Noé utilise le cinéma comme ce qu'il est fondamentalement : un art. Le réalisateur joue avec les possibles. Qu'on crache sur le résultat ou qu'on l'admire, on ne peut nier que ce film a une personnalité. Irréversible ne se limite pas à l'usage de procédés préexistants, c'est une véritable performance artistique.
Allons droit au but. Dans Irréversible, il y a une véritable volonté de choquer. L'horreur est là, l'écran la crie et la transpire.
Les grandes lignes du film se limitent à une chose : la violence et le sexe sont omniprésents dans la société, et la violence engendre seulement douleur, colère et violence. Qu'il y ait une visée morale ou juste une volonté de dire les choses, le message ne peut que passer. Il passe même trop bien pour une partie importante du public, qui taxe le film d'abject et sordide pour le ranger dans le placard des horreurs. C'est sans doute parce que la vérité dérange que Noé a fait ce film. Mais voilà, malgré le tapage, ce n'est pas nouveau, et il est loin d'être le seul à aller dans ce sens. On sait que l'horreur est là, mais on ne veut pas en parler, il est donc compréhensible que nombre de spectateurs rejettent ce film qui leur impose l'horreur.
Pour sa part, le scénario est épuré, puisque ce sont des faits communs que Noé cherche à retranscrire. Il est possible de pointer du doigt les réflexions sur le sexe, qui sont globalement peu pertinentes et peuvent prêter à sourire, mais ce n'est pas l'essentiel.
L'essentiel se situe bien dans la réalisation, l'esthétique de l'image, le jeu, le montage, les sons. Tout ça rend les scènes horribles si insupportables pour un grand nombre de spectateurs qu'on en oublie ce qui vient après : la scène finale. Peut-être la plus choquante de toutes, puisqu'elle est
l'exaltation sereine de la vie, en parfaite opposition avec le reste du film
. Que penser de cette scène, après tant d'horreur ?
Qu'il provoque fascination, dédain ou dégoût, Irréversible n'est pas un film dont on peut nier l'existence.