Les sens interdits par Tulisquoi
«Ils ont failli la tuer cet après-midi.» Elle, c'est Yasmina qui se retrouve en l'espace de quelques secondes prise à partie sur la place publique par «ils», c'est nouveaux intégristes d'Algérie, trouvent sa jupe trop courte, pense qu'elle transporte de l'alcool et puis tout simplement parce qu'ils ont besoin de s'en prendre à quelqu'un... Maroued, Larbi et Nabile, qui étaient avec elle cet après-midi là, mais n'ont rien pu faire, tentent de comprendre. Alors un parallèle va se mettre en place entre leur va-et-svient sur un pont – bloqué d'un côté par un panneau Stop et, de l'autre, un panneau Sens interdit -, alors qu'ils tentent désespérément de comprendre comment leur pays en est arrivé là, comment les hommes de leur pays en sont arrivés là, et des allers-retours sur le passé, celui des premiers signes qu'ils n'ont pas sus, ou voulus, voir. Ils reviennent aussi sur les combats qu'ils ont pensés mener en tant qu'étudiant pour garder leur liberté d'expression, leur liberté tout court...
Mélangeant les styles entre le récit, les poèmes, des extraits de théâtre, l'auteur nous fait découvrir cette Algérie gagnée presque insidieusement par l'intégrisme. Le ton est dur envers ces hommes «se prenant pour les représentants de Dieu, les représentants du bien absolu, de la vérité absolue, de la science infuse», alors qu'«ils se jouaient à eux-mêmes et entre eux à qui assurerait avant les autres la route du paradis en accumulant le plus grand nombre de points, réduisant toute relation spirituelle ou toute question métaphysique à une logique de marchand de tapis». Mais il y a aussi une sorte de reproche envers ceux, aussi, qui ont laissé une telle chose se produire...