Firewatch est le premier titre du petit studio de San Francisco, Campo Santo. Titre sorti début 2016 et qui aura fait du bruit tout au long de l'année, agrandissant doucement sa fan-base et empochant régulièrement les prix.
Fort de sa réalisation originale, le gros atout du titre reste cependant sa narration. Parfaitement le type de jeux qui m'attire et dont il aura fallu que j'attende la sortie sur mon support pour pouvoir y goûter.
Le titre nous transporte à la fin des années 80 et commence par un petit pitch assez morose où l'on apprend que notre récente petite amie avec qui le monde tournait parfaitement rond, se retrouve quelques années plus tard atteinte d'une forme rare d'Alzheimer (ne pas se rappeler de l'orthographe exacte de ce mot est déjà un signe, méfiez-vous) et l'on perdra au fil du temps le contact qui nous unissait à elle. Arrivé au stade critique où elle ne nous reconnait qu'en de rares occasions, on décide alors prendre du recul sur toute cette situation et acceptons un poste de guetteur en pleine forêt pendant tout un été. Histoire d'être un peu seul, au calme et qui plus est dans un cadre sympa.
Et c'est vrai qu'il est sympa ! À peine arrivé on se plait déjà à marcher dans cette forêt aux tons chauds. À écouter le vent faire bruisser les arbres, les feuilles, l'eau.. On en deviendrait presque jaloux de ne pas être présent. Et pour renforcer cette immersion les développeurs ont eu le bon goût de nous dispenser d'un hud remplissant sauvagement notre écran de tout un tas d'informations parfois bien superflues (merci Mirror's Edge).
Une fois nos marques prises avec le gameplay pas toujours précis ou instinctif sans être vraiment gênant (de l'escalade, des interactions avec certains objets, et une carte avec notre boussole afin de ne pas se perdre dans cet espace), on récupère très vite un talkie-walkie à partir duquel l'on communiquera tout au long de l'aventure avec notre seul contact avec quelqu'un (ou presque) : Delilah. Notre interlocutrice nous guidera dans un premier temps en nous expliquant le but de notre boulot, à savoir surveiller depuis notre poste d'observation si l'on aperçoit de la fumée au loin, à vérifier les alentours d'éventuels promeneurs imprudents ou malveillants. En bref, s'assurer que chacun respecte le parc et que personne ne se retrouve en mauvaise posture quelque part.
Mais Delilah fait ce métier depuis un bon moment maintenant, et sait qu'il est impératif de tisser un bon contact avec les saisonniers afin de rendre l'été plus agréable pour tout le monde. Malgré les premières réticences de notre "héros", force est d'admettre qu'elle sait s'y prendre et devient très vite attachante.
Les jours s'enchainent et notre relation avec elle se retrouve de plus en plus intime, mais les événements que l'on rencontrera mettront celle-ci à mal, changeant notre escapade estivale en enquête au long cours de plus en plus intense, bien que très obscure de prime abord.
C'est ici que tout est drôlement bien fichu. La qualité d'écriture des dialogues, les doublages des deux protagonistes, le naturel des conversations... Le ton est très adulte et ne plaira d'ailleurs pas forcément à un public adolescent. Il faut un peu de "bouteille" pour pleinement apprécier cette relation et cette intrigue. De plus, il nous est offert par moments certains choix de réponses souvent durs à prendre, tant chacune des options paraît légitime mais celles-ci conviendront malgré tout à chacun d'entre nous. Ce détail peut sembler léger mais pour ma part je trouve que c'est un très bon motif afin de refaire le titre et de découvrir toutes les discussions "cachées" que l'on peut avoir avec notre partenaire (renforçant certes un peu artificiellement la durée de vie, et à noter aussi que ces différents choix n'impactent au final que peu la trame principale).
Voilà enfin le seul petit bémol à cette histoire. Car il faudra compter quelques heures à peine pour le boucler une première fois, puis beaucoup moins lors des expériences suivantes, car on se baladera sans trop de peine dans cette forêt, allant d'un point A à un point B sans sortir sa carte et sa boussole ou presque. Conscients mais pas idiots non plus (pas de dlc avec un épilogue abscons et payants, ou encore de prologue inutile), les ptits gars de chez Campo Santo nous ont gratifié récemment de l'ajout d'un mode Libre dans lequel on pourra parcourir la carte à notre guise et activer ou non les commentaires audio des développeurs relatant la conception du jeu.
Pour conclure, nous avons donc ici un jeu à la réalisation et au gameplay perfectibles mais à la direction artistique soignée, le tout auréolé d'une écriture drôlement bien maîtrisée. Le titre se savoure comme une nouvelle de l'un de nos auteurs préférés dont l'on voudrait que ça ne s'arrête jamais.