"Une pluie sans fin" de Dong Yue. Grand prix du festival du film policier de Beaune en 2018, il s'agit du premier film du réalisateur chinois.

Dans la chine de la fin des années 90, à cette époque charnière de son histoire entre utopies communistes encore vivaces et utopies capitalistes encore balbutiantes, une série de meurtres sur des jeunes femmes, laisse la police d'une petite ville industrielle impuissante. Yu Guowei le chef de la sécurité d'une vieille usine d'état s'investit alors dans l'enquête, au point de s'y perdre.

On va tout de suite exposer les défauts du film, comme ça c'est fait. Il a ce que tous les premiers films ont en commun comme défaut, à savoir le besoin du réalisateur de citer ses références. Regardez, je connais bien mon petit Copolla illustré. Le seven de David Fincher est présent, même à l'excès. La pluie qui rythme tout le métrage, qui lui donne son ambiance poisseuse, le vieux flic usé qui n'aspire qu'à la retraite et le jeune enquêteur plein de fougue d'abord puis abattu.

On pensera aussi au "Memories of murder" du sud coréen Bong Joon-ho (si t'as pas vu ce film fonce, c'est une tuerie).

Une autre faiblesse réside dans certaines longueurs, si beaucoup sont justifiées et permettent d'installer le récit, certaines ennuient.

Le filme possède cependant d'indéniables qualités. Sa narration nous plonge dans une oeuvre qui s'inscrit aussi bien dans le film noir, le thriller psychologique ou la peinture humaniste.

La mise en scène est virtuose, les plans sont géniaux et les idées de réalisations folles. La scène de la poursuite au milieu des trains et des usines est un modèle en terme de montage, de tension, d'émotions ressenties. Les émotions du film sont servies admirablement par la bande originale.

On soulignera aussi les jeux des acteurs, que ce soit les principaux protagonistes ou les seconds rôles. Une mention particulière pour DUAN Yihong qui habite son rôle comme rarement on l'a vu.

Dong Yue signe une première oeuvre qui fascine par ses qualités évidentes, il convoque Emile Zola et sa peinture de la saleté industrielle, ou encore Balzac. J'imagine qu'on peut citer des auteurs chinois qui auront eux aussi écrits sur ces thématiques de l'ouvrier, du peuple mais je n'ai pas ces références.

N'hésitez pas à jeter un oeil sur ce film.

Spectateur-Lambda
6

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Créée

le 20 sept. 2022

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