Tracer la route...
A peine la dernière page lue et le bouquin (hélas) refermé, je me replonge mentalement au cœur de la foisonnante aventure proposée par Harrison et ne peux m’empêcher de « subir », d’une façon plutôt...
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le 22 avr. 2016
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J'ai acheté "Une Odyssée Américaine" (titre français aussi crétin et mensonger que la photo de couverture de la peu scrupuleuse édition de poche J'Ai Lu) en 2010, pile au moment où j'étais bien fatigué de Jim Harrison après des années de fidélité à son œuvre. Ce petit bouquin de moins de 300 pages a donc attendu patiemment 7 ans que je le redécouvre à l'occasion d'un nième déménagement me forçant à reconstruire ma bibliothèque. Et bien sûr, ça a été un foutu coup de chance, pour moi comme pour "The English Major" (son joli titre original) : d'abord parce que le temps m'avait purgé de mon overdose de Harrison et que j'ai pu retomber en quelques paragraphes sous le charme de son style vigoureux, viril et (ici) infiniment drôle, soit un vrai sens du pittoresque et beaucoup de second degré malin, immédiatement déminé par une rude franchise parfois déconcertante. Mais aussi parce que je me suis rapproché de l'âge du narrateur / personnage du livre, ce qui évidemment aide à créer une sorte d'empathie avec ses tourments familiaux, sexuels et littéraires - je pense en particulier à son projet vain et magnifique de rendre les états américains, linguistiquement parlant, aux Indiens les ayant originellement peuplés, ou à trouver de nouveaux noms aux oiseaux. Bien sûr, pour tirer une vraie jouissance de la lecture de ce "petit livre" à la modestie rassurante du géant de la littérature contemporaine, il faut oublier les bêtises annoncées par la couverture de l'édition française : pas de vrai road movie ici, puisque l'espace visité est avant tout celui des souvenirs (passés et nouveaux, ceux qu'on se fait chaque jour), sexuels et culinaires principalement, et qu'il n'y a aucune véritable odyssée dans ces pages souvent irrésistibles que celles d'improbables incidents causés par le manque de discernement d'un héros très ordinaire. Et c'est bien sûr beaucoup mieux que cela : pourquoi donc vouloir parcourir le monde quand on ne rêve de que de tranquillité dans une cabane d'indien où on a été heureux enfant, sans ordinateur, sans Internet, sans téléphone portable ? "The English Major" semblera sans doute tout riquiqui (mesquin ?) à un jeune lecteur, avec ses préoccupations bien peu métaphysiques quant à l'argent rare qui file trop vite, ou quant à un cul sublime de jeune femme qu'on aimerait bien pouvoir reluquer, mais qui ne vaudra sans doute jamais une journée de pêche réussie, on le sait bien. Il pourra aussi paraître incurablement réactionnaire dans son rejet obstiné, parfois agressif, de toute modernité. Il est pourtant débordant de vie, d'appétit, d'énergie, d'humour, et surtout illuminé par un désir de rébellion quotidienne contre l'horreur d'une société gangrenée par la soif de pouvoir, d'argent, de conformisme... un désir qui finit par le rendre absolument vital. Un livre fort, et néanmoins pas pour tous les goûts ! [Critique écrite en 2016]
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Créée
le 12 déc. 2016
Critique lue 142 fois
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