Le titre de l'article de la presse locale ( http://www.ouest-france.fr/le-roi-du-lard-lamour-entre-deux-garcons-1471175 ), par ailleurs très utile pour connaître l'auteur et ses motivations, sacrifie à une mode sensationnaliste hélas désormais bien ancrée, car supposée « vendeuse ». S'il a obtenu le Prix littéraire des lycéens de la ville de Caen 2014, je ne pense pas que cela tienne seulement au fait que Le Roi du lard traite de l'amour entre deux garçons.
Par contre, ce titre pourrait indisposer tous ceux qui ont des a priori moraux à l'égard de l'homosexualité. Je n'en fais heureusement pas partie ( même si je dois avouer avoir tout de même parfois ressenti une certaine gêne, inhérente à mon éducation).

Or c'est un véritable hymne à l'amour que Didier Malhaire a en fait composé, d'une langue riche mais très accessible, dans ce qui est son premier roman où passé et présent se croisent et se poursuivent.

D'abord celui de Ludo et de Jacky, bien sûr, que l'auteur ( non seulement décrit mais ) nous fait partager, avec beaucoup de sensibilité, même dans leurs étreintes ( rares : les « voyeurs » risquent d'être fort déçus !).
Et puis celui que Ludo(vic) éprouve pour Paul, son amant « officiel ».
Mais aussi pour sa grand-mère, bourrue mais si attentionnée, et pour sa voisine Émilienne (et sa fille Mimi ). Sans oublier Blanche, qui s'est attachée au père de Ludo. Ces personnages féminins, pleins de générosité, de lucidité et de tolérance, sont mine de rien à l'écoute, donnent des conseils, aident Ludo à se construire et à choisir. Tout en assurant vaillamment, sans se plaindre ni rechigner, un quotidien difficile.

Les personnages de second plan ( le père déboussolé, Jacquette la « sorcière », Raph le vieux copain du Midi, mais aussi Christine-la femme de Jacky-, et le minable Titi... ) sont traités avec bienveillance. Seuls la mère de Ludo et son époux(vantable mari ) n'ont aucune excuse : ils symbolisent trop cette morale imbécile et hypocrite qui met à l'index ce qui n'est pas dans la norme, pratiquant la violence verbale et physique, et réduisant des êtres à la misère sexuelle ( Titi ), à des relations tarifées ou au mensonge ( Jacky ). Ils sont aussi ( à l'échelle de leur bourg rural ) les notables qui se permettent parfois de briser les tabous dont ils sont les soit-disant défenseurs.

La Nature est forcément omniprésente dans un monde teinté de paganisme, où les animaux ( vaches et oiseaux en particulier ) tiennent un rôle indéniable ( « Des hirondelles sur les fils électriques chantent qu’il fait beau et que l’été n’est pas loin » ; « Des mouettes passent paresseusement dans le ciel et nous indiquent la direction de la mer... » ) Mention spéciale pour RIP, dont les comportements sont décrits avec une rare justesse, pour qui vit ( une vraie relation ) avec un compagnon canin. Beaucoup de vie donc dans ce roman où l'on savoure aussi de nombreuses trouvailles comme celles ci : « ( Les billes ) se perdent dans les plis des couvertures, comme des petites bêtes cherchant la chaleur et réapparaissent là où on ne les cherchait pas... La toux de Mimi ressemble au cri d’un vieil oiseau déplumé qui ne pourrait plus s’envoler... On a trinqué à tous les anges alcooliques qui passaient, l'auréole de travers, quatre points en moins sur le permis de voler… ».

Mais pourquoi ce titre : Le Roi du lard ? S'il apparaît cycliquement, le charcutier ( qui charcute, donc saccage, ravage... ) n'est pas le héros de ce récit. Je ne l'ai en tout cas pas ressenti comme une «  ombre menaçante », du moins avant qu'il ne tente de forcer Ludo. Mais il est vrai que sa grossièreté et ses « cochonneries » lui donnent le mauvais rôle, celui de repoussoir, de contrepoint à cette symphonie pastorale. Un rôle essentiel : celui de l'ennemi à combattre, à détruire, pour que l'amour puisse ( enfin ) s'épanouir.
Pier-Yvan
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le 11 nov. 2014

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le 11 nov. 2014

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