Tu t’en rappelles ? Évidemment que tu t’en souviens !
Ce chignon en feuilles d’ananas planté tout en haut de ces 1,60 m, ces cheveux en bataille garnis de frou-frou, de bouts de dentelles noires ou roses qui tombent en cascade sur des épaules dénudées. Des mèches décolorées de blondasses connes comme ses pieds sur des cheveux noirs corbeau de femme fatale. Le sulfureux mélange de l’innocence et de l'obscénité, un look fait de bric et de broc furieusement sexué. Ce soutif noir qui te saute à la gueule, qui jaillit sous les transparences de la dentelle, ce genre de tenue qui te fait changer d’époque, qui ravit les gamines et fait chialer les mamans. Puis des bracelets en plastocs plein les avant-bras, des mitaines mitées qui montent jusqu’aux coudes, découpées dans le napperon en macramé de mamie. Un rouge à lèvres incendiaire qui déborde de partout, qui dégouline sur des dents trop blanches, étrange mélange de pornstar décadente et de succube en quête de carotide masculine. Une guêpière noire trop étroite pour contenir ces splendides exubérances charnelles et pour renoncer à cette invitation au péché. Des kilos de crucifix de toutes les tailles, de toutes les matières, de toutes les couleurs, suspendus autour du cou ; des croix sacrilèges où ce bon vieux Jésus n’a probablement jamais dû foutre un pied dessus, et tant mieux pour lui.
Ça y est ? Ça te parle, maintenant ?
Tu te rappelles ? “Recherche Susan Désespérément” qu’ça s’appelait, j’crois. Une sorte de navet estampillé 80’s, un truc qu’on regarde par-dessus la jambe. Pourtant, dans cette quintessence cinématographique d’une époque, il nous est permis d’apercevoir le patient zéro, l’origine du cluster qui contaminera les années 80 et propagera, comme une traînée de poudre, la pandémie qui s’abattra sur le monde, et que l’on appellera : Madonna
Dans ce fatras d’images clipesque “So MTV”, la présence magnétique de la “pas encore” Reine de la pop saute aux yeux. On ne voit qu’elle - Et Rosanna Arquette aussi, faut pas déconner ! - Des images instantanément iconiques, des poses de starlettes trashy qui vont enflammer les imaginaires des teenagers du monde entier. Des baisers langoureux, des night-clubs pleins de néons fluos et de nanas en brassière, des centaines de cartouches de clopes fumées, une fuck-attitude dans l’air du temps et un morceau de dance-pop qui va définitivement lancer la carrière de la Madone.
Into the Groove accompagnera la sortie du film et deviendra le carton mondial de 1985. Il connaîtra un succès encore plus grand sur le circuit Dance international : les classements des clubs américains le montent au pinacle et il devient un incontournable des DJ’s du monde entier. Les gamines du monde entier vont alors se trimballer le nombril à l‘air, des bracelets fluos plein les bras et le sourire minaudeur au coin de la bouche d’une Madone en pleine ascension. La chanson ? Un bijou de dance-pop comme il y en a peu. Une virée synthétique dans les 80’s, pleine de percussions, de claviers, d'effets sonores jouissifs, donnant cette superficialité et cette ingénuité qui collent aux basques de l’époque, cet effet “chewing-gum” d’un morceau qui pourrait s’étirer à l’infini. Un Dance track ultime qui te lève de ton siège par la peau du cul et te balance sans ménagements sur un dancefloor parfumé aux oestrogènes et à l’Eau Jeune. Sous l’apparente innocence des paroles qui invitent à danser, à flirter au son enivrant de cette Pop Song inoffensive, Madonna va tremper sa plume dans l’encre salissante du double-sens et des sous-entendus sexuels et donner aux oreilles chastes des adolescentes du monde entier un grain coriace et épicé à moudre.
Into the Groove c’est le cadeau empoisonné que le vice fait à la vertu, l’offrande rituelle sur l’autel de la musique que l’adolescence débridée et insouciante fait à l’ennui et au conformisme de l'âge adulte. Une ode incantatoire à la faune débraillée et colorée qui hantaient les night-clubs de ces villes de grande solitude (la bise, mon Michel !).
Madonna et Into the Groove vont construire les années 80 autant qu’elles façonneront la Ciccone. Alors fous ton polo rose sur les épaules, remonte moi ce jean MOM au dessus du nombril, peigne-moi ce vilain mulet et RENTRE DANS LE GROOVE, Nom de Nom !