Venise après la Peste, c'est une Venise qui part à la reconquête de ses plaisirs. L'arrivée d'un étranger est l'occasion d'explorer des fantasmes où les hommes et les femmes se rejoignent parfois d'un certain point de vue (pour une des premières et rares fois même). La Venexiana est la vieille histoire d'une rencontre intemporelle ; le récit a connu tant de siècles qu'il n'est pas encapsulé dans les questions morales ou éthiques accompagnant normalement l'érotico-romantisme. Surtout quand il en explore les abus.
En bref, Bolognigni traite de l'amour spirituel à travers l'amour charnel, et de comment l'on découvrait, déjà jadis, que l'un allait avec l'autre sans que cela fût un péché. Puisant dans les valeurs du théâtre de la Renaissance pour introduire ses questionnements modernes, les facilités du septième art en la matière ne l'intéressent pas, leur préférant la traduction libre des sentiments les uns dans les autres.
Ce qu'il explore en revanche clairement, c'est le surjeu. Pas moyen pour lui d'exprimer la sensualité autrement que par une caricature casanovienne, quoiqu'elle se garantit au moins de la vulgarité. Entre les bruitages, le doublage et l'absence totale de conviction des acteurs, le faux pas est facile et un angle se voulant subtilement suggestif devient du soft porn. Les composantes techniques du film sont si hétérogènes que l'impression devient rapidement indélogeable, comme si les costumes aussi bien que les décors vénitiens ou le texte, qui est fort beau en VO, comme si donc tout cela n'était que prétexte à étaler le propos.
L'intérêt est donc limité à la découverte d'une pièce de théâtre à moitié bien adaptée et à moitié hachée menue, ce qui est une curiosité en soi. Au pire regardable pour le certain sadisme dont arrive à faire preuve Bolognini en dissimulant l'obsession perverse d'un Don Juan courtois.
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