Avec son titre à faire blêmir de jalousie les producteurs d'Endemol responsables des "Anges" et autres émissions de télé-réalité, L.A Confidential (adaptation du roman du même nom d'Ellroy) constitue un incontournable de par son aspect d'enquête policière à moult rebondissements mais surtout de par son portrait au vitriol de la machine hollywoodienne et par extension de la déconstruction de mythes proprement étasuniens. En effet, si les différents meurtres qui jalonnent le récit viennent imposer un certain rythme de façon à maintenir un niveau de divertissement, l'intérêt du film réside davantage dans la mise en abyme d'un système d'entertainment qui polarise tous les regards à Los Angeles à tel point que celle-ci et Hollywood pourraient constituer un pléonasme.
A l'aune des trois enquêteurs au caractère et aux méthodes très différents se manifeste la dissection de mythes américains fondateurs : Guy Pearce campe un carriériste et un individualiste notoire (cela fait écho à un individualisme lié au libéralisme, et donc au capitalisme, très cher aux Etats-Unis), Russel Crowe une brute au grand coeur n'hésitant pas à recourir à des pratiques illégales pour parvenir à ses fins et faisant primer la justice au détriment de tout code moral (la fin justifie-t-elle les moyens ? Son personnage rappelle la revendication très prononcé dans ce pays pour l'autodéfense et l'autoréalisation de la justice) tandis que Kevin Spacey, peut-être le plus intéressant, joue un flic starisé projetant ses intérêts à long terme dans le cinéma et non pas dans la police : il est révélateur de cette prégnance des logiques médiatiques dans le système hollywoodien où tout ce qui importe est le paraître, la diffusion d'images afin de pouvoir vendre (exemple de la mise en scène des arrestations). De ce fait, il est visible qu'une confusion des pouvoirs est à l'oeuvre puisque le juridique (duquel relève le policier) et le médiatique (souvent considéré comme le "quatrième pouvoir") s'interpénètrent.
Ainsi, la richesse thématique de L.A Confidential s'avère au final impressionnante et justifie pleinement le succès rencontré. Le dévoilement des dessous de cette usine à rêves où les faux-semblants sont démultipliés (et trouvent leur incarnation dans les putains sosies de stars) met en lumière par ailleurs la corruption des idéaux et des valeurs qu'elle-même paradoxalement véhicule à travers ses produits (les différents flics oublient au fur et à mesure de leur implantation à Los Angeles les raisons qui les ont poussées à embrasser cette voie). Très précis dans sa reconstruction d'une Amérique raciste des années 1950, aussi bien développé dans le fond que dans la forme (rebondissements, jeu des acteurs, scénario), L.A Confidential s'impose comme une pièce de maître, à ne rater sous aucun prétexte.