LE JOUR ET L'ENNUI (voyage au bout du nanar 4)
Bernard-Henri Lévy est quelqu’un de prétentieux. Non content de se dire « grand » philosophe – mais qui se souviendra de son œuvre dans 100 ans ?? – et de se faire passer pour un citoyen engagé dont la voix compte – mais toutes ses analyses géopolitiques se sont toujours révélées fausses… – il prétend aussi faire de l’Aaaaaart… Un type aussi génial que lui ne peut être qu’un réalisateur talentueux !! Du coup, après avoir coréalisé le documentaire raté « Bosna ! » en 1994, il a pris sa caméra sous le bras et, quelques menus deniers en poche – 53 millions de francs !!!!, une broutille, quoi !! – s’en est allé, col de chemise ouvert et cheveux au vent, tourner SON chef-d’œuvre au Mexique, pays cher au cœur de sa bien-aimée Arielle. Casting de rêve : outre la beeeeelle Arielle Dombasle, Alain Delon, Jean-Pierre Kalfon, Karl Zéro, Francisco Rabal et même la grande Lauren Bacall ! Excusez du peu ! On allait voir ce qu’on allait voir !!
Ben… On a vu… « Le jour et la nuit »… Un producteur (joué par Karl Zéro), flanqué d’une belle actrice (Arieeeeelle !) vient au Mexique pour négocier les droits d’adaptation du roman d’un écrivain qui vit retiré du monde dans un trou paumé (Alain Delon). Celui-ci trompe l’ennui – car le Mexique, c’est beau, mais on s’y emmerde ferme – avec les femmes, l’alcool, la boxe et… la montgolfière !! Voilà le décor planté. Tourné par un vrai metteur en scène, l’histoire aurait peut-être eu de la « gueule »… Seulement, le hic, c’est que BHL est aux commandes… Devrais-je dire qu’il n’y a pas de pilote à bord ?? Les scènes sont jouées en dépit du bon sens, avec des acteurs qui font n’importe quoi (pas l’ombre d’une direction d’acteurs) et qui cabotinent à qui mieux mieux… Arielle Dombasle (Arieeeeeelle !!) est sous les feux des projecteurs, prenant la pose et cambrant les reins devant la caméra. Quant à Delon… Il fait du Delon ! Même Karl Zéro, aussi crédible en producteur que François Hollande en séducteur, en fait des tonnes, au point d’en être ridicule. Quant à la pauvre Lauren Bacall, totalement perdue, on se demande comment elle a pu échouer sur cet étrange rivage cinématographique…
L’histoire elle-même est incohérente, incompréhensible, sur fond de Mexique d’opérette ; il y a même des gens qui se tirent dessus et on ne sait pas trop bien pourquoi… Reste Delon, son égo surdimentionné et sa montgolfière, qui prennent de la hauteur, car forcément, Alain Delon est au-dessus du commun. Il se murmure d’ailleurs que Delon voulait réécrire la scène du combat de boxe, car il ne supportait pas l’idée que l’acteur Xavier Beauvois gagne le match !! M’enfin ! Personne ne peut battre le GRAND Alain Delon !
A la fin du visionnage de ce « chef-d’œuvre » estampillé BHL, je suis resté hébété un bon moment, encore sous le choc de l’incroyable prétention de ce navet qui a plus sa place dans un bac à légumes que dans une salle de cinéma. La preuve : ce film au budget colossal a fait un four à sa sortie en 1997. BHL, vexé comme un pou, a crié au génie incompris ; la plèbe, c’est certain, est incapable de saisir les subtilités de l’œuvre du GRAND Homme ! Il n’empêche que Claude Chabrol, qui n’est pas le dernier des imbéciles, a déclaré qu’il s’agissait là du plus mauvais film français depuis 1945 !! Et Emir Kusturica a indiqué en interview (France 2) avoir repris sa carrière de réalisateur « en voyant les dommages que Bernard-Henri Lévy pouvait causer au monde du cinéma. » Mais Bernard, alias « Nanar », n’en démord pas : son film est GENIAL ! C’est qu’il doit avoir de la merde dans les yeux ! En tout cas, moi, j’en avais après avoir vu « Le jour et l’ennui »... mais pas pour les mêmes raisons.