Le voilà, le tout frais septième album de Mastodon : Emperor Of Sand. À première vue, les quatre géorgiens semblent opérer un vrai retour aux sources. L’album est produit par Brendan O’Brien, qui avait produit l’acclamé Crack The Skye en 2009. C’est également le retour du concept album. Cette fois-ci, le groupe nous raconte la traversée du désert d’un homme dont la mort est inévitable. Une métaphore plus ou moins subtile du cancer qui prend tout son sens quand on apprend que la femme de Troy Sanders a été touchée par la maladie, et que la mère de Bill Kelliher en est morte.
Mastodon fait référence à ses premiers albums en reprenant la même construction de pochette. Un personnage central, le nom du groupe en haut accompagné d’un logo et le nom de l’album en bas. Les fans de la première ne seront donc pas perdus. On passe sur le mauvais goût de l’artwork qui ne rend pas hommage aux travaux de Paul Romano. Tout est donc en place pour nous montrer que le groupe part se ressourcer dans son début de carrière florissant et inventif. Fan service ou supercherie ?
Le retour de l’album concept.
Pas d’erreur sur la marchandise, Emperor Of Sand est bel et bien un album concept. L’errance existentielle de condamné à mort illustre chaque morceau. Ce qui permet de créer une ambiance et un récit à l’album. Mastodon évite même d’en faire des caisses et ne construit pas des morceaux de dix minutes pour épater la galerie. Les morceaux sont relativement courts et denses, à l’image du temps qui reste à vivre au personnage central de l’album.
Après deux albums au format mixtape, ce retour à la narration n’est pas désagréable. Il intègre toutes les facettes du groupe sans jamais être trop poussif ou barbant. Mastodon garde son efficacité tout en proposant des compositions riches et recherchées. Bien que « Show Yourself » semble aux premiers abords trop simpliste, il se révèle finalement très entraînant. Le bridge et le solo de Brent Hinds permettent à ce titre très efficace de s’évader, sans jamais donner l’impression de bouffer à tous les râteliers.
Du gras enveloppé dans du velours.
Ce nouvel album est la suite logique de The Hunter et Once More ‘Round The Sun. Moins sludge et plus rock, Emperor Of Sand se dépatouille très bien entre les multiples inspirations du groupe tout en gardant la patte Mastodon. « Steambreather » est le résultat de ce mélange d’influence est si fluide que la voix cheesy de Brann Dailor s’incorpore parfaitement entre deux gros riffs. C’est encore plus probant sur « Sultan’s Curse » qui sonne comme le morceau All Star du groupe. Les trois voix s’enchaînent sans se faire de l’ombre et tous les musiciens se mettent en valeur sans mettre le morceau en danger.
Emperor Of Sand met en avant la grande qualité du groupe : incorporer les riffs le plus gras dans les morceaux les plus délicats. Ce qui revient à peu près au même que de tailler un joyaux brute avec un bloc de granite. Ce comme ça qu’on se retrouve en face de l’incroyable « Andromeda », sculpture invraisemblable qui nous fait passer par toutes les émotions.
Le constat est sans appel : Mastodon revient en force ! Après le décevant Once More ‘Round The Sun, le groupe est de retour au top de sa forme. Créatif et sans concessions, le quatuor s’est nourri de toutes ses expériences personnelles et musicales pour accoucher d’un album exceptionnel. Le concept touchant de l’album y est pour beaucoup, mais une brise crépusculaire chuchotte à nos oreilles tout au long des onze morceaux.
168h dans la discographie de Mastodon : http://madafaka.fr/168-heures-discographie-de-mastodon/