On fait ce qu'on peut avec ce qu'on n'a pas
Y'a dès fois où il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Pas entièrement, du moins.
Ici, l'adaptation se voulant fidèle de Bram Stocker est complètement bancale, tout est fait à la hache, de la musique au montage (Bruno Mattei rulz) dans cet ersatz mal digéré des films de la Hammer -eux-mêmes déjà en sévère perte de vitesse- avec un casting renversant de platitude. Même Christopher Lee y est compassé comme pas deux, ça sent la fin de carrière pour son rôle de Dracula. Klaus Kinski en Reinfield arrive à être convaincant par moments, et ses scènes rien qu'à lui bénéficient parfois de plans assez bien trouvés, entre autres ceux de l'œilleton donnant dans sa cellule capitonnée en plastique de formica (ah, les décors! élément majeur d'audace dans cet opus!).
Ah, sinon, le son. Un truc de malade, la jungle guyanaise sous EPO agrémentée de chats sous ecstasy envahit le film -y compris en plein Budapest- dès qu'il fait un peu sombre ou que Dracula traîne dans le coin. Les chauve-souris aphones des "Cicatrices de Dracula", pondu la même année, ont ici le cri perçant de la perruche hystérique un soir d'orage à Bruxelles. Elles sont, bien entendu, pendues sans conviction au bout des mêmes perches. On ne change pas une bonne recette. Mais vraiment, au niveau sonore, c'est extrêmement psychédélique. Un Pink Floyd de 1968 n'y retrouverait pas ses petits.
Bref, c'est globalement très mauvais et très mal fait. Mais je sais pas, moi, spectateur de 2011, malgré un certain ennui et une vraie difficulté à regarder le machin jusqu'au bout, y'a une forme de naïveté, d'audace du désespoir budgétaire -et d'inspiration- et quelque chose de sympathiquement désuet dans cette volonté d'aller jusqu'au bout et de l'assumer. Rien que pour ça, on évite la vraie catastrophe. Mais... mais... mais... on dirait bien un nanar!