Ce n’est pas tant « Pauca meæ » en soi que je n’aime pas. On y trouve – comme un peu partout chez Hugo – deux ou trois excellents poèmes : le ressassé « Demain, dès l’aube… », le moins connu « On vit, on parle… » ; des vers qui ont de l’allure : « Toutes ces choses sont passées / Comme l’ombre et comme le vent. » (dans « Quand nous habitions tous ensemble… »), « Il faut que l’herbe pousse et que les enfants meurent » (dans « À Villequier ») ; et de l’humour involontaire : « Mes quatre enfants groupés sur mes genoux » ou « le noir échiquier » (ça, c’est respectivement dans « Elle avait pris ce pli… » et « À qui donc sommes-nous ?…). Quant au côté je-suis-Victor-Hugo-et-j’écris-ma-légende, je considère que c’est au lecteur de s’adapter.
Le problème avec « Pauca meæ », c’est que c’est une partie des Contemplations : ça n’a jamais été un livre destiné à une publication en volume. Si on le trouve comme tel en librairie, et dans une flopée d’éditions scolaires toutes plus multicolores, annotées (1) et souples les unes que les autres, c’est qu’il correspond en tout point aux instructions officielles de lycée : ça se rattache parfaitement aux objets d’étude, « La poésie, du romantisme au surréalisme » (seconde) et « Poésie et quête du sens », ça permet d’étudier le mouvement romantique, les registres lyrique et pathétique, de faire un lien avec l’histoire du Second Empire – bref, un genre de menu best of grande frite pédagogique.
Alors pourquoi pas les Contemplations en entier ? Parce que les Contemplations, c’est comme la b*** à Victor : long et parfois dur ! Du coup, on en garde une partie sur les six – celle qui se prête le mieux aux programmes. Et tant pis si « Victor Hugo refusait, de son vivant, que les Contemplations soient publiées en extraits ! » (Ça, je l’ai lu – point d’exclamation compris – dans une de ces éditions scolaires, page 86 de la collection « Bibliolycée » chez Hachette, si on veut des noms.) Tant pis si ça réduit Hugo à une vingtaine de poèmes de deuil alors que l’un des traits marquants de l’écrivain est précisément d’avoir écrit de tout et beaucoup. Tant pis encore si la moitié des lycéens ont déjà appris « Demain, dès l’aube… » au collège. Tant pis toujours si ça revient à les prendre pour des abrutis incapables de lire un livre de plus de cent pages, ou si ça les en décourage.
Une prochaine fois, je vous parlerai de la collection « Profil d’une œuvre ».
(1) J’en possède deux éditions, grâce à la générosité intéressée des éditeurs ; elles comportent, respectivement, 57 et 79 pages de notes pour 53 et 41 pages de texte. Avec de la chance, on peut tomber sur une édition qui comporte peu d’approximations et aucun contresens. Ces trucs sont conçus, réalisés et imprimés à la va-vite par des enseignants dont je continue à ignorer la principale motivation.