Degradation Trip par Claire Magenta
Deux mois après la mort de Layne Staley, son ancien camarade de jeu d'Alice in Chains, Jerry Cantrell, sort son deuxième effort solo. Forcément, même si l'album fut écrit avant le décès de Layne, en connaissant un peu l'état physique de ce dernier, plus grand monde se faisait d'illusion sur une quelconque reformation du groupe de Seattle. Pour l'admirateur d'un Would? ou d'un Grind, à défaut d'être considéré comme une nouvelle véritable offrande, ce nouvel LP du compositeur principal d'Alice pouvait tout du moins faire office de madeleine.
Contrairement à son précédent effort solo, Boggy Depot, Jerry s'entoure d'un véritable groupe avec des musiciens qui ont fait leur preuve à savoir Mike Bordin (ex-Faith No More) et Robert Trujillo (ex-Suicidal Tendencies, ex-Infectious Grooves et futur Metallica). Pour la cohésion entre les musiciens, c'est OK. Mais qu'en est-il du songwriting ?
L'un des côtés positifs de cette création vient du fait que Cantrell semble s'être fait plaisir. On passe ainsi en revue les quelques préférences du monsieur : du riff bien gras et poisseux à la ballade acoustique (enfin pas de quoi conter fleurette et de sortir son petit bouquet d'églantines).
En guise de hors d'œuvre, le LP s'ouvre ainsi sur Psychotic Break, prouvant et rassurant tout le monde sur la capacité du garçon à nous pondre des chansons au charme trouble. Avis qui se prolonge sur le rampant et poisseux Bargain Basement Howard Hughes. N'empêche que pour l'admirateur de la voix d'ange déchu qu'avait Staley, on ne peut émettre une certaine déception, il manque quelque chose. L'un des points forts d'Alice in Chains était justement ce contrepoint entre la voix écorché de Layne et l'approche mélodique de celle de Cantrell, du coup forcément, j'aurai tendance à penser que ça manque de sel comme sur Spiderbite... enfin ne boudons pas notre plaisir tout de même, ce petit reproche n'a lieu que sur les chansons les plus tordus de l'album, Angel Eyes est à ce titre nickel avec son refrain accrocheur.
A défaut d'avoir écrit un chef d'œuvre, Cantrell nous propose un album agréable, loin d'être transcendant mais qui contient tout de même plusieurs chansons excellentes. Au final très peu de déchets pour un album dont on attendait pas grand chose, quand bien même Cantrell aurait pu réduire le nombre de titres : du dispensable Mother's Spinning in Her Grace, au champêtre Give It A Name, en passant par la terrible faute de goût She Was My Girl. On s'amusera par contre de l'hommage déguisé à Peter Frampton sur Locked On..
Contrat rempli.