Suzanne a 91 ans. Bon pied, boen oeil. C’est une femme délicieuse et attachante. Elle vit seule dans une maison vosgienne de moyenne montagne en lisière de forêt. Comme son père et son grand père, elle est née dans cette maison raccordée ni à l’eau ni à l’électricité. L’eau vient du ruisseau, l’électricité -du 110- est fournie par une turbine branchée sur la rivière, installée à l’époque par ses grands-parents. L’hiver, quand la neige recouvre tout le paysage, la température intérieure dans sa chambre descend à 2 ou 3°. Mais elle garde la fenêtre ouverte. Pour aérer.
Adepte sans le savoir de la « sobriété heureuse » prônée par Pierre Rhabi, elle pense que « l’on se crée des besoins, mais finalement on peut s’en passer ». Pour elle, « l’essentiel c’est ça. Être bien dans sa peau, se contenter de ce qu’on a. De faire ce que je veux quand je veux » Et s’amuse d'incarner, en mangeant ses « légumes bio »ce qui paraissait archaïque il y a vingt ans, et qui est aujourd’hui devenu précurseur.
Sa vie va au rythme des saisons et de ses activités quotidiennes : Jardinage, arrachage de carottes, des poireaux sous la neige, cuisine, navets à râper , groseilles à mettre en gelée, tricot, mots croisés, papotage guilleret au téléphone, messe à la télé … Observation à la fenêtre de la couleur du ciel; interrogation sur l’état des précipitations entre neige et pluie.. Le soir, sur le pas de sa porte, elle écoute les bruits de la forêt, le brâme des cerfs, les cris des oiseaux.
Solitaire, ce n’est pas une ermite. Elle est revenue vivre ici après avoir été professeur de mathématiques (mais en a tout oublié), reçoit des amis de passage, la factrice qui lui livre le quotidien « La Croix » (quand l’état de la route permet de monter chez elle), le jardinier qui la fournit en plants de légumes, salue de sa voiture les habitants en descendant chercher son pain au village, et va même boire une bière avec les organisateurs d’un mini festival rock en pleine nature à deux pas de chez elle.
Tout autour de sa solide maison, le vallon est calme, les sapins majestueux, le ruisseau rassurant. Un univers de simplicité volontaire et heureuse. Les réalisateurs Stéphane Manchematin et Serge Steyer ont filmé sur quatre saisons le quotidien de solitude et de silence de cette vieille dame sereine, ses gestes lents, son visage tranquille. Sans interview ni commentaires, ils nous laissent découvrir ce temps qui passe et savourer avec Suzanne tous les petits plaisirs de sa vie.