(Critique V1 de Soul Reaver 2, version Remaster sur PS4)
Introduction
Véritable compromis entre Blood Omen et Soul Reaver 1, à la fois suite, préquelle et spin-off de ces jeux-là, Soul Reaver 2 amène Raziel à travers les âges de Nosgoth pour ramener la lumière dans les ténèbres de son Histoire.
D’un Nosgoth laissé en ruine par Kain et un Raziel voulant se venger d’avoir été injustement condamné à la souffrance éternelle par le seigneur des vampires, l’on se retrouve à revenir à l’apogée du monde et de notre héros cherchant à s’émanciper de son destin à mesure que les réponses lui fusent.
L’on revient à l’époque où les Neuf Piliers de Nosgoth perdaient tout juste leur pureté et on revoit des visages familiers comme Moebius (Gardien du Temps), Vorador le seigneur vampire ou même Ariel (ex-Gardienne du Pilier de l’Équilibre) et enfin Kain, bourreau de Raziel et du monde. Mais son refus de se sacrifier pour restaurer l’équilibre doit-il vraiment nous incomber ? Nosgoth mérite-il vraiment d’être sauvé ? Tout n’était-il pas déjà écrit ? Quelqu’un d’autre tire-t-il les ficelles ?
C’est avec toutes ces questions qu’on se retrouve dans un monde au début de sa chute.
Point de libre-arbitre dans une petite boucle aussi dirigiste (Mauvais points)
Autant je trouvais Soul Reaver 1 « trop petit », autant la carte du 2 paraît plus grande mais est gâchée par un trop grand nombre d’allers-retours cantonnés aux même lieux peu peuplés sauf d’ennemis comme la Forteresse des Séraféens, le Marais ou Uschtenheim (et comme il n’y a pas de téléportation géographique et que tout se fait à pieds, ça donne l’impression d’être dans une boucle bien répétitive donc peu supportable). De 15h dans SR1, comptez seulement 7h environ pour cet épisode.
Je trouve certaines phases de combat très casse-gueule selon le type d’ennemi, notamment les Séraféens et les démons : l’IA de leur défense est parfois trop efficace, et c’est à un point où on va éviter le combat ou taper dans tous les sens comme un demeuré pour briser leurs barrières (vu que notre propre défense ou la fonction Verrouiller l’ennemi ne suffisent pas toujours).
Et hélas, pas de sorts ni de boss cette fois, ce qui renforce le côté assez difficile et répétitif de l’ensemble.
Certaines énigmes, même si toujours plus variées que dans le premier SR, restent pas toujours évidentes malgré le cadre globalement dirigiste du jeu. Disons que c’est parfois au pixel ou au timing près comme pour la Retraite de Janos Saudron et que ça peut vite frustrer quand en plus on s’emmêle les pinceaux.
Niveau forme, j’ai plus à critiquer la synchrone labiale de la VF qu’autre chose : parfois les personnages ont fini de parler mais leurs lèvres bougent encore. On retrouve aussi le même problème que pour Blood Omen, à savoir une VF inégale qui cabotine pour certains personnages (surtout les sbires y compris Séraféens) contrairement à la VO plus professionnelle. Autrement, peu à critiquer niveau character design vu qu’on peut jongler entre version originale colorée mais datée et version Remaster moins coloré mais plus lisse et détaillée.
Enfin, la dernière critique est plus d’ordre philosophique : est-ce bien pertinent de parler de libre-arbitre pour des personnages de jeu-vidéo où tout est scripté ? Où la fatalité et la destinée sont de mises ? Mais c’est aussi cette question du libre-arbitre contre le destin qui rendent ce jeu si bien.
Péché originel et émancipation (Bons points)
Pour autant, ça fait du bien de revoir Nosgoth dans sa période Blood Omen mais que SR2 en fasse sa propre interprétation avec les limitations de la PS2. Le jeu reste magnifique niveau architectures, étant agrémentés de bas-reliefs, marbrures et statues apportant plus de mythologie et de lore au jeu.
Mes préférées étant dans la Forge d’Air (thème méso-américain avec des machines sacrificielles vivantes) et les Ruines souterraines (thème lovecraftien) avec ses représentations du mystérieux céleste Janos Saudron et la présence de l’Ancien, un dieu poulpe aux tentacules enserrant le dessous des Piliers de Nosgoth tel un support … ou un parasite ?
Heureusement aussi que les ennemis et les armes disponibles sont aussi variées entre les épées, les lances et non pas deux mais cinq sortes de Reaver ! Attention toutefois à ne pas abuser de ces lames spirituelles et avides de sang et d’âme au risque de perdre notre vitalité très vite. Heureusement c’est très utile pour les énigmes et contre les démons trop fortiches. C’est jouissif de décapiter et découper de l’ennemi avec une lame d’acier dans ce jeu !
Même si les énigmes ne sont pas toujours évidentes, elles ont l’honneur de consister en autre choses que des leviers ou des gros cubes comme dans SR1. Ici, elles sont plus de l’ordre rituel, nous rendant encore plus acteur de la mythologie de Nosgoth qui fait de nous l’être élu des Soul Reaver d’énergie et d’acier.
La VF a heureusement assez de professionnalisme dans ses envolées shakespeariennes, notamment avec Benoit Allemane pour Kain et l’Ancien, et Bernard Lanneau pour Raziel notre ange de la mort préféré. Cela rajoute assez de profondeur à l’histoire clairement inspiré du héros maudit Elric de Melniboé, lui aussi vivant dans un monde en perdition et attaché à une épée buveuse d’âme et de sang.
C’est l’histoire le principal atout de ce jeu, vu qu’il questionne la pertinence du devoir dans un monde voué à l’échec, de la possibilité du libre-arbitre quand de sombres entités s’en servent pour la retourner contre vous, ou quand la fatalité est beaucoup trop forte pour lutter.
Sans trop spoiler, l’on apprend que Raziel était déjà coupable d’un bien plus grand péché originel que de défier Kain et que c’est en refusant de jouer le jeu de l’Ancien et de vouloir à la fois réparer son premier crime et s’émanciper qu’il a provoqué son apparente perte. Provoquant ainsi un autre paradoxe à résoudre dans Defiance. Or, comme le disait Kain, réconcilié avec Raziel :
L’Histoire a horreur des paradoxes.
Conclusion
Même si le gameplay et l’exploration peuvent paraître un brin répétitives, l’histoire et le lore du jeu compensent tout ça. Même si des questions restent en suspens, elles permettent aussi de voir que certains prétendus anges sont en fait des démons, et que certains monstres en apparence sont souvent plus honnêtes que les autres.
Les humains oppressés par les vampires sous Kain, s’avèrent en fait de terribles bourreaux sous Janos Audron. Moebius et Raziel, chacun essayant de manipuler l’autre, ont en fait signé leurs pertes en bouclant la boucle initiée dans Blood Omen.
Mais l’aventure aura permis à notre ange de la mort de rétablir la Reaver qui lui était destinée, faisant de lui le Messie des vampires. Mais comme il le dit lui-même avec autant de sagesse tardive qu’un Kain pourtant lui aussi pêcheur originel :
Messie ? Je n’aime pas ce mot car il a une autre signification : Martyr.
C’est ironiquement en voulant échapper à son destin avec Kain et couper ses fils de pantin qu’il l’a finalement accéléré pour devenir le Martyr du Libre-arbitre. Il lui faudra un dernier acte de défiance pour s’en tirer, comme dans le jeu du même nom.