Dans la ville (imaginaire) de Ticlaw, située en Floride, un pont nouvellement construit détourne les automobilistes de la ville, privant les habitants du tourisme, qui en est la principale ressource. Le maire a beau donner des pots-de-vin, multiplier les offres attractives, rien n'y fait, les gens ne viennent plus à Ticlaw. Dans le même temps, on suit plusieurs groupes (ou familles) qui se dirigent vers la ville.
Sorti en 1981, le film est ce qu'on peut appeler une rareté ; énorme échec critique et commercial (2 millions de $ de recettes... pour un budget de 24 !), inédit partout ailleurs, il ne doit son actuel qu'à sa sortie en Blu-ray en 2019 dans la collection Make my day.
Il est difficile d'en parler, car ça part vraiment dans toutes les directions, multipliant aussi bien les histoires que les points de vues, avec comme point d'ancrage cette ville de Ticlaw, qu'on suppose être du côté de Key West. On pense aussi bien à Trafic, pour l'amour des routes et autoroutes américaines, qu'à Robert Altman, dans la quantité incroyable de rôles parlants (plus d'une centaine !), qui composent énormément d'intrigues. D'ailleurs, le film n'a pas vraiment d'histoire au sens propres, mais plusieurs personnages qu'on suit. Un scénariste (Beau Bridges) qui plaque sa famille pour vivre avec une nymphomane portant avec elle l'urne de sa mère décédée, deux braqueurs de banque, une famille dans un camping car, deux nonnes, un couple de personnes âgées qui se fait voler sa voiture... jusqu'à la ville de Ticlaw, qui fait tout pour se faire remarquer en dépit de la déviation d'autoroute qui la prive de touristes.
Les initiatives sont nombreuses, comme l'essence et les restaurants gratuits, peindre la ville en rose, et un zoo assez original, où l'attraction principale est de faire faire à un éléphant du ski nautique !
On peut expliquer l'échec atomique du film par plusieurs choses ; d'une part, le portrait peu reluisant de américains, appâtés par le gain à tout prix, ou alors la religion qui et carrément pervertie avec une des nonnes dont la vocation vacille... et qui va finir prostituée ! Il y a aussi cet aspect éclaté à la 1941 qui peut désorienter, car ça part dans tous les sens, on pense aussi à du Altman période Nashville, et il y a de quoi être agacé par cette profusion.
Mais malgré ça, sans aller jusqu'à l'adoration, j'ai plutôt bien aimé ce film totalement fou, qui se permet même au premier plan de faire un clin d'oeil à Apocalypse Now, tout en me disant qu'il larguera beaucoup de monde, à l'image des personnages de l'histoire, comme William Devane qui incarne le maire et le pasteur de cette ville folle, folle, folle.