À la fin restait le Verbe
L'œuvre de Bresson se fait ici des plus ambiguës. La première séquence du film pourrait illustrer la quête du Graal selon le cinéaste ; une quête qui se résumerait alors aux combats passablement sanglants entre quelques chevaliers un peu balourds (on penserait presque à « Sacré Graal »). On se dit alors qu'on va assister à une véritable entreprise de désacralisation d'un mythe, ce que la suite ne semble pas tout à fait démentir : la forteresse du roi Arthur se résume à un ensemble de pièces grisâtres, les tournois sont filmés comme des systèmes mécaniques tournant à vide, les préoccupations des chevaliers n'ont pas grand chose de noble …
Mais en même temps, il y a une sorte de pérennité du verbe, comme une force particulière accordée aux dialogues, seul élément subsitant à pouvoir préserver la grandeur et le lyrisme de l'œuvre d'origine. À cet égard, on notera que, comme souvent chez Bresson, le jeu d'acteurs est des plus minimalistes, comme si ces derniers étaient forcés à réciter leur texte. Se crée alors une sorte de discordance interne au film, où deux mouvements antagonistes s'affrontent – l'un vouant une œuvre à l'usure, l'autre s'employant étrangement et faiblement à lui faire garder quelque souffle épique.