Life goes on
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C’est dans le quartier South Central (dit du ghetto) de Los Angeles, que se déroule la première partie de Wassup rockers. On s’immisce dans le quotidien de sept jeunes immigrés, salvadoriens ou guatémaltèques (Et non mexicains, case dans laquelle voudraient systématiquement les caser flics et bourgeois de Beverly Hills) qui se déplacent en skate board, arborent des jeans moulés et t-shirt noirs à l’effigie de groupes de punk rock (Ramones, The Casualties…) et s’excitent à l’occasion sur leurs guitares électriques.
On aperçoit leurs mères les réveiller puis elles disparaissent, on ne les verra plus. Les pères, eux, ne sont nulle part, quand ils existent – L’un d’eux dira qu’il ne connait pas le sien. Clark filme ce quotidien comme un documentaire puisque les jeunes en question portent les noms et prénoms qu’ils portent dans la vie. Le film va même jusqu’à s’ouvrir sur une interview à la volée de l’un d’eux dans sa chambre d’ado, saisi en un split screen de deux plans distincts à la temporalité identique, l’un cadrant de face, l’autre de côté. Ces premiers plans racontent déjà ce que le film saisira autrement ensuite : Une curieuse adéquation entre la liberté de mouvement et l’identité malmenée.
Quelques rencontres avec des filles parsèment la chronique, on comprend que certains flirtent et/ou baisent plus facilement que d’autres – L’un des jeunes, mal dans sa peau, tente même de se suicider maladroitement, en mettant la tête dans un lavabo rempli d’eau ; Personne ne s’en inquiètera, comme si ça semblait être une habitude de sa part, on le charrie plutôt qu’autre chose. La cruauté adolescente est la même qu’ailleurs.
Puis le film glisse. Il quitte le ghetto et les sorties du lycée pour filer vers un spot « Le nine stairs » de Beverly Hills où notre petite bande enfile les sauts dangereux comme d’autres passeraient le temps sur leur console vidéo. Ce sont les plus beaux instants du film à mes yeux, tout simplement car ils symbolisent une forme d’accomplissement de leur journée et parce que Clark construit en quelques minutes une véritable chorégraphie de groupe, un concert de sauts où chacun récite sa partition, dans un agréable brouhaha de roues en uréthane et planches en bois heurtant le bitume, râles de douleurs, discrets témoins d’admiration.
Dans la foulée de ce moment de suspension, une nouvelle rencontre s’impose, avec deux adolescentes cette fois, deux filles de la haute, qui permettent au film de prendre un nouvel élan. Le film bascule dans une autre parcelle de chronique (Le contrôle de police d’un flic zélé) puis dans la fiction improbable, sur les hauteurs de LA, dans ces immenses baraques de stars où les demoiselles ont convié les garçons. Avec dans leur fuite, l’irruption dans une villa d’artiste bigarré, celle d’une milf alcoolique et en point d’orgue la rencontre tragique dans la propriété d’une célébrité (Qui ressemble beaucoup à Clint Eastwood) qui va utiliser son arme car chez lui, dit-il, on tire avant de parler.
Malgré la teneur dramatique (Un garçon est arrêté, un autre est tué) de cette étrange journée hors des bases, le film est parsemé de moments très drôles qui lui confère un parfum de liberté foutraque, comme si enfin on avait donné à ces jeunes oubliés de LA la possibilité de jouer la comédie, d’investir des lieux de rêves voire même de pouvoir y mourir. C’est passionnant. Quant au dernier échange qui clôt le film après un interminable et magnifique retour par les transports, façon Les guerriers de la nuit, il est absolument somptueux, doux, groupé. A l’image de la mise en scène globale, sensuelle, qui sait varier les focales, saisir le groupe d’adolescents autant que leur épiderme. Grand film.
Créée
le 15 avr. 2017
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