Le film "Mise à mort du cerf sacré du réalisateur Yorgos LANTHIMOS, plonge le spectateur dans une expérience cinématographique particulière. Oscillant entre satyre sociale acide, thriller dramatique et conte fantastique, on assiste à l'imminence d'une catastrophe, à la fois sans pouvoir détacher le regard de l'écran et à la fois avec une sensation de gène et d'embarras.


Steven Murphy, interprété par un Colin Farrell étonnant de justesse, est un chirurgien cardiologue réputé, il vit avec son épouse Anna, ophtalmologiste et directrice de clinique, jouée par une Nicole Kidman, que personnellement, je n'avais pas vu aussi crédible dans un rôle depuis bien longtemps. Ils ont la vie idéale de ceux qui ont réussi, la maison est cossue et richement décorée, la vie sociale est importante, ils sont reconnus professionnellement, les enfants, une fille d'environ 15 ou 16 ans et un garçon plus jeune, suivent des cours de piano et de chant lyrique, et sont des élèves promis à un bel avenir. Mais déjà comme dans un Chabrol ou un Bunuel, le réalisateur nous dépeint une bourgeoisie cynique enfermée dans ses silences et ses attitudes d'apparat, mais rongée de l'intérieur par son dysfonctionnement.

Un personnage extérieur, Martin vient tout y bousculer et être le moteur d'une situation inconfortable tant pour les protagonistes que pour le spectateur. Martin dès son introduction nous fait ressentir une sensation d'embarras voire de gène.


Il convient ici de parler de la mise en scène. Très largement inspirée de Stanley Kubrick, on retrouve des perspectives et des cadrages symétriques qui enferment les protagonistes dans leurs rôles attendus, les extérieurs sont filmés en focales courtes, qui là aussi oppressent les acteurs, comme si le réalisateur voulait nous signifier que rien ne viendrait modifier le destin. L'utilisation des champs et contre champs dénote là aussi l'inéluctable qui nous est narré. Steven est filmé toujours soit de dos, soit en plongée, ce qui fait que jamais il ne semble dominer et la situation et son univers, y compris lors des scènes où il paraît être en position de force, a contrario Martin, y compris dans la scène en sous-sol où il est pourtant dominé, du moins en apparences, est toujours filmé en contre plongée, il est à la fois la clef et le maître de jeu. Effectivement si l'on pense très vite au style de mise en scène de Kubrick, il n'est nullement ici question d'un simple plagiat faute de créativité, mais bel et bien d'un choix artistique qui sert l'intrigue.


Ce film sera très clivant, les critiques d'ailleurs sont très partagées à son sujet, il n'obéit pas aux standards du genre, il est embarrassant, oppressant, on sort pleins de questions, le réalisateur a pris le partie de nous laisser beaucoup de latitudes quant aux réponses. Ce n'est pas un film facile, on peut lui reprocher de n'être qu'un exercice de style. J'y vois moi, un plaidoyer contre la vengeance et la justice populiste, celle qui veut condamner à mort à tout prix.

Spectateur-Lambda
7

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Créée

le 20 sept. 2022

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