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Tout à fait dispensable mais explorant de nouvelles facettes de l'univers de Twin Peaks, 'Twin Peaks: Fire Walk with Me' laisse une impression mitigé. Il y a en fait trois œuvres dans le film de David Lynch : un embryon de saison inédite en introduction, un fan service à visée commerciale, et un drame d'une noirceur formidable en conclusion.
Le seul véritable intérêt du film repose évidemment sur ce dernier acte. Même si l'actrice Sheryl Lee n'est pas excellente et que le mystère que la série avait construit autour de son personnage souffre de cette exhibition, le récit apporte une nouvelle dimension à la relation entre Laura, Leland et Bob. Plus qu'un esprit folklorique, Bob incarne ici les pulsions incestueuses et destructrices d'un père de famille et sa fille. Les incursions du fantastique trouvent une nouvelle signification dans la censure que Laura s'inflige pour ne pas associer son mal-être au comportement suspect de son père. Lorsque la vérité éclate, la réalisation horrifiante de David Lynch se fait virtuose jusqu'à un final à glacer le sang. Dans une certaine mesure, l’œuvre peut représenter l'aboutissement, voire la clé de la série 'Twin Peaks'.
Malheureusement, le film ne s'en tient pas là, et la première moitié du récit entache l'honnêteté de ses intentions. Le prologue introduit de nouveaux personnages plutôt intéressant, qui disparaissent pourtant brutalement du récit. Aucune connexion n'est faite ni avec le reste du film, ni même avec le reste de l'univers. Au lieu de quoi, le film se contente d'enchaîner les d'apparitions nostalgiques et dispensables des personnages iconiques. Dans le même esprit, le rôle de David Bowie semble n'être qu'un caprice bankable. Étant donné que le film adopte un ton beaucoup plus sombre que la série, les interprétations semblent distordus (Kyle McLachlan notamment) et le récit peine à trouver la profondeur qui caractérisera la dernier acte.