Sermons de minuit
6.9
Sermons de minuit

Série Netflix (2021)

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Depuis la réussite absolue de "Haunting of Hill House", chaque nouveau film (ou nouvelle série) de Mike Flanagan est attendu avec impatience par tous les fans de fantastique "intelligent" et novateur. Et, même si chacune de ses œuvres confirme les ambitions scénaristiques de Flanagan (renouveler les thèmes classiques du genre, en éviter les clichés usés et offrir à ses spectateurs des récits psychologiques complexes), il faut bien reconnaître que, en dépit de son talent désormais bien affirmé de réalisateur, la déception n'est jamais loin. Et ce ne sera cette "Midnight Mass" qui fera exception.


Le projet de Flanagan, dans sa nouvelle mini-série, est de déployer une réflexion profonde sur le fonctionnement de la religion, du ciment social qu'elle constitue - ici pour une petite communauté insulaire presque oubliée du monde contemporain, et mise à mal par la dégradation de son environnement - jusqu'aux dérives de l'intolérance, personnifiée par un remarquable personnage, justement incarné par une Samantha Sloyan que l'on adore haïr. "Midnight Mass" va alors mettre en place dans chacun de ses 5 premiers épisodes une plongée dans la psyché d'un(e) habitant(e) de l'île pour explorer, à travers une succession de dialogues, voire de monologues, les causes et les mécanismes de sa croyance - ou de sa non-croyance. C'est à la fois passionnant et indiscutablement pas très digeste, malgré un casting de qualité qui fait ce qu'il peut. Chaque épisode se termine, de manière trop systématique sans doute, par un retour à la partie fantastique de la fiction, avec d'ailleurs cette indéniable efficacité que l'on doit reconnaître à Flanagan (oui, certains moments font très peur, et donnent envie que la série rééquilibre sa recette entre fantastique et psychologie !).


L'une des forces indéniables de "Midnight Mass" est la manière dont elle retravaille l'un des thèmes les plus éternels du Fantastique (nous n'en dirons pas plus...), et dont elle en retourne littéralement comme un gant la symbolique (le magnifique et terrible monstre, autre vraie réussite), pour en faire une illustration perverse des délires de la foi. Grâce au personnage passionnant du prêtre (Hamish Linklater, véritable révélation de la mini-série), cette approche provocatrice évite néanmoins l'effet de "procès à charge", et la mise en perspective de la foi catholique par rapport à l'islam ajoute encore au paradoxe et à la complexité du propos de Flanagan...


.... et le fait peut être un peu trop bien, même ! Le final "à rallonge" qui conclut les deux derniers épisodes, où se déchaînent l'horreur et la violence, ménage un peu trop - à notre goût, tout au moins - la chèvre et le chou : pourquoi, après une réaffirmation de la beauté d'une vision scientifique de la Mort (et donc de la Vie), être revenu sur la force de la foi des croyants devant la perspective de leur fin ? Pour flatter la bigottetie d'une large partie de l'audience américaine ? Il s'agit malheureusement là d'un choix qui mine sérieusement le message de "Midnight Mass", et qui, s'ajoutant aux trop nombreuses invraisemblances de cette partie finale (les incendies, l'impuissance des fidèles, les trajets de plusieurs protagonistes...), gâche le plaisir que l'on a pu ressentir jusque là...


[Critique écrite en 2021]

EricDebarnot
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le 2 nov. 2021

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Eric BBYoda

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