Avant-propos : Grégoire Chamayou est philosophe au CNRS. Cet ouvrage s’appuie sur des sources pluridisciplinaires pour retracer l’histoire du libéralisme économique et, in fine, la réaction des classes dominantes face à la « crise de la gouvernabilité » des années 70. Ce faisant, il éclaire largement la situation sociopolitique occidentale actuelle.
Dans cette fiche de lecture, qui m’a pris très, très longtemps, je balaye l’intégralité du livre avec minutie. J’ai tenté d’être le plus clair possible, mais le texte est parfois trop synthétique pour avoir des vertus pédagogiques optimales. Par exemple, certains paragraphes n’ont pas de lien explicite avec le précédent, ce qui peut déstabiliser.
Ce livre m’ayant énormément plu, je me permets une liberté de ton concordante avec le propos développé. Ainsi, vous lirez des éléments de jugement, et même des tournures ironiques et mordantes. Néanmoins, soyez conscient-e-s que je ne prétends pas que le travail de Chamayou soit la Vérité, donc si quelque chose vous chamboule, n’hésitez pas à m’en faire part.
Enfin, il vaut le coup de noter que cette fiche est truffée de liens hypertextes vers des pages qui m’ont permis de faire mes propres recherches sur la base du propos de l’auteur.
Partie 1 – travailleurs et syndicats
Dans les années 60 règne le plein emploi en Occident, et les travailleurs des entreprises étasuniennes sont de plus en plus indisciplinés : ils refusent les travaux abrutissants et répétitifs de la chaîne de production par diverses manœuvres, allant du travail mal fait au véritable sabotage en passant par l’absentéisme. Face à ce constat, les équipes dirigeantes se scindent en deux stratégies : d’un côté un management plus dur et intransigeant, et de l’autre, au contraire, un encouragement à la participation des salariés dans la définition de leur travail. Cette dernière stratégie est cependant une pente glissante vers une entreprise démocratique, ce qui comme chacun sait, est un avatar du communisme prêt à déferler sur le monde libre.
La psychologie comportementale permet à une classe dominante démunie d’expliquer la transformation à l’œuvre, avec des concepts tels que la « résistance à la frustration » qui pathologise le phénomène social, et la fameuse pyramide de Maslow qui permet d’expliquer le phénomène suivant : lorsqu’un humain ne s’inquiète plus pour ses besoins physiques, il se met à avoir d’autres exigences, qui se caractérisent par un besoin de nourrir son esprit. En outre, la crise de 1929 commence à être suffisamment lointaine pour que les nouvelles générations ne ressentent plus la menace du spectre de la Récession.
Les dirigeants et leurs économistes se décident alors à contre-attaquer, et d’abord sur un plan conceptuel, en remettant au goût du jour la théorie selon laquelle le moteur de l’économie serait la peur du manque, la nécessité matérielle, alors que depuis de nombreuses années déjà, l’inverse était généralement admis, à savoir que l’économie fonctionne mieux lorsque les besoins primaires de la population sont satisfaits (Galbraith, 1958, l’Ere de l’opulence). Ce revirement leur permet d’attaquer l’État-providence.
La contre-attaque vient également sur un plan concret, avec une véritable guerre menée contre les syndicats qui sont à l’époque à l’apogée de leur puissance. Les managers suivent des séminaires et des formations pour détecter les « signaux faibles de radicalisation » syndicaliste.
Partie 2 – le managérialisme
NB : ici, les « managers » sont d’abord compris comme les « dirigeants d’entreprise » et, dans une moindre mesure seulement, comme les échelons inférieurs de la hiérarchie.
Dans les années 30, dans « L’entreprise moderne et la propriété privée », Berle & Means postulent que le développement hégémonique de la forme d’entreprise « par actions » entraîne une « séparation de la propriété et du contrôle » chez les dirigeants d’entreprise, créant d’une part des managers illégitimes et d’autre part des actionnaires démissionnaires. Berle va même jusqu’à parler d’un « capitalisme sans capitalistes ».
Avant l’entreprise par actions, la légitimité venait de la propriété. Avec cette évolution, perçue comme une vraie crise idéologique par Berle & Means, plus rien ne tient debout. Cela ne remet nullement en cause la doctrine libérale originelle : Adam Smith avait même prévu ce cas comme une limite de son modèle économique. En clair, la doctrine justifiant le modèle actuel le contredit explicitement : voilà la terrible découverte de Berle & Means qui souleva la question de la gouvernance d’entreprise.
En réponse à cela, certains libéraux firent appel à une « éthique managériale » (Bowen, 1953, Social Responsabilities of the Businessman) : ce serait parce que les managers ne sont pas propriétaires qu’ils sont légitimes à gouverner, puisqu’ils seraient les plus à même d’arbitrer entre ces derniers et les travailleurs. Problème : dans un pays à l’idéologie fondamentalement démocrate, cette conception moraliste de la gouvernance n’allait pas tarder à faire prendre conscience aux travailleurs qu’il était anormal que la démocratie s’arrête aux portes de l’entreprise. Anticipant cela, le courant ultra-libéral porté par Friedman s’en horrifie naturellement.
Cependant, la thèse de la séparation de la propriété et du contrôle intéressait les libéraux à un égard au moins : si les gestionnaires formaient à présent une classe aux intérêts distincts des actionnaires, comment les « réaligner sur la valeur actionnariale » ? Mieux, quels mécanismes jouaient déjà ce rôle, puisque la forme « par actions » restait largement dominante sur le meta-marché des formes d’organisation ? Plusieurs réponses à cette question sont données :
• les managers possèdent certes peu d’actions en proportion de la valeur totale de la compagnie, mais beaucoup en valeur absolue en regard de leur capital propre, donc leurs intérêts sont tout de même liés à la santé de l’entreprise ;
• Ils sont encouragés à acquérir d’autres rémunérations liées à la côte de l’entreprise (stock-options) ;
• Et surtout, d’après Henri Manne (1965), il existe un marché du pouvoir « disciplinant » les managers : en cas de mauvais résultat, une équipe dirigeante peut être évincée.
Manne prend non seulement acte de ces mécanismes de « régulation », mais milite activement pour leur intensification, contre les lois anti-trust par exemple.
La « théorie de l’agence » synthétise cette thèse. Elle est intrinsèquement paradoxale en ce qu’elle est à la fois descriptive et prescriptive (ou en termes économiques, positive et normative, si j’ai bien compris) : pour le dire plus clairement, elle dit « voilà pourquoi il n’y a pas de problème et voici comment le résoudre ».
D’ailleurs, Karl Marx avait anticipé que la société par actions engendrerait une caste managériale pouvant potentiellement se muer en une forme de communisme, n’eut été une féodalité contrainte par le marché.
D’après Hayek, la catallaxie doit remplacer l’oikonomos : la « loi de la jungle » spontanée doit supplanter la tyrannie du Maître (l’Etat). Mais on constate en réalité une « catallarchie » où les deux formes de pouvoir s’exercent emboîtées, les gouvernants gouvernés par le Marché mais toujours maîtres en leur maison. Les travailleurs, en fin de compte, en pâtissent toujours.
Partie 3 – Attaque sur la libre entreprise
La libre entreprise est donc un gouvernement privé. Atteinte de gigantisme, la très grande et très libre entreprise ne pouvait pas rester longtemps incontestée. Son pouvoir, qui s’étend non seulement sur ses travailleurs mais également bien au-delà, a un impact énorme sur la société dans son ensemble. Il n’en fallait pas plus pour que naissent les premiers mouvements de désobéissance civile à son encontre, à la fin des années 60, avec des militants comme Saul Alinsky. Malgré les avertissements de certains de leurs laquais dès le début des années 50, les dirigeants des firmes n’étaient pas du tout prêts à une conflictualité exogène. La contre-attaque tardait.
Des personnalités comme Lewis F. Powell (nommé par Nixon à la Cour Suprême des USA) et David Rockfeller le martèlent : « notre système économique connaît une attaque de grande ampleur » de la part d’une sorte de New Class dissidente des milieux intellectuels américains. C’est du moins l’analyse des néoconservateurs (Podhoretz, Kristol, Shenfield). Les grands patrons étaient en perte de foi totale (Silk & Vogel, 1976-1977). Une réaction était nécessaire. C’est à cette époque que sont créés la Commission Trilatérale et le forum de Davos, dans le but de développer la conscience de classe des conservateurs. Mais quelle stratégie adopter ? David Packard, de la bien connue Hewlett-Packard, prend conscience que le ver est dans la pomme qu’il finance et veut couper les fonds aux universités ; d’autres, plus subtils, pensent au contraire accroître leur contrôle sur celles-ci pour contre-attaquer idéologiquement. Côté relations publiques (PR – communication, quoi), on affiche au contraire une complaisance affable aux « critiques » (car premier précepte de la contre-attaque : ne pas avouer qu’on est attaqué, mais plutôt « critiqué »). La Responsabilité Sociale de l’Entreprise bat son plein : General Motors promet de s’attaquer à la pollution, et Union Carbide se vante : « today something we do will touch your life », dans une involontaire prophétie morbide.
Friedman s’étrangle : des entreprises qui n’assument pas d’avoir pour seul but de faire le plus d’argent possible ! Comment peut-on défendre le capitalisme par des valeurs non-capitalistes ? La contradiction est-elle tenable ? Le public peut-il être rassuré par des déclarations de bonnes intentions ? Manne, Friedman et Hayek sont formels : impossible, on finira pas exiger des régulations légales et il en sera fini du libéralisme. Malheureusement, ils avaient tort.
L’attaque sur la libre entreprise ayant des racines théoriques, il fallait créer de nouveaux fondements idéologiques : l’ontologie de l’entreprise est actualisée par les nouvelles théories de la firme, présentées de nos jours comme des doctrines neutres sans les replacer dans leur contexte historique. En 1972, Alchian & Demsetz (entre autres) exhument alors un article de Ronald Coase de 1937, qui tente d’expliquer pourquoi, si le Marché est la meilleure forme d’organisation, l’entreprise elle-même n’est-elle pas organisée... comme un marché (!). Pour résoudre ce paradoxe, Coase postulait qu’on faisait ainsi l’économie de coût de transaction. Mais ce faisant, il admet au passage que l’entreprise est un lieu de pouvoir discrétionnaire, ce qui est précisément ce que les économistes tentent d’éviter de mettre en avant. Ce qui les intéresse dans le travail de Coase, théorisé par Jensen & Meckling en 1976, c’est la définition de la firme comme nexus : un entrelac conceptuel de relations entre agents, une illusion en somme. Le contrat de travail n’est qu’une transaction économique comme une autre. L’entreprise n’existe pas : elle devient inattaquable. Le but est ainsi de se réapproprier le champ académique et d’évincer les hétérodoxes de la production « scientifique ».
Kristol se demande : « Qui possède ce nouveau Léviathan ? » Réponse de la théorie du nexus : il n’y a pas de Léviathan. Juste des contrats entre individus. D’ailleurs, les actionnaires ne sont en fait propriétaires que de titres, la propriété privée des moyens de production n’est plus. Fama en infère que chacun est propriétaire de son propre capital, y compris les travailleurs (leur capital étant alors leur propre corps...). Le Travail n’est plus. Partant, la lutte des classes non plus. Mais alors, quid du primat de la valeur actionnariale ? Autrement dit, si la firme n’est qu’un ensemble de relations entre agents, pourquoi les actionnaires rafleraient la mise plutôt que les salariés ? Car en effet, gagner d’un côté l’impunité des entreprises en arguant leur caractère fictif, c’était perdre d’un autre côté un moyen de légitimer le pouvoir décisionnaire des actionnaires et des managers.
La théorie policière de la firme d’Alchian & Demsetz tente d’y répondre, en postulant entre autres que les managers existent (dans une optique descriptive) ou sont légitimes (dans une position prescriptive) parce qu’une surveillance des travailleurs, qui ménagent forcément trop leurs efforts, est nécessaire. Or les « surveillants » doivent avoir les mêmes intérêts que ceux de l’entreprise pour éviter qu’ils resquillent à leur tour, ce qui les incite à maximiser le profit de l’entreprise avant tout.
Deuxième étage du raisonnement, les actionnaires seraient légitimes à être privilégiés car ils « prennent un risque » en investissant. Mais de quel risque parle-t-on, lorsque le modèle d’actionnariat reste à responsabilité limitée (dans le sens où un actionnaire ne peut jamais perdre plus que la valeur de ses actions mais peut engranger des profits sans limite) ? De plus, il est d’usage de parler des « investisseurs », mais qu’investissent-ils au juste lorsque l’action est simplement rachetée à un précédent actionnaire, et qu’en remontant à l’origine de la chaîne, la valeur initiale du titre est ridicule au regard de sa valeur actuelle? Pure habitude de langage. Et c’est pas Chamayou qui le dit, c’est Berle !
Ces thèses « néolibérales », censées défendre la libre entreprise capitaliste, ne séduisent pourtant pas même leurs alliés naturels, les néoconservateurs, comme en témoigne le discours au vitriol de Kristol sur Hayek et ses camarades : car enfin, on ne va pas défendre le capitalisme en admettant qu’il est exactement ce qu’on lui reproche, à savoir un système inégalitaire et coercitif ?
Partie 4 – Contestataires
Toutes ces contre-attaques théoriques étaient bien jolies, mais elles s’inscrivaient dans un processus de modelage des esprits sur le long-terme (qui a fini par très bien fonctionner, par ailleurs). Pour contrer la menace immédiate des activistes sociaux et écologistes, les multinationales mirent quelques années à réagir, mais ne le firent pas à moitié. Un cas d’école du genre est le boycott sur Nestlé à la fin des années 70. Accusée de tuer les nourrissons du tiers-monde avec des substituts de lait maternel, la multinationale engagea un ancien officier militaire, Rafael Pagan, qui avait créé son business de conseil aux entreprises qui conseilla également des compagnies aussi respectables que Shell en Afrique du Sud de l’Apartheid, Union Carbide ou Monsanto.
Pagan établit une typologie des activistes : les radicaux (à isoler), les idéalistes (manipulables à souhait), les opportunistes (à qui donner des miettes pour les ranger dans son camp) et les réalistes. Avec ces derniers, il s’agit de promouvoir le dialogue et de les perdre dans des négociations infinies pendant que continue le business as usual.
Les choses avaient donc bien évolué depuis le Propaganda de Bernays. Dans les modernes années 80, on se défie du monologue et de la manipulation de masse, auxquels on oppose les vertus du dialogue et de l’ouverture. On convoque même la philosophie platonicienne pour en vanter les mérites. Mais la philosophie au secours du management d’entreprise, qui est dupe ? Le dialogue est bien ici une stratégie. Habermas d’un côté, Clausewitz de l’autre : éthique et stratégie, les deux faces d’une même pièce. La stratégie du dialogue permet en réalité :
• de s’informer sur l’adversaire ;
• de circonscrire le conflit à l’espace privé (et donc de priver l’adversaire du levier public) ;
• d’occuper l’adversaire en lui donnant un os à ronger par des négociations sans fin ;
• de coopter les « réalistes » de la typologie précédemment évoquée ;
• de disqualifier comme extrémistes ceux qui refusent cette main tendue ;
• de légitimer la firme par un « transfert d’image ».
De son côté, W. Howard Chase invente le « management des problèmes » (issue management) par lequel il préconise d’agir en amont de la diffusion publique des polémiques. Concrètement, il s’agit par exemple d’acheter des avis scientifiques pour « semer le doute » (une stratégie payante tant pour l’industrie du tabac que pour le bouleversement climatique, entre autres).
Ainsi, la grande contre-attaque développée dans les années 70 et mise en œuvre dans les années 80 n’a pas été que néolibérale. Ce mouvement de sauvetage de la libre entreprise fut désordonné et souvent contradictoire. Alors que les néolibéraux s’efforçaient de dépolitiser au dernier degré les relations entre la firme et son environnement, les stratégies évoquées précédemment, au contraire, accusent une politisation extrêmement forte.
R. Edward Freeman invente la théorie des parties prenantes. Son idée est de placer la firme au centre d’un pissenlit d’acteurs concernés par les activités de la firme, et admet qu’il faut faire avec ces « parties prenantes » (stakeholders). Cette image n’est pas sans rappeler la théorie du nexus, qui se contente, elle, pour rappel, de dire que la firme n’est qu’un entrelac immatériel de relations entre agents. Cette vision purement économique de la firme trouve donc dans la théorie des parties prenantes son pendant « éthique ». Il s’agit d’unifier les deux en une sorte de managérialisme sans s’encombrer d’une vision politique : les dirigeants sont mandatés pour agir pour le bien de tous les stakeholders, et le primat de l’actionnariat n’a donc pas de raison d’être. Problème : il est ! On formule donc des propositions réformistes dont l’aboutissement est la cogestion à l’allemande. Pas de quoi faire trembler le capitalisme ? Pourtant, les libéraux enragent, Jensen y voyant même du cryptocommunisme. Quoi qu’il en soit, on ne saura pas ce que l’application de cette théorie aurait donné, puisque l’actionnariat et la maximisation des profits sont restés maîtres. Les néolibéraux n’auraient semble-t-il jamais accepté qu’il s’agissait pourtant là d’une stratégie de conservation plutôt qu’une doctrine morale…
Une synthèse de la théorie par Mitchell classe les stakeholders en fonction de leur pouvoir, de leur légitimité et de l’urgence de leurs revendications. La grille considère ceux qui ont le pouvoir et l’urgence sans légitimité comme les « dangereux » : terroristes, grévistes, ce genre de trucs. Un exemple ? Le Congrès National Africain, qui a eu l’audace de lutter contre l’Apartheid. Il faut dire que c’est une organisation terroriste. Enfin, si l’on en croit les USA jusqu’en 2008…
En d’autres termes : « il n’y a d’opposants légitimes aux yeux du pouvoir que celui qui est inapte à le menacer. » Puissance illégitime ou légitimité impuissante, c’est l’alternative à laquelle la grille de Mitchell condamne.
Il faut donc bien comprendre que les multinationales déploient un arsenal stratégique littéralement militaire. Des principes de Clausewitz au manuel de contre-insurrection de l’armée des USA, en passant par les cours de gestion de public en colère du MIT, les dirigeants d’entreprise intègrent un « management stratégique des parties prenantes », donnant naissance à un troisième pôle après l’éthique et l’économie. Alors qu’on tente d’un côté de dépolitiser les relations, on les politise très concrètement de l’autre, et on se sert de concepts démilitarisés pour mener un véritable guerre. Aucune stratégie militante ne me semble pouvoir être efficace sans avoir parfaitement intégré cela.
Partie 5 – Nouvelles régulations
ONU soit qui mal y pense, ou fais dodo, t’auras du low law
Du côté des institutions aussi, la menace contre la libre entreprise se fait sentir. Le droit international, balbutiant en la matière, s’empare timidement de la question et l’ONU commence à envisager un « code de conduite », c’est-à-dire des lignes directrices morales pour les entreprises. Malgré le caractère non-contraignant de ce texte en gestation, David Rockfeller, Peter Drucker, ou encore la Heritage Foundation s’inquiètent vivement de ce que les Etats prennent en compte l’apparition de ces entités supra-nationales. Pour certains, comme René-Jean Dupuy, il s’agit des prémices d’un droit effectif par la voie coutumière (on parle alors de « soft law »), mais on ne tarde pas à comprendre que les premiers à promulguer un tel texte auront un avantage certain sur les adversaires. C’est pourquoi, tandis que les négociations de l’ONU s’enlisent à New-York, la classe dominante passe par l’OCDE et gagne la course avec ses « principes directeurs pour les entreprises multinationales ». Ainsi, la soft law est devenu le fer de lance de ceux qu’elle devait viser. Et ne nous y trompons pas, soft means hard : l’absence de contrainte génère des situations de coercition et de violence. On devrait plutôt parler de « low law » (loi au rabais), note Chamayou.
Encore en 2006, David Cameron le rappelle aux patrons malcomprenants : les codes de conduite ne sont pas des avatars du communisme, mais plutôt des alliés du business.
Résumons : Friedman &co VS la publicité complaisante, Jensen VS la théorie des parties prenantes, et maintenant un patronat sceptique VS Cameron et les principes internationaux : c’est marrant de voir comment depuis les années 1970, une partie de la classe dominante passe son temps à faire du pied sous la table à l’autre, bornée, qui ne comprend pas la dimension stratégique des concessions apparentes.
La création aux USA des agences sanitaires et environnementales OSHA et EPA sont une nouvelle source de préoccupation pour la libre entreprise : ces fonctionnaires publics ont trop de pouvoir ! Séparés en silos de spécialisation industrielle, les patrons ne sont pas encore organisés contre cette menace transversale : ils créent alors la Business Roundtable dont un des buts est de modeler le Congrès à leur image en finançant les campagnes politiques des candidats qui leur sont favorables.
Coûts & bénéfices
Au niveau purement législatif, les libéraux contre-attaquent aussi : Pour évaluer la régulation à mettre en place contre un risque sanitaire ou environnemental, Murray Weidenbaum massacre le principe de précaution avec une méthode d’analyse coûts/bénéfices frappée au sceau du bon sens : il propose de ne mettre en place, au sein d’une entreprise, des mesures de régulation qui réduiraient les risques sociaux (sanitaires, environnementaux, etc.), uniquement si le coût pour l’entreprise est inférieur au coût du dommage occasionné si les dites mesures ne sont pas mises en place : si la pollution a un coût pour les pollués, la dépollution à un coût pour les pollueurs aussi, on a tendance à l’oublier ! La logique ? La même que celle qui veut traiter à égalité un agresseur et sa victime : il n’y aurait aucune différence éthique entre blesser et soigner, une simple affaire de calcul.
Ce principe de symétrisation des remèdes et du mal n’est pas neuf. Dès 1950, l’économiste William Kapp (ami de Polanyi) analysait que l’entreprise externalisait ses coûts sociaux sur le reste de la société sans aucune influence sur sa comptabilité : « On ne saurait comprendre l’histoire du siècle et demi qui vient de s’écouler », écrivait-il, « tant qu’on ne voit pas qu’il s’est agit d’une vaste révolte populaire contre ce transfert d’une grande partie des coûts sociaux de la production sur la société ». Le libéral Frank Knight lui répondait alors dans les mêmes termes d’analyse comptable coûts-bénéfices.
Hormis l’aspect éthique, ce principe pose un autre problème, et de taille : il n’est parfois simplement pas possible d’évaluer les coûts financiers de certains préjudices. Outre des études statistiques impossibles à réaliser, on se retrouve confronté à des questions du style « combien vaut une vie ? », à laquelle des calculs tous plus absurdes les uns que les autres tentent de répondre. L’échange entre Weidenbaum et Al Gore lors d’une audition sénatoriale de 1979 est particulièrement éclairant à ce sujet. De plus, évaluer les coûts écologiques systémiques est bien difficile : l’économie néoclassique n’est simplement pas équipée pour ce type de raisonnement. Les néolibéraux, face aux difficultés à « mettre un prix sur tout », déplorent que l’alternative soit de céder aux lobbies citoyens pour la santé, la vie, l’air, etc. Ce qu’il faudrait, disent-ils, c’est évaluer ces prix sur un marché ! En gros, combien seriez-vous prêt à payer pour rester en bonne santé ?
D’où le théorème de Coase, qui pose le jalon d’un marché du droit à nuire, mécanisme alternatif à l’intervention étatique. George Stigler, qui a popularisé le théorème de Coase, prend l’exemple d’une usine qui enfume un millier d’habitants : selon ce principe, ces derniers n’ont plus qu’à payer l’usine pour installer des dispositifs de réduction de la fumée, et ce qu’ils pairont mettra un prix sur la bonne santé de leur poumons. Les esprits chagrins argueront que ce prix sera limité par la capacité financière des personnes et que cela peut être un problème dans une société économiquement inégalitaire, mais c’est un détail…
Cet esprit s’est prolongé jusqu’à nos jours, où l’on parle encore de donner une valeur marchande à l’environnement pour le protéger. Tant que la nature ne bénéficie pas directement et financièrement à quelqu’un, impossible de garantir sa préservation. Pour bien saisir l’ampleur de l’imposture, on peut se référer au paradoxe de Lauderdale, découvert par le Lord du même nom au début du XIXe siècle : pour qu’un bien privé ait de la valeur pour son propiétaire, il ne suffit pas qu’il lui apporte un agrément, mais il faut également qu’il ait un certain degré de rareté. Par exemple, dans un pays où l’eau est une ressource abondante, une excellente façon d’augmenter la richesse privée est d’assécher la contrée : devenue rare, l’eau détenue devient précieuse pour ses propriétaire. Ce paradoxe énonce donc le rapport inversement proportionnel entre richesse privée et richesse publique. Il en va de même pour les dommages environnementaux qui, en produisant de la raréfaction, permettent d’augmenter la valeur de ce qui reste de l’environnement. On voit bien que mettre une valeur sur l’environnement n’est absolument pas une garantie de sa préservation.
Naissance du consomm’acteur
Troisième axe de contre-attaque libérale, la publicité pour la responsabilisation individuelle. Dès les années 50 apparaît l’organisation Keep America Beautiful qui réalise des campagnes de sensibilisation contre le dépôt sauvage de détritus. Une ambition noble à première vue, mais voyons le contexte historique. Quelques années plus tôt, l’industrie étasunienne de la boisson avait supprimé le système de consigne des contenants en verre en les remplaçant par des canettes en fer-blanc, pour économiser les coûts de collecte et de reconditionnement. Les sols commencèrent à être jonchés de déchets. On menaça de rétablir la consigne obligatoire par la loi. Voilà le contexte dans lequel fut créé Keep America Beautiful par un consortium d’industriels incluant l’American Can Corporation & Coca Cola. Jusqu’alors, la jetabilité était vantée par les spots publicitaires des entreprises, avant d’être culpabilisée par ces mêmes entreprises qui ne reviendraient à la consigne pour rien au monde. Ce fut le début d’une guerre psychologique pour réduire le problème de pollution à une affaire de responsabilité individuelle et détourner les élans de la jeunesse militante, une guerre à base de spots publicitaires, de groupes de musique corporate mais aussi de programme de recyclage pour promouvoir ce dernier contre le système de consigne. L’industrie intégra le vocabulaire militant pour le détourner de son sens initial : engagez-vous, luttez pour l’écologie, vous avez le pouvoir de changer les choses… avec des petits gestes du quotidien. On garda ainsi le peuple dans un état d’affairement politique factice sans remettre en cause la chaîne de production. On notera que, paradoxalement, on fait désormais appel à une éthique individuelle alors que le système de consigne était bien plus proche du paradigme de l’homo economicus.
Partie 6 : L’état ingouvernable
En 1975, la Commission trilatérale publie un texte qui s’inquiète d’un trop-plein de démocratie en Occident : pour la première fois de l’Histoire, l’entièreté de la population devient un sujet politique (et plus seulement les hommes, les blancs ou les riches). Les minorités se croient alors permises de revendiquer auprès de l’État, qui devient donc interventionniste et régulateur. L’État keynésien et les mouvements sociaux auxquels il cède menaceraient la gouvernabilité des démocraties : la démocratie « génère des attentes excessives » qui sont vouées à être déçues.
Selon l’Ecole du choix public, qui étudie le champ politique comme un marché, le processus électoral fait qu’un programme de dépenses publiques sera forcément élu et qu’il sera impossible de revenir en arrière. Cette théorie anticipe l’alternance politique d’un gouvernement décevant à un autre, jusqu’à soit une éducation du peuple pour moins attendre du gouvernement, soit plus vraisemblablement une abstention de plus en plus massive, avec une montée des extrêmes et/ou une augmentation des contestations sociales, qui aboutiraient à un coup d’État ou une insurrection.
A cette époque, les intellectuels réactionnaires se mirent à adopter un discours de crise structurelle qui était l’apanage de la gauche jusque là : Richard Rose, Daniel Bell pour qui la lutte des classes s’est déplacée vers le conflit fiscal en reprenant de manière simplifiée la théorie de « La crise financière de l’Etat » de l’économiste marxiste James O’Connor. En effet, les néomarxistes montraient que l’État capitaliste assurait à la fois :
- une fonction de soutien à l’accumulation de capital : en favorisant les possédants via une fiscalité favorable, mais aussi en maintenant les conditions de cette accumulation, avec des infrastructures (transport, communications...) et un service public (santé, éducation, recherche, armée…) ;
- et une fonction, souvent contradictoire avec la première, de légitimation du système pour s’assurer de la loyauté du peuple, en répondant aux contestations sociales (les « attentes excessives » vues précédemment).
La tension entre ces deux fonctions, qui devient intenable en phase de récession, tient, pour les néomarxistes, à l’exercice impossible de sauvegarder le capitalisme de son potentiel autodestructeur, puisque le système dégrade lui-même les conditions de sa propre existence. Pour les néoconservateurs cependant (aux rangs desquels Huntington, Dahrendorf, Fritz Scharpf), il s’agit simplement d’une faillite de la démocratie. Et ils organisèrent l’opération de sauvetage du système, c’est-à-dire la destruction de l’Etat-Providence.
Vous avez lu jusqu’ici ? Bravo. On est presque à la fin. Vous avez bien mérité une petite pause avec cette citation de début de chapitre : « Bien que le capitalisme et la démocratie […] aient tous deux été justifiés par libéralisme philosophique, il n’y a aucune nécessité théorique ou pratique à ce qu’ils aillent de pair. » - Daniel Bell
Cette assertion m’apparaît à mettre à l’épreuve (ou inversement) du travail de J.C Michéa dans L’Empire du Moindre Mal qui semble précisément dire le contraire.
Allez, on continue cette dernière partie.
A la commission trilatérale, Huntington propose de limiter la démocratie avec un Etat plus autoritaire. Ce qui allait différencier les néocons des néolibéraux, c’était le champ d’action de cet Etat en matière économique : allait-il également être technocratique dirigiste, ou bien laisser faire le privé ? Pour se projeter dans cette dernière hypothèse, il faut écouter Paul Samuelson imaginer le futur de la société capitaliste pareil au Chili ou à l’Argentine : un « capitalisme fasciste », autoritaire mais de libre-marché. Les Chicago Boys conseillant les généraux putschistes. Friedman rencontre Pinochet en 75 et Hayek de même en 77, défendant le dictateur contre l’opinion : le peuple serait plus libre sous Pinochet que sous Allende… Hayek défend une dictature libérale de transition, mal nécessaire selon lui pour atteindre une société libre. Comment en est-il arrivé là ?
La pensée d’Hayek
Friedrich Hayek estime que la démocratie n’est qu’un type de gouvernance qui doit s’effacer, si besoin, devant la valeur fondamentale qu’est la Liberté. En fait, d’après lui, il y a deux axes indépendants pour définir un régime politique : le contraire de démocratique est autoritaire, mais de manière décorrélée, le contraire de libéral est totalitaire, c’est-à-dire illimité dans les champs d’intervention. Et comme la liberté est la condition sine qua none, il est donc préférable d’avoir une dictature libérale plutôt qu’une « démocratie totalitaire » (et la démocratie libérale ne fonctionne pas pour les raisons évoquées plus haut). Et s’il faut imposer la liberté par la force, qu’il en soit ainsi : pour les néolibéraux, la perte des droits civils et politiques est regrettable, mais infiniment moins problématique que la limitation du droit d’entreprendre et d’investir.
Il est utile de rappeler, comme l’analysent Gramsci et Polanyi, qu’une économie libérale, qui est perçue comme une forme d’organisation spontanée et auto-engendrée, est en fait sans cesse soutenue par des décisions politiques conscientes. Comme le théorisait Marx, l’ordre libéral produit les conditions de son propre délitement en « démocratie illimitée » qui inquiète tant Hayek, mais ce dernier rejette cette évolution comme exogène et non comme une conséquence logique du système.
Historiquement, Hayek distingue deux libéralismes : le « vrai », anglo-saxon, d’Adam Smith, et le « faux », celui de Voltaire, Rousseau & Condorcet, qui conduit au socialisme. Il prolonge la pensée de Carl Schmitt, juriste nazi, qui parlait déjà de la démocratie parlementaire comme d’un « Etat total », intervenant dans les domaines non-politiques de la vie, et par là même faible, à laquelle il oppose un Etat « total » au sens fasciste du terme : fort en termes militaires, policiers et propagandistes, mais n’intervenant pas notamment dans l’économie, à l’exception de certains domaines bien précis nationalisés, comme le transport et les communications. Cette vision de Schmitt vise à assurer au parti nazi le soutien du patronat allemand : « Etat fort, économie saine ». Pour parvenir à cette « dépolitisation » de l’État, Schmitt admet un détachement d’avec les principes libéraux : 1) il faut poser des actes politiques forts pour en finir avec les actes politiques ; 2) de plus, il prône la création d’un corps intermédiaire patronal plutôt qu’une atomisation de la société en individus.
La position schmittienne est analysée par Heller et Marcuse comme un libéralisme autoritaire, fort avec les faibles et faible avec les forts, qui hait avant tout l’Etat-Providence : une alliance de deux courants philosophiques divergents, le fascisme et le libéralisme, qui s’accordent pourtant ici sur la nécessité de sauvegarde des rapports économiques (la « propriété privée des moyens de production » défendue par von Mises).
Hayek partage les analyses de Schmitt, tout en concédant que ce dernier avait « choisi le mauvais camp », comme si c’était un hasard. Pourtant, Hayek s’est lui aussi empressé de soutenir les régimes dictatoriaux d’Argentine, du Chili, d’Afrique du Sud et du Portugal.
Pour Hayek, donc, la démocratie illimitée, tirant vers le socialisme, conduit inexorablement au fascisme. Or le fascisme ayant perdu à l’issue de la 2nde Guerre Mondiale, sa prophétie fut mis en silence académique pour une trentaine d’années, jusqu’à la crise des années 70.
La transition vers le libéralisme total
Pour réduire le pouvoir du gouvernement, à défaut d’une dictature libérale, toujours regrettable et surtout inimaginable au dessus de l’équateur, Hayek proposait de faire entrer dans la Constitution l’impossibilité de créer des lois s’appliquant à des cas « particuliers », ainsi que de déléguer à des petits territoires la possibilité de créer des lois générales.
Mais ne voyant pas comment les démocraties pourraient prendre cette direction, précisément à cause de l’électoralisme dépensié déjà décrié, les néolibéraux et les néoconservateurs lancèrent une offensive en faveur de l’équilibre budgétaire (Buchanan). Une position de bon sens en apparence, mais en privé, Friedman confie qu’il préfère 100 milliards de déficit avec 400 milliards de dépenses qu’un équilibre avec 700 milliards de dépense : on voit bien que l’équilibre budgétaire est le cheval de Troie de la réduction du pouvoir dépensier de l’État.
Cependant, une autre opportunité voyait le jour à la fin des années 70 : le caractère incontournable des marchés financiers privés qui deviennent des instances de régulation de facto. De fait, la crise de la gouvernabilité cesse d’être un sujet majeur à partir du moment où elle est résolue par les régulations monétaires et financières qui subordonnent l’action des Etats.
Micropolitique de la privatisation
Dans les années 80, l’État n’était donc plus en mesure de répondre aux attentes des mouvements sociaux, le keynésianisme était passé de mode et les marchés financiers devenaient tout puissants : une bonne chose de faite pour les libéraux et les conservateurs, on ne parlait plus de crise de la gouvernabilité. Mais il restait à neutraliser la gronde populaire elle-même.
C’est là qu’intervient le groupe de Saint-Andrews qui invente ce qu’il appelle la « micropolitique » (le terme sera plutôt retenu par l’histoire pour la notion de Guattari : rien à voir). Il s’agit de délaisser la bataille des idées et de se focaliser sur une ingénierie discrète de l’influence des choix individuels, dans le but de privatiser naturellement, petit bout par petit bout, l’ensemble des services publics : réduire la demande pour enrayer l’offre plutôt que l’inverse, et mettre en action l’idéologie pour la voir triompher par la pratique.
Et en pratique, ils préconisèrent une série de méthodes concrètes. Par exemple, « en finir avec le monopole public » en « développant une alternative privée », ou « acheter » un groupe social en « offrant quelque chose en échange de la perte » (un licenciement sera compensé par un chèque généreux) ; ou encore « acheter les générations présentes afin de mettre en place un nouveau système » (la réforme ne s’appliquera qu’aux nouveaux venus.) Encore une ? « mettre en place des contre-groupes », soit le bon vieux « diviser pour mieux régner ». Toutes leurs stratégies furent appliquées à un moment ou un autre du processus de privatisation généralisé que l’on observe et continuent à l’être.
Il est bon de comprendre que privatiser, ce n’est pas seulement réduire la dépense budgétaire, c’est surtout modifier le rapport au service : d’un choix politique, il devient une évidence économique. Avec le néolibéralisme, il s’agit toujours de dépolitiser, par un geste radicalement politique.
Conclusion
Le néolibéralisme nous fait miroiter un monde où chacun serait émancipé du joug d’une structure autoritaire. Mais partout où il s’est déployé, il a visé à renforcer l’autorité représsive de l’État sans toucher aux inégalités économiques, ce qui est logique puisque laisser faire le capitalisme nécessite de réprimer les mouvements contestataires.
De plus, la « régulation » de l’entreprise par le libre-marché n’empêche pas, bien au contraire, la dureté de la hiérarchie au sein de l’entreprise.
Le néolibéralisme n’a pas peur de l’État – tant que celui-ci reste économiquement libéral – mais bien plutôt de l’autogestion, c’est-à-dire de l’anarchie : l’ordre sans le pouvoir. D’après Chamayou, c’est un sérieux indice pour trouver comment le démanteler…