Les meilleurs films de 2024 selon Véreux

Est-ce la pire année de cinéma de tous les temps ? Seuls les 5 premiers sont de très bons films.

Liste de

53 films

créée il y a environ 2 ans · modifiée il y a environ 2 mois
Anora
7.1
1.

Anora (2024)

2 h 19 min. Sortie : 30 octobre 2024 (France). Comédie dramatique

Film de Sean Baker

Annotation :

Brillamment réalisé, Palme d'Or méritée. Mais est-ce plus que ça ?

J'ai souvent pensé à After Hours, film similaire mais que j'aime davantage. Je reconnais que cette deuxième partie est excellemment faite, parfois très drôle, souvent impressionnante, Baker maîtrise son sujet, mais je ne sais pas pourquoi, ça ne me prend pas plus que cela. Pourquoi After Hours et pas Anora ? Parce qu'on est plus exigeant avec le cinéma actuel et qu'on en minimise la qualité par mauvaise foi ? Parce qu'on reconnaît mieux les icônes du passé que celles du présent, précisément parce que ce sont celles qui ont la particularité de bien vieillir ?

Ces questionnements sont authentiques, et je n'ai pas de réponse. Ce dont je suis sûr, c'est qu'aujourd'hui, Anora ne m'émeut pas beaucoup, je vois le geste, mais moins son retentissement. Comment verra-t-on Anora dans vingt ans ? J'aimerais bien le savoir maintenant.

Update de 2025 : Aujourd'hui, avec le recul, la relative déception a complètement disparu. Je considère cette Palme d'Or, sa valse, son entrain comme un des plus beaux gestes de cinéma depuis longtemps. Grand film.

The Substance
6.9
2.

The Substance (2024)

2 h 20 min. Sortie : 6 novembre 2024 (France). Drame, Épouvante-Horreur

Film de Coralie Fargeat

Annotation :

Ce qui est sûr, c'est qu'il faut beaucoup de talent pour filmer ainsi les textures, faire luire ainsi les matières, cadrer de la sorte. Le film invente même des choses, dans sa façon de plonger de temps en temps dans la pure expérimentation. Pour tout cela, The Substance est un grand film moderne.

Mais Coralie Fargeat, même si elle témoigne d'un grand pas en avant après Revenge (une ambition démesurée), est vraiment trop prétentieuse, et entre le pataquès de l'ambiance sonore, la grossièreté absolue des références (Kubrick, Hitchcock, rien que ça), et la tentation intégrale du tape-à-l'œil, on en a pour sa dose d'agression pubarde. Non pas qu'il n'y ait rien à dire : la partie finale, insupportable, a le mérite de ne pas se défiler, et tout cela a du corps. Mais, de la douceur, de la délicatesse, était-ce trop en demander ? Ici, derrière la caricature écrasante, derrière le schéma grand-guignol, derrière ce montage qui cherche tout le temps à épater, rien ne vit.

Avec un tel matériau, Aster aurait fait un film plus détestable encore mais sûrement meilleur. Lánthimos aurait dispersé de bons dialogues çà et là. Refn aurait fait plus fin, et d'ailleurs c'est sûr, car il a déjà fait un film semblable, The Neon Demon, qui était supérieur à The Substance, car plus réfléchi. Quant à Fargeat, l'avenir n'est pas fermé (il y a des propositions), mais il faut déjà le redouter, et d'autant plus qu'il y a ici une petite malhonnêteté : piquer des éléments à droite à gauche n'est pas un crime, mais en revanche, plagier est un acte plus discutable. Car The Substance doit tout à Starry Eyes (quelques scènes en sont directement pompées), et ce serait bien que cela se sache plus.

Soyons néanmoins d'une honnêteté équivalente à celle que l'on demande de Coralie Fargeat : avec le recul, son film est l'un des plus importants chocs de mise en scène du XXIème siècle.

La Zone d’intérêt
7.2
3.

La Zone d’intérêt (2023)

The Zone of Interest

1 h 45 min. Sortie : 31 janvier 2024 (France). Drame, Historique, Guerre

Film de Jonathan Glazer

Véreux a mis 6/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Crée le débat : c'est bien, cela veut dire que le film a des choses à dire, et c'est moins bien, car cela signifie qu'il ne convainc pas totalement (terrible utilisation de la musique).

Pauvres Créatures
7.2
4.

Pauvres Créatures (2023)

Poor Things

2 h 21 min. Sortie : 17 janvier 2024 (France). Comédie, Drame, Fantastique

Film de Yórgos Lánthimos

Annotation :

Plusieurs défauts (Emma Stone insupportable sur le début, des facilités, une image laide, et quelques provocations puériles), mais aussi des qualités certaines : une vision pertinente du machisme, un sens prononcé de l'exécution (dans les dents de ceux qui voyaient en Lánthimos la seule misanthropie, alors qu'il est indéniable qu'il sait faire du cinéma), et quelques saillies émotionnelles réussies.

Borgo
7
5.

Borgo (2023)

1 h 57 min. Sortie : 17 avril 2024. Drame

Film de Stéphane Demoustier

Annotation :

Très bon polar : bien aidé par son excellent scénario, mais aussi parfaitement incarné et bien torché, le film est un petit modèle du genre. Il déroule sans à-côtés, il est juste tout du long. Belle musique également.

Trois Amies
6.4
6.

Trois Amies (2024)

1 h 57 min. Sortie : 6 novembre 2024. Comédie dramatique, Romance

Film de Emmanuel Mouret

Annotation :

Il est probable que d'ici trente ans, l'œuvre récapitulée de Mouret soit considérée avec déférence. Film après film, il s'impose comme un auteur singulier, et c'est justement ce qui fait sa force.

Il est néanmoins regrettable qu'ici, la petite musique habituelle ne soit pas trop bouleversée : la photographie est plate, certaines scènes trop théâtrales, le ton manque de gravité, et la mise en scène de dramaturgie cinématographique. Cependant, le cinéma de Mouret ne peut se concevoir autrement : ce sont précisément cette frivolité, cette distance au mélo, cette façon de ne jamais jouer la démesure qui rendent ces petits drames du quotidien attachants, et qui exacerbent le talent scénaristique de Mouret. Ici, la manière dont l'amour a d'être vu comme un contrat bipartite (les personnages passent leur temps à se remercier ou à se dire pardon) soumis aux jeux du hasard est pertinente : derrière le conte moral, il y a un beau fond de vérité. Damien Bonnard est excellent.

C'est quand on se dit qu'on aimerait bien avoir les bibliothèques des personnages des films de Mouret qu'on se dit qu'on est vraiment devenu un petit bourgeois.

La Plus Précieuse des Marchandises
7.1
7.

La Plus Précieuse des Marchandises (2024)

1 h 21 min. Sortie : 20 novembre 2024. Drame

Long-métrage d'animation de Michel Hazanavicius

Annotation :

Malheureusement, il y a certaines lourdeurs, tant graphiques que scénaristiques (une musique permanente pour donner de l'ampleur émotionnelle à chaque scène), mais cela demeure un beau film, cherchant la voie de l'épure propre au conte, mais ne se défilant jamais devant l'horreur humaine que fut l'Holocauste. A ce titre, la séquence "vue du train", avec ce cri qui ne sort pas, est d'une incroyable dureté ; je ne sais pas quel cœur de pierre peut ne pas se fendre devant ça.

Animation un tantinet pauvre (un trait peu fin), mais de belles couleurs.

Comme un lundi
6.5
8.

Comme un lundi (2022)

Mondays: Kono taimurupu, look joshi ni kidzuka senai to owaranai

1 h 23 min. Sortie : 8 mai 2024 (France). Comédie, Fantastique

Film de Ryo Takebayashi

Annotation :

La première partie est jubilatoire, mais dès que le film prend la partie de la résolution, il devient moins intéressant. C'est un petit feel-good movie sans prétention ni vulgarité, voilà (et c'est déjà pas mal).

Le manga a l'air bien en vrai.

Voyage au bord de la guerre
6.7
9.

Voyage au bord de la guerre (2024)

1 h 02 min. Sortie : 18 juin 2025. Politique, Société

Documentaire de Antonin Peretjatko

Annotation :

Toujours là où on ne l’attend pas, le Peretjatko : le voilà qui part en Ukraine, interroger tant le passé qui lui a donné son patronyme que s’enquérir du présent, et documenter les dommages que l’invasion russe et l’agressivité poutinienne ont causés au pays bleu et or. Armé d’une caméra 16mm et d’un micro tout pourrave, il associe les témoignages poignants et les réflexions défoulatoires le long d’une promenade détonante, que les focus sur les impacts de balle et les vues sur les immeubles détruits rendent parfois glacée. Virtuose du collage absurde et du contre-pied humoristique, le cinéaste agglutine les influences de Godard et de Marker à sa propre recette, et, dans le prolongement de Vous voulez une histoire ?, mêle le voyage politique à l’introspection digressive ; de fait, la première partie, qui infuse un humour et une personnalité uniques au contexte lourd, est d’une folle poésie.

La seconde, plus terre-à-terre, confine au reportage télévisuel, mais s’autorise encore quelques échappées formalistes, que les images de désolation viennent contrebalancer ; il n’est pas question pour Peretjatko de traiter cela à la légère. Son coup de génie vient d’ailleurs du format employé. Captant à la volée, presque sans ordre, et assemblant ses prises de vue en autant d’itinéraires déliés, comme dans un récit de vacances, le cinéaste confère à son voyage le goût de l'antan qu’ont aussi acquis ces vieilles bobines Super 8 accumulées dans les caves humides : le film, par la dichotomie causée par le rapport de sa technique et de sa contemporanéité, crée un saisissant sentiment d’archives documentaires avant l’heure, et évoque donc les époques de conflits majeurs dont les événements n’ont de cesse d’être commentés en cours d’histoire. Par ce choix d’une image analogique, presque racornie, quoique très belle, il invite à mesurer que, très bientôt, la guerre russo-ukrainienne sera de ceux-ci, et que son importance se doit d’être perçue dès à présent. Il en va de tous ces hommes et de toutes ces femmes dont le visage est capté par l’objectif, et dont les traits ne sauraient être anonymisés que trop vite par le dédain confortable de celui qui met ses chaussons en rentrant chez lui ; la démarche ne manque pas de propos.

Vingt Dieux
7.1
10.

Vingt Dieux (2024)

1 h 30 min. Sortie : 11 décembre 2024. Comédie, Drame

Film de Louise Courvoisier

Annotation :

Film simple, correct, qui ne permet pas encore de définir si Louise Courvoisier est une réalisatrice prometteuse, mais tout de même sympathique, bien capté : les Dardenne feraient bien de s’inspirer de ce Vingt Dieux pour comprendre qu’on peut filmer des marginalisés, des gens qui ont la vie dure, sans pour autant tomber dans une commisération parfaitement impudique.

Très très beau portrait féminin.

Les Graines du figuier sauvage
7.6
11.

Les Graines du figuier sauvage (2024)

Daneh Anjeer Moghadas

2 h 46 min. Sortie : 18 septembre 2024 (France). Drame

Film de Mohammad Rasoulof

Annotation :

Il est difficile d'envisager le film pour lui-même, car, en sachant que Rasoulof tourne tout ça en clandestinité entre deux périodes de mitard, on lui verse une considération qui dépasse nécessairement celle qu'on prête à l'artistique (certains répondront que l'art n'est pas art sans politique... ce qui est vrai, parlons alors plutôt d'esthétique).

Implacable, incontestable, le film est fort, lourd de sens (ce n'est pas un divertissement, ça c'est sûr), et s'envisage comme un vibrant et très courageux plaidoyer pour le droit des femmes et la reconnaissance de la jeunesse opprimée en Iran : tout cela pourrait être très impressionnant, et incroyablement émouvant, d'autant que la richesse du sous-texte (un flingue = un symbole phallique = le glaive de la justice = l'instrument du chaos...) est indéniable, mais il y a un souci scénaristique majeur : plutôt que de faire de la disparition de l'arme - fusil de Tchékhov au sens premier - une faute du père à part entière, il est révélé dans l'acte final qu'elle est bel et bien causée par une de ses proches. A partir de là, tout tortionnaire et coreligionnaire du régime soit-il, la rhétorique laisse un poil perplexe : ce n'est pas sa propre bêtise qui l'a enfoncé, mais sa famille qui déclenche la violence qu'il cachait jusqu'ici dans son quant-à-soi.

Ce n'est sûrement pas ce que souhaite dire Rasoulof, les images finales et son emprisonnement sont suffisamment éloquents pour rappeler quel est son propos et à quel point il pose problème à la république islamique, mais ce rebondissement est assez perturbant : ce que cela dit presque, c'est que seules des actions terminales permettent de révéler les comportements extrêmes, et d'en triompher.

Le mal n'existe pas
7
12.

Le mal n'existe pas (2023)

Aku wa sonzai shinai

1 h 46 min. Sortie : 10 avril 2024. Drame

Film de Ryusuke Hamaguchi

Annotation :

Constitue un net progrès en regard des films précédents de Hamaguchi... du moins, jusqu'à ses dernières minutes.

Car la conclusion, claire, mais lourdement allégorique et tarabiscotée, renvoie ce film aux mêmes affres que celles dont Hamaguchi est coutumier, à savoir le désir de prendre à revers (l'agression ad hominem, que rien ne permet d'anticiper), la trajectoire fuyante (rien ne vous sera - trop - révélé), et, en recompilant le tout, une tendance au symbole exagérément significatif (les cerfs, ou les migraines fugaces, comme autant de prévisions d'un drame à venir). Dommage, car sans cela, le film se tient : tension, mise en scène, construction, il y a du soin.

Chime
6.6
13.

Chime (2024)

45 min. Sortie : 28 mai 2025 (France). Épouvante-Horreur, Thriller

Moyen-métrage de Kiyoshi Kurosawa

Annotation :

Retour de Kurosawa aux thèmes de ses plus grandes réussites (la psychose intérieure du Japon, le désert des villes, la folie contagieuse) le long d'un petit film d'horreur psychologique : c'est un réel plaisir de voir que son talent pour la mise en scène clinique n'a pas disparu, et il faut aussi souligner un travail phénoménal sur le son.

Pour le reste, ce moyen métrage est une version minimale de Cure, moins envoutante, moins bien scénarisée aussi (une fin ouverte... qui est surtout un renoncement, comme toujours), mais intéressante, quasi matricielle de tous les thèmes du maître japonais. Cela va d'ailleurs presque jusqu'à l'empilement : il aurait fallu délayer un peu. Par son trop plein théorique, il pêche en chair.

En fanfare
6.9
14.

En fanfare (2024)

1 h 43 min. Sortie : 27 novembre 2024. Comédie dramatique

Film de Emmanuel Courcol

Annotation :

Film de divertissement populaire correct. Lavernhe en fait des caisses, il y a un trisomique qui fait des blagues affligeantes pour faire rire dans les chaumières (comble de la putasserie), mais l'ensemble se tient, et surtout, il y a un vrai respect pour les harmonies et pour le Nord.

Aux deux toqués qui liraient ceci : laissez-moi vous parler d'un pote à moi, Amaury Bart. En plus d'être médecin dans le bassin minier, il est chef d'harmonie dans un petit village, où socialement c'est compliqué (politiquement, encore pire). Il fait du porte-à-porte pour parler de son projet d'harmonie, récupère les gamins en difficulté, les façonne en champions en les faisant participer aux concours de brass band. En discutant avec la municipalité de faire un projet d'harmonie d'ampleur, on lui a dit que ça ne marcherait pas, que plus personne n'allait aux concerts de la fanfare. Le mec, ni une ni deux, a décidé d'unir une foultitude de groupes à l'agonie de la région de Lillers (hiver éternel). Leur but : investir une somme monstrueuse de temps en direction et en répétition pour rejouer Cabaret avec des bénévoles, musiciens, acteurs et danseurs, pour montrer un peu que, justement, c'était possible.

Après avoir fait salle comble en 2023 au théâtre de Béthune, il a encore joué à guichet fermé au Sébastopol de Lille (900 places) en octobre 2024. Pas un kopeck dans sa poche, pas une seule once d'ego dans sa bouche, et pourtant c'est bien lui qui a monté tout ça, contre vents et marées, avec des équipes d'amateur, pour un projet extra de culture et de vivre-ensemble. Ce mec est un héros, un vrai.

Gondola
6.6
15.

Gondola (2023)

1 h 18 min. Sortie : 24 juillet 2024 (France). Comédie dramatique, Romance

Film de Veit Helmer

Annotation :

Quelque part entre Iosseliani, Jeunet, et Tati, en version minimale : très mince, mais ayant tout de même sa poésie, et une certaine vision. C'est beaucoup, de nos jours.

Beetlejuice Beetlejuice
6
16.

Beetlejuice Beetlejuice (2024)

1 h 45 min. Sortie : 11 septembre 2024 (France). Comédie, Fantastique, Épouvante-Horreur

Film de Tim Burton

Annotation :

Somme toute bien produit, distrayant. Répète la structure et la facture de Dark Shadows, mais pour un résultat nettement supérieur.

Le film ne révèle pas une grande personnalité (cela n'étonnera personne à présent), expédie une liste invraisemblable de sous-intrigues mal ficelées, et ne touchera donc que le cœur de ceux qui aimaient l'original ; pour autant, il contient une très belle audace : l'utilisation de la musique de Carrie à la fin du film, très à propos, est ce que Burton a fait de plus beau depuis trente ans, peut-être.

Hit Man
6.3
17.

Hit Man (2023)

1 h 53 min. Sortie : 4 septembre 2024 (France). Action, Comédie, Romance

Film de Richard Linklater

Annotation :

Alors qu'il a été marketé comme une comédie romantique, ce petit film est surtout un polar, mais qui, justement, se cherche un peu entre les genres : il n'est pas suffisamment sérieux dans son ton pour être un vrai film noir, mais il est trop soucieux de sa psychologie (niveau début de lycée, pas mieux) pour être un peu drôle. En résulte un film inégal, ne sachant trop sur quel pied danser, pas désagréable mais au mieux distrayant, et manquant trop de crédibilité et d'originalité (la scène pivot fait trop penser à L'innocent de Louis Garrel, mais ce n'est pas non plus une grande référence).

Glen Powell est beaucoup trop beau gosse pour convaincre en prof de philo, on nous prend pour des lapins de six semaines. Il est néanmoins assez émouvant de se dire que, justement, Powell l'acteur est ici scénariste d'un film où le héros se transforme en incarnant un autre personnage, et s'y sublime.

Les Chambres rouges
7.2
18.

Les Chambres rouges (2023)

1 h 58 min. Sortie : 17 janvier 2024 (France). Thriller

Film de Pascal Plante

Annotation :

Une jeune nerd qui possède un portefeuille de bitcoins et gagne sa vie au poker en ligne tombe en obsession d'un probable tueur en série et assiste chaque jour à son procès. Son appartement, situé dans une tour mortelle aux grandes baies vitrées, est aussi vide que le catalogue de ses émotions. Elle fait des photos de mode un tantinet provocantes, a une IA chez elle qui répond à ses mails et organise sa vie, ne boit que des shakes protéinés, joue au squash toute seule, et connaît tous les tours de passe-passe du hackeur à qui on ne la fait pas.

Super, merci l'épisode de Black Mirror : Pascal Plante se vautre dans les clichés, tant de caractérisation de son scénario que de mise en scène (un plan-séquence très éloquent quant à ses ambitions tapageuses ouvre le film). Ne reste de ces Chambres rouges qu'un petit squelette, duquel il ne subsiste, si on lui ôte les aspirations ramenardes, que quelques scènes plus percutantes vers sa conclusion - à condition d'aimer les musiques de hurlements. Fait parfois presque penser, dans ses procédés, à Requiem for a dream...

On peut en retenir l'étrange charisme de Laurie Babin (et ses yeux globuleux assez déconcertants).

Le Tableau volé
5.9
19.

Le Tableau volé (2024)

1 h 31 min. Sortie : 1 mai 2024. Drame

Film de Pascal Bonitzer

Annotation :

Tout petit film choral, qui fait se croiser quelques protagonistes dépeints d’un trait direct, et qui les embarque dans une très mince affaire de vente d’un Schiele retrouvé plusieurs décennies après son vol. L’intrigue, modeste et menue, s’applique à faire rayonner les essences profondes de ses personnages en seulement quelques scènes, et y arrive plutôt ; les dialogues sont justes malgré leur aspect écrit, et le microcosme présenté est étudié avec un souci de mesure et d’authenticité, chose que le sarcasme en coin de Bonitzer ne vient jamais édulcorer. Le récit est donc honnête, traversé de dignité (la lettre finale, écrite sans emphase, est assez touchante), mais manque cruellement de nerf : le film se conclut sans avoir jamais creusé de dramaturgie ni avoir accroché de quelque façon, et donne l’impression de ne retranscrire qu’une historiette pépère, lisse et sans saveur. Un marchand d’art tente d’escroquer un priseur, pfiou quel vertige, une stagiaire parisienne se réconcilie avec son père, mazette quelle émotion, c’est vraiment de ce niveau-là. La petite musique de Bonitzer est, précisément, toute petite.

Film de caractères, film de personnages, et donc film d’acteurs : on prend un certain plaisir à croiser toutes ces gueules bien établies, et à estimer les prestations de chacune d’entre elles. À ce petit jeu (qui n’est que pure gloriole), on se dira que Nora Hamzawi est franchement en-dessous, que Marie Drucker ne force pas trop son talent, que Olivier Rabourdin est vraiment devenu l’incarnation du second rôle du cinéma français, et qu’il mériterait bien un personnage central un de ses jours. Surtout, Alex Lutz, pinçant et très composé, est vraiment excellent. Voilà, on y est, l’évaluation est finie, vous pouvez poser les stylos.

Un p'tit truc en plus
6.3
20.

Un p'tit truc en plus (2024)

1 h 39 min. Sortie : 1 mai 2024. Comédie

Film de Victor-Artus Solaro (Artus)

Annotation :

Cinéma zéro (il suffit de voir le premier plan sur chariot qui s'arrête avant même d'avoir pu effectuer son exposition), mais de l'humour sur la première partie, quelques petites choses touchantes sur la seconde. Un peu comme En fanfare - qui était mieux fait, c'est un film populaire qui a son intérêt : le monde de l'art n'est pas secoué, mais disons que ça a le mérite d'exister.

Des ressemblances avec Nos jours heureux ; aura-t-il la même résonance générationnelle ?

Juré n°2
6.7
21.

Juré n°2 (2024)

Juror #2

1 h 53 min. Sortie : 30 octobre 2024 (France). Drame, Thriller

Film de Clint Eastwood

Annotation :

Scénario correct, que la fin tragique améliore encore, pour un petit objet de cinéma, réalisé sans grande inventivité, sans malice ; entre la frustration de ne rien voir d'autre qu'une mise en scène illustrative, et la satisfaction de suivre un film académique bien posé et sans chichi, à chacun de choisir.

Rendez-vous avec Pol Pot
6.4
22.

Rendez-vous avec Pol Pot (2024)

1 h 53 min. Sortie : 5 juin 2024. Drame, Historique

Film de Rithy Panh

Annotation :

L'image est belle et le sujet est fort, mais le film manque d'une réalisation vraiment affirmée. Irène Jacob et sa légendaire inexpressivité sont bien au rendez-vous. La dernière partie émarge de la léthargie ambiante.

Léo - La fabuleuse histoire de Léonard de Vinci
6.3
23.

Léo - La fabuleuse histoire de Léonard de Vinci (2023)

The Inventor

1 h 37 min. Sortie : 31 janvier 2024 (France). Animation, Biopic, Aventure

Long-métrage d'animation de Jim Capobianco et Pierre-Luc Granjon

Annotation :

L'animation est adorable, mais c'est vraiment trop long, coincé entre la petitesse de son histoire (ça ne va nulle part) et la profusion de thèmes à aborder de façon éducative ; assez chiant.

The Sweet East
6.6
24.

The Sweet East (2023)

1 h 44 min. Sortie : 13 mars 2024 (France). Aventure, Drame, Fantastique

Film de Sean Price Williams

Annotation :

La chanson du générique est bonne, Talia Ryder y chante magnifiquement, mais le générique est un clip, et annonce la couleur quant à ce film bourré d'effets, très sûr de sa séduction, cherchant en permanence la joliesse, et souvent prétentieux.

Remake à peine masqué de Under The Silver Lake (A24 a formaté le cinéma américain indépendant en faisant de l'originalité une norme), mais cette fois-ci sur la côte Est, The Sweet East accumule les caricatures, les touches clipesques (très gros plans, montage plein de jump-cuts, aspect granuleux arty un peu forceur) et les rebondissements de scénariste (il faut faire impression). L'ensemble démontre une condescendance démesurée pour les Américains ordinaires, et en fait des bêtes de foire en les associant sempiternellement à des extrémismes peu subtilement croqués : plouc, antifa, néo-nazi (le segment le moins mauvais), woke, musu crypto-gay, oncle pervers, tout y passe, sauf bien évidemment votre voisin normal qui part au boulot à 8h et revient à 19h pour promener son chien. Tout cela est bien facile...

Et l'héroïne, dont le registre d'émotions se limite à une moue blasée sur un joli visage (aucun émerveillement, aucune peur malgré les situations), n'est pas à proprement parler un compagnon sympathique de voyage.

Flow - Le chat qui n’avait plus peur de l’eau
7.4
25.

Flow - Le chat qui n’avait plus peur de l’eau (2024)

Straume

1 h 24 min. Sortie : 30 octobre 2024. Animation, Aventure, Fantastique

Long-métrage d'animation de Gints Zilbalodis

Annotation :

Ce petit chat est très mignon, mais le mien l'est bien davantage.

Au-delà de ça, le film ressemble énormément à une longue cinématique de jeu-vidéo (The Last Guardian en particulier), avec un soin un peu surfait pour la création de décors de ruines new age, et n'est au final pas vraiment intéressant.

L'Histoire de Souleymane
7.6
26.

L'Histoire de Souleymane (2024)

1 h 33 min. Sortie : 9 octobre 2024. Drame

Film de Boris Lojkine

Annotation :

La suite à l'histoire de Moi, Capitaine dans des teintes hautement plus crédibles : politiquement, le film est inattaquable, il prend le juste recul et la juste empathie vis-à-vis du destin condensé de son personnage. On est avec lui, on le saisit, on le comprend, et en même temps, on comprend ce qui, administrativement, justement ou injustement, s'oppose à lui. Le problème est bien davantage dans la structure du film : parce qu'il a fallu faire de cette histoire un coup de poing, Lojkine écrit chaque scène comme une pièce de puzzle s'inscrivant dans un séquencement bien trop calculé, visant à appuyer une étreinte, puis à la relâcher un instant, fugace, pour mieux la renforcer après.

- Souleymane se prend la tête avec un restaurateur : danger
- Souleymane doit monter six étages pour monter chez un type qui ne lui parle pas : danger
- Souleymane arrive dans l'appartement d'un vieillard qui fait peur : danger
- Le vieillard est en fait à l'article de la sénilité et le prend en compassion : humanité
- Souleymane est en retard, il doit bousculer les gens pour rentrer dans le métro dont l'alarme retentit : danger
- Il rentre dans le métro au dernier moment : soulagement
- Il arrive en courant près du bus : danger
- Il monte finalement : humanité
- Il arrive au dortoir et on lui donne un lit qui n'est pas le sien : danger
- On ne lui répond pas sur les raisons et on le presse : danger
- Il essaie de parler au type qui a pris son lit, qui ne le comprend pas et pourrait s'énerver, faire du tapage : danger
- Le type lui laisse finalement le lit et Souleymane retrouve son copain : humanité
- Souleymane se réveille dans le dortoir pour reprendre une place pour le jour suivant : danger
- Il obtient sa place : soulagement.

Et ainsi de suite. Lojkine construit un sentiment de danger incessant, et cela revient à du conditionnement, il souhaite persuader, insister, démontrer en permanence ; ainsi, à chaque fois que Souleymane traversera un stop sans s'arrêter, on verra sa silhouette au milieu d'un cadre fermé, et on entendra cinq mille klaxons comme si Paris était Bangalore, afin d'appuyer la menace permanente qu'une voiture ou un bus le fauche (dont acte). Chaque rebondissement souhaite éprouver pour convaincre, mais c'est précisément le souci : ce n'est pas sur la politique au sens premier que le film échoue, mais sur la politique de la mise en scène. Car la persuasion n'est pas raison, et on y sent toujours plus la tête que le cœur.

Sleep
6.3
27.

Sleep (2023)

Jam

1 h 34 min. Sortie : 21 février 2024. Thriller, Comédie, Épouvante-Horreur

Film de Jason Yu

Annotation :

Heureusement, le film n'est pas victime de tous les tocs débiles qui pourrissent le cinéma d'horreur grand public, mais il n'est pas pour autant bien meilleur : difficile de faire plus paresseux que cette mise en scène qu'une IA aurait pu penser. La fin fait quant à elle preuve d'un peu de malice scénaristique ; c'est tout ce qu'il faut retenir de ces 90 minutes, et c'est bien maigre.

Toutes les personnes qui mettent 8 et qui tombent en pamoison devant ce film, alors qu'elles auraient été bien plus tièdes s'il avait été américain, ou pire, américain et en plateforme, cassez-vous, CASSEZ-VOUS.

Moi capitaine
7.2
28.

Moi capitaine (2023)

Io Capitano

2 h 02 min. Sortie : 3 janvier 2024 (France). Drame

Film de Matteo Garrone

Annotation :

Pas de haine profonde pour ce film, mais tout de même pas terrible : que de musique, que de naïveté, que de décorum pour un sujet qui nécessitait un traitement tellement plus réaliste.

U Are the Universe
7.1
29.

U Are the Universe (2024)

Ty - Kosmos

1 h 41 min. Sortie : 20 novembre 2025 (Ukraine). Comédie dramatique, Science-fiction, Romance

Film de Pavlo Ostrikov

Annotation :

Il ne suffit pas d'une idée pour faire un film ; ici, après le postulat, qui voit un pauvre type errer seul dans l'espace après la destruction de la Terre, il n'y a trop rien. Le film s'envisage comme une bluette archétypale, parcourue de quelques rebondissements de romcom vus et revus, et dont la seule particularité tient du fait que le décor soit celui du vide interstellaire. On bâille poliment devant tant de banalités...

Rien de profondément original, pas de grande idée, peu de mise en scène, et surtout, un manque de sérieux fatidique dans cette élaboration d'une station spatiale en guise de lieu d'action : avec si peu d'incarnation (et de budget), on n'y croit jamais.

Trap
5.4
30.

Trap (2024)

1 h 45 min. Sortie : 7 août 2024 (France). Épouvante-Horreur, Thriller

Film de M. Night Shyamalan

Annotation :

Très très bête (des plans en longue focale et regard caméra d'un effet désastreux) mais pas méchant.

Les jeunes qui ont 13 ans aujourd'hui seront-ils dans quarante ans à ce film ce que les jeunes d'il y a quarante ans sont à présent aux horribles Pulsions et Body Double ?

Véreux

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