Pour débuter cette critique, je propose quelques mots de présentation sur l’auteur, Giovanni Lentini : il est né en 1951 à Seraing en pleine vague d’immigration italienne en Belgique. Sociologue de formation, il a été journaliste et réalisateur, notamment du documentaire TV : 1946-1956 : les années de l’espoir. Il a écrit plusieurs ouvrages : d’abord, un essai publié en 2001, intitulé L’abécédaire de l’égalité, aux éditions Luc Pire. Puis, de trois romans Francesco et François (2011) sur lequel nous allons porter notre attention, J’irai plus loin (2015), et son dernier, Vies à l’ombre (2019). Ces romans sont tous trois parus aux éditions du Cerisier. L’auteur semble porter dans ses romans une attention particulière à sa ville natale, Seraing, ancien fleuron de l’industrie belge. Plus précisément, il s’agira des quartiers populaires, dite la « partie basse » de la ville où vivaient entassés les ouvriers.
Francesco et François est un roman qui raconte l’histoire de Francesco devenu François, fils de mineur immigré qui rêve d’ascension sociale et de devenir avocat pour « défendre les veufs et les orphelins… le Zorro du prétoire ». Très vite, lors de son parcours, il fréquente la « bourgeoisie » belge et parvient à effectivement devenir avocat. Mais il exerce le métier non pas pour aider les gens de son « milieu », mais il devient plutôt un avocat « d'affaires », spécialisé dans la défense des grosses entreprises privées, mais aussi dans des différents secteurs de l’État, dont la protection d’homme politique… Il travaille pour son beau-père qui est snob et de la haute évidemment. Son père reste, malgré cela, fier de son parcours, mais il ne le dit pas. Par ailleurs, il regrette que les motivations de son fils ne soient pas liées à son Histoire, sa culture et son milieu.
Cette divergence de point de vue mènera à une cassure familiale : je trouve que la réconciliation est un peu rapide.
Ce lien père fils m’a fait un peu penser à celui présent dans le magnifique film Marina de Stijn Coninx.
Le roman se découpe en plusieurs chapitres non numérotés, mais qui relatent des points bien précis : le parcours migratoire du père, la formation scolaire de Francesco et surtout le retour du personnage principal, Francesco vers son passé et vers ce qu’il est vraiment. Très clairement, Francesco a, pour reprendre les notions bourdieusiennes, un habitus clivé suite à une élévation sociale trop rapide. À travers ce roman, l’auteur dépeint des personnages simples, humains et attachants. On peut facilement recoller à des souvenirs personnels ou à des personnes de tous les jours.
En conclusion, ce roman découvert lors de mes recherches sur l’immigration italienne en Belgique, est une fresque historique qui dépeint bien la vie au plat pays dans les années 70 et 80 principalement. J’ai apprécié la description d’anciens commerces tels qu’un salon de coiffure qui est fictif, mais pourrait exister. L’auteur cite également une association italienne en Belgique, nommée "Leonardo da Vinci" qui, je pense, existe réellement. Bref, on aborde principalement le thème de l'immigration italienne, l'ascension sociale et la recherche du bonheur. Très passionnant à lire. Très court, on en redemande presque. Belle découverte.
Sources :
- https://www.babelio.com/livres/Lentini-Francesco-et-Francois/484215;
- La bibliographie de l’auteur : http://www.liege-lettres.be/lentini-giovanni/;
- La page consacrée à l’auteur par la maison d’édition : http://editions-du-cerisier.be/spip.php?article456;
- Magazine en ligne, Agire par la culture, critique du 26-06-2012 par
Anne-Lise CYDZIK : https://www.agirparlaculture.be/popcorn/francesco-et-francois/.