Nirvana
5.2
Nirvana

Film de Gabriele Salvatores (1997)

Marijuana – Smells Like Teen Spirit

(Le titre fait référence à la fois à Smells Like Teen Spirit du groupe Nirvana, et à sa parodie par Weird Al Yankovic)


Injustement sous-considéré voire même comparé à Matrix à cause de son univers questionnant la réalité ou l'illusion du monde qui nous entoure. Comme c'est un monde mélangeant cyberpunk, spiritualité et drogues, c'est pour ça que Mozinor l'avait parodié en faisant dire à Christophe Lambert (Jimmi, le développeur de jeu vidéo) que "Hé mais ça sent la merde, ça" car le perso sniffe de la marijuana liquide digne de la ganja rastafari de Zion.


Et pourtant, ce Nirvana préfigure Matrix de deux ans, mais est plus proche du film Last Action Hero en plus sombre mais aussi plus soft (avec son Solo doublé aussi par Daniel Berreta) ou du jeu vidéo Omikron: The Nomad Soul sorti aussi deux ans plus tard, questionnant aussi de façon méta notre réalité.


Alors c'est sûr qu'il peut paraître nanardesque avec son monde vaguement expliqué autour d'une cité pas nommée et répartie en quartiers communautaires un peu stéréotypés ("Bombay", "Marrakech", ou encore le jeu vidéo Nirvana de Jimmi).


Sans compter les personnages pas très sympathiques ou crédibles au début, comme Jimmi qui crie parfois trop fort pour des broutilles, Joystick qui fait un peu comique de service (alors que c'est un malchanceux qui a dû remplacer ses yeux pour des implants bon marché), et même Lisa qui fait un peu femme de films indépendants français noir et blanc avec sa philo tout aussi cheapos.


Pour autant, même si les parties avec Solo sont un peu trop courtes pour se la jouer proprement méta ou être très utiles à l'intrigue (il veut que Jimmi l’efface car il ne supporte pas la répétitivité d’un perso de JV), on comprend que c'est un prétexte pour Jimmi pour revoir Lisa et sortir de son studio de développeur fantôme et se libérer de son employeur (la multinationale Okosama Starr). Dommage qu’on ait pas plus de développement pour un attachement plus profond à Solo. Mais au moins, le côté cyberpunk est bien là :


Les gens vivent dans la précarité pour la plupart, sont cantonnés à leurs quartiers sombre et crasseux, ont des prothèses cybernétiques et sont accrocs au drogue. Au transhumanisme dystopique, on rajoute la spiritualité/philosophie associées aux drogues douces et dures, un monde numérique (en incluant le jeu de Jimmi).


Nirvana passe au film de braquage mais version informatique à la Matrix (le contexte des scènes parodiées par Mozinor, c’est que Jimmi est confronté à des illusions créés par un programme de Okosama Starr pour empêcher son avatar numérique d’accéder à des données).

Il finira d’ailleurs par faire face à un double de sa femme, mais l’informaticienne à cheveux bleues Naima (amnésique mais pro du hacking) lui dire que c’est bien une fausse vue qu’elle a téléchargée ses vraies souvenirs dans son esprit.


Bref, l’univers me paraît convaincant, et on comprend le désir d’humanité et de liberté des personnages « réels » ou virtuels. On comprendra toutefois que l’exécution puisse laisser dubitatif ou paraître être philosophiquement trop vague par moments pour être profond.

Dernier exemple quand Solo s’aperçoit que Jimmi peut enfin l’effacer. Comme vous le verrez, ce n’est pas forcément clair car on peut le percevoir soit comme une euthanasie numérique soit comme l’annonce d’un futur libre-arbitre. Pour un personnage de fiction, cela peut signifier les deux :

Solo : - Que m’arrivera-t-il quand tu m’auras effacé ?
Jimmi : - Tu seras comme un flocon de neige n’atterrissant nulle part.


Darevenin
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