collection d’hommages discrets aux grands peintres lors de plans, souvent larges, toujours fugaces – comme quelques albums d’Astérix en comportent parfois. Puis c’est une fluidité fascinante, le plaisir fort du mouvement pour une aventure du village d’irréductibles gaulois, qu’on dévore d’un coup, comme les albums.
Le scénario s’appuie sur l’histoire originale, inspiration et structure respectées de bout en bout, et y inclus quelques intrigues annexes pour densifier le récit, pour l’intensifier aux moments opportuns, et placer la joyeuse bande de bagarreurs armoricains dans une position dramatiquement préoccupante. Une tension presque inédite jusqu’alors dans les aventures des moustachus braillards et colériques, mais totalement dans l’esprit général des créateurs Uderzo et Goscinny. C’est prenant, intense. C’est plein d’émotions, de rires et de suspense, avec des mises en danger fortes et toujours très habilement amenées.
Puis le plaisir des voix. Roger Carel en tête, qui n’a rien perdu de sa jeunesse. Guillaume Briat pour composer un Obélix idéal. Et Alain Chabat, Elie Semoun, Florence Foresti, Lorànt Deutsch. François Morel, Olivier Saladin, Baptiste Lecaplain, Géraldine Nakache, Laurent Lafitte. Tous avec un bonheur non feint, pas toujours identifiables d’emblée tant le travail de composition est dense et précis : du pur jeu vocal, une partition chorale dirigé avec une forte envie d’énergie par le chef d’orchestre Alexandre Astier.
Astérix - Le Domaine des Dieux, c’est une belle réussite française. Louis Clichy, passé par Pixar, mêle avec talent et virtuosité les techniques graphiques du studio américain et le graphisme narratif hexagonal pour respecter les dessins originaux en y insufflant la vie et l’énergie qui y grouillent. Quand Alexandre Astier, dans un scénario excitant, déploie les possibilités dramatiques les plus intenses en restant dans l’esprit, et dirige un ensemble choral avec inventivité et liberté pour incarner au mieux des personnages appréciés et particuliers.
Et ce n’est pas sans chauvinisme qu’on apprécie évidemment qu’un Astérix en 3D ait été porté et réalisé par une équipe française rassemblant de nombreux talents. Et réussisse le pari, sans potion magique, mais avec finesse et travail, du divertissement familial.
Matthieu Marsan-Bacheré