La banalité du mal, bien entendu, le refus total de la dramatisation, de l'inféodation à la narration. La grande force, c'est d'avoir réussi à faire un film qui respire le cinéma de bout en bout (quitte à parfois étouffer lui-même dans son propre dispositif ?) sur le sujet (la Shoah) qui a le plus été considéré un objet de cinéma impossible. Reste toujours cette question, encore plus glaçante que le film, car elle s'adresse directement à nous : et si, au fond, cette mise à distance nous arrangeait bien ? Et si ce que le film mettait en scène, ce n'était pas ce que nous parvenons si naturellement à faire, hier comme aujourd'hui, sans vraiment nous en rendre compte, sous couvert d'excuses permanentes (c'est loin ; ce n'est pas nous ; on ne peut rien y faire ;...) ? On arrive à se dire : certes, les monstres sont comme nous, et il est toujours important de le rappeler, mais nous sommes aussi, à bien des égards, comme eux.