Enchaîner les mixtapes pour se faire connaître, c’est bien. Mais vient un moment où l’album s’impose, pour enfin entrer dans la cour des grands. Ty Dolla $ign est donc scruté avec Free TC, son premier exercice studio de carrière.
Ty vient de Los Angeles. Mais finalement, au cours de sa carrière, son identité ne transparaît que peu. Certes, les vibes de l’ouest sont présentes dans ses Beach House, mais après tout, la vraie identité, elle se fait par les paroles. Alors, quand Free TC s’ouvre avec « L.A. », on se dit qu’enfin, à 30, Ty a enfin mûri.
C’est qu’il n’est pas dégueu, cet hymne à la Cité des Anges. En compagnie de Kendrick Lamar qui n’a pas raté un feat. depuis 2007 et les vocalistes Brandy et James Fauntleroy au refrain, le titre est classieux. Il fait office d’introduction de qualité, rêveur, revendicateur. Le genre de titre qu’on attend d’un album studio. Pourtant, Ty enchaîne avec « Saved (feat. E-40) », un titre entre l’EDM et la pop. Par définition édulcoré, donc, pas forcément mal produit (on parle quand même de DJ Mustard derrière la table de mixage), mais on ne peut pas vraiment encenser un titre plus propice à une reprise d’Anna Kendrick dans dans Pitch Perfect 3 qu’à l’écoute sérieuse.
Dans Free TC, il n’y a malheureusement pas que des titres electronico-marketing dont il faut se méfier. L’album pullule de titres RnB sans saveur, à l’écoute mignonne, à l’écriture très peu inspirée. « Know Ya (feat. Trey Songz) », « Credit (feat. Sevyn Streeter) » ou « Only Right (featuring YG, Joe Moses & TeeCee4800) » se suivent et se ressemblent. A peine terminés, impossible de se souvenir du morceau. Et pas franchement d’envie de le relancer. L’art de la platitude.
TRÈS PEU DE RESCAPÉS
Outre ses rapides oublis, Ty réussit à trouver 1 000 manières de se tirer une balle dans le pied. « Solid (feat. Babyface) » cherche une ballade naïve à la guitare, dans une acoustique qui ferait pleurer de mièvrerie Charlie Winston ? Check. « Blasé (feat. Future & Rae Sremmurd) », le grime minimaliste abruti qui porte bien son nom ? Check. « Actress », la diatribe obsédée avec l’éternel porcin R. Kelly ? Check. Sur cette dernière, il semblerait même que le producteur D’Mile ait oublié de retirer le métronome de son mastering. Bref, le son, les lyrics, l’ambiance : tout est nauséeux.
Il y a bien quelques titres qui passent au travers des mailles du filet. Ils rendent encore plus caduques les affreux cités plus haut. Parmi les rescapés, on trouve « Horses in the Stable », un peu lent à démarrer mais validé une fois la vibe RnB installée. Ty peut aussi remercier Kanye West et Diddy sur « Guard Down », lyrique et au beat ultra-efficace.
La vraie pépite, tristement seule, c’est bien « Straight Up (feat. Jagged Edge ». On y retrouve, comme dans « L.A. », cette air de l’Ouest, avec de l’âme, un break comme il faut avant que les cordes viennent prendre le relais. Un son qui règle. Mais un son qui sera le seul rayon de soleil d’un Free TC bien pauvre. Pour sa première en studio, Ty a décidé de toucher à tous les boutons, un peu comme un gamin hyperactif. Le résultat : de la naïveté et du désordre. Mal monté, mal fourni, Free TC est bien loin des espérances placées en lui. Il réussit l’exploit de rendre nuageux le ciel de la Californie. Ty n’est peut être pas l’artiste universel qu’il prétend être.
COEFFICIENT HYPE : MAUVAIS
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