Fin 2002, l’épidémie de SRAS frappe Hong-Kong ; l’état d’urgence est décrété et la quarantaine promulguée. En résidence dans l’ancienne colonie britannique, le réalisateur et scénariste Wong Kar-Wai, alors en pleine production de 2046, doit entamer la réalisation du moyen métrage The Hand, un des trois segments du film collectif Eros, dont l’action devait se situer à Shanghai. Mais face à l’ampleur de la pandémie, le cinéaste chinois est forcé de reconsidérer son choix initial et se résoudre à tourner son moyen métrage dans la mégalopole hong-kongaise. Avec une équipe réduite et sur un temps très court, il parvient néanmoins à contourner les restrictions imposées par les mesures sanitaires pour livrer un film extrêmement sensuel dans le plus pur style Kar-Wai : raffiné, brutal et tragique. Se déroulant exclusivement en intérieur, The Hand narre la relation de Zhang, un apprenti tailleur (séduisant Chang Chen), et sa cliente, une escort de luxe (sublime Gong Li) nommée Miss Hua. Une relation qui vire à l’obsession chez le jeune homme admirablement retranscrite ici par le montage et la mise en scène. L’activité de ces deux personnages et leurs situations socialement opposées permet également au réalisateur de travailler le rapprochement des corps par procuration ; c’est à travers ses créations que Zhang exprime ainsi son désir pour Miss Hua, donnant lieu à des séquences d’une folle sensualité. Conçu par Wong Kar-Wai comme une célébration du toucher à une période où le contact communiquait la mort, The Hand est une réussite flamboyante.