Un scénario qui joue sur la temporalité a de fortes chances de commettre un impair quelque part, en oubliant tel ou tel aspect de la répétition. Ce n’est pas le cas ici, et que l’appel du film se révèle en être l’atout majeur est bien ce qui séduit avant tout dans Edge Of Tomorrow.
Le major Tom Cruise est dégradé pour combattre au front face à d’envahissants aliens. Mais au front, le contact du sang d’un de ces visiteurs lui octroie le pouvoir de toujours se réveiller au matin de la même journée dès qu’il meurt. On est loin du confort de Groundhog Day : ici le réveil a lieu sur le tarmac d’une base militaire en effervescence, et si le soldat Tom Cruise peut prolonger le moment au-delà d’une seule journée, il lui faut finalement mourir pour revenir. D’abord perdu, enfermé dans un espace qu’il ne comprend pas, condamné à errer dans les angoisses du débarquement, il finit par chercher à comprendre, et retrouve la belle Emily Blunt, impressionnant soldat de légende. Tous deux vont s’efforcer d’utiliser le pouvoir du pauvre soldat de manière utile. L’occasion d’un entraînement spécial, où la progression du héros vers l’achèvement d’une mission ressemble à l’insouciance du gamer sur sa console : l’inconvénient de mourir, c’est qu’il faut repartir du début, l’avantage c’est que tu connais de mieux en mieux le parcours.
Avec un très bon film de guerre pour mettre en avant l’intelligence du scénario, Doug Liman continue d’affirmer qu’il aime le divertissement intelligent. Edge Of Tomorrow demande un véritable investissement de spectateur pour s’apprécier pleinement : chaque scène dit quelque chose de l’intrigue, et chaque chose à sa place modèle le puzzle complet. Un scénario d’orfèvre.
Puis Tom Cruise n’est jamais aussi bon que dans ces personnages un peu trop sûrs d’eux, soudain démunis devant une situation qu’ils ne peuvent comprendre.
Matthieu Marsan-Bacheré