L'Oublié de l'Enfant Prodige
Adapté du romancier J.G.Ballard plus connu pour ses écrits de Science-Fiction que pour ce roman semi-atutobiographique, Empire Of The Sun est une perle relativement méconnue dans la filmographie de Steven Spielberg. Succès relatif mondial qui totalisa plus d'un millions d'entrées en France, ce film n'en est pas moins une pièce maitresse dans l'oeuvre du réalisateur.
En 1987, Steven Spielberg a déjà à son actif bon nombre de ses plus grands succès. Entre 1975 et 1985, il a réalisé 7 films, dont trois chefs-d'oeuvres qui furent des succès incontesté tant au niveau commercial qu'artistique. Mais voilà, l'homme n'a pas encore abordé de sujets jugés sérieux et adultes. Et même si la Couleur Pourpre possède un ton résolument plus dramatique que ses précédents films, ce passage à l'âge d'Homme va véritablement se faire avec Empire Of The Sun.
On y suit James "Jim" Graham, un gamin bien arrogant et on ne peut plus bavard, enfant unique de hauts bourgeois britanniques implantés en Chine au début des années 40. Fait Historique qui a tendance à être survolé chez nous autres européens en raison des évènements de la période, la Chine est, depuis 1937, occupée par l'armée impériale Japonaise, et que nos désormais camarades nippons déclarent la guerre aux alliés, autant vous dire qu'il va y avoir vilain temps pour les colons british du coin. Et voilà notre petit bourgeois, perdu et seul au beau milieu d'une guerre civile. Il est recueilli par un escroc peu recommandable incarné par John Malkovich, qui n'a pour seul volonté que de tirer parti de l'opulence de la famille du moutard, un personnage digne de l'univers de Dickens. Le destin voudra que les deux soient liés jusqu'à la fin de la guerre.
On retrouve dans Empire Of The Sun tout ce qui fait le succès de la filmographie de Spielberg, l'enfance perdue, la quête de parents absents et cette fascination pour l'aviation. Il n'y a qu'à revoir Close Encounters Of The Third Kind pour percevoir ce dernier thème, cette séquence dans laquelle le fameux Vol 19 ré-apparait en plein désert mexicain prouve à quel point le réalisateur semble fasciné par ses engins, et 1941 ainsi que Raiders Of The Lost Ark ne font que le prouver une fois de plus. Dans Empire Of The Sun, il ne perd dans la captation exhaustive des perles de l'aviation, il nous offre simplement quelques séquences qui nous prouve à quel point Spielberg est proche de son personnage, dont une durant laquelle Jim, fasciné et intrigué, s'approche des Zéros Japonais et finit par saluer les pilotes nippons.
Loin de vouloir filmer la dureté des camps de prisonniers, Spielberg se contente de filmer la vie. La vie des prisonniers, vue par l'oeil d'un enfant de treize ans joué par Christian Bale, qui nous offre la plus belle performance de toute sa carrière. Assez âgé pour vivre parmi les adultes, mais trop jeune pour prendre part à leurs problématiques, le personnage est un témoin parfait qui permet au film de ne jamais sombrer dans le pathos et d'acquérir un ton un rien léger, totalement en accord avec l'univers du metteur en scène.
On ne peut plus visuel, cet univers est bien sûr mit en valeur par la superbe photographie d'Allen Daviau, collaborateur de longue date de Spielberg, puisqu'il fut le chef-opérateur du court-métrage Amblin' en 1968. Un véritable science de l'image est visible, et offre une beauté sans précédent au métrage. A la fois émerveillante et résolument dure, la photographie du film colle parfaitement au propos de Spielberg.
A leurs côtés, les enfants de l'image retrouvent John Williams, qui, à défaut de se perdre dans le récit musical épique, préfère joué sur une certaine discrétion dont on a tendance à oublier qu'il en est capable, tant ses partitions sont le meilleur du cinéma hollywoodien de cette période. La partition dirigée par Williams reprend notamment Suo Gân, berceuse populaire du Pays de Galles, chantée par des choeurs d'enfants, ainsi que du Chopin, mais ce qui en transparait est bien sûr l'éternel accord parfait entre les deux hommes, tant l'émotion véhiculée par les images n'en est que renforcée par la composition de Williams.
Loin de se contenter d'adapté un roman auto-biographique, Steven Spielberg se l'approprie réellement pour en faire un film sur lui-même. Ainsi, à travers l'enfance perdue de ce personnage en plein guerre mondiale, Spielberg marque la fin d'une période de sa carrière, on sait que l'Homme est capable d'autre chose que de faire appel à notre âme d'enfant pour nous émouvoir, et il saura le prouver...bien des années après.
Empire Of The Sun est un chef-d'oeuvre trop méconnu mais qui n'est en aucun cas à oublier. Bien au contraire, car rarement furent adapté avec tant de passion de tels récits, à la fois épique et intimiste, Empire Of The Sun est une oeuvre complète, fouillées, captivante et des plus émouvante. La richesse du récit est complétée par une maîtrise totale du propos, et portée par des séquences d'une beauté ahurissante dans lesquelles l'adolescent qu'était Christian Bale à l'époque tire son épingle du jeu, plus que tout autre gamin dans le cinéma américain. On ne peut que remercier David Lean d'avoir refuser ce projet tant Steven Spielberg parvient à exercer sa sensibilité avec tant de justesse.