When par Laurence d'Aplièse
Pas évident d'évoquer l'album WHEN de Vincent Gallo, cet artiste-dandy, si agaçant pour beaucoup (il suffit de lire les nombreuses et terribles critiques pour son film The Brown Bunny), lui qui incarne pourtant si bien la solitude dans l’intime.
Album très personnel s'il en est ; WHEN est sorti en 2001 chez Warp Records (label indépendant anglais découvreur dans les années 90 de nombreux artistes Electro tels que Aphex Twin ou Autechre).
Il fut enregistré dans le propre garage de l’artiste autodidacte transformé en studio d’enregistrement, et se compose principalement de chansons instrumentales.
Dix titres évoquant l’Amour qui semblent « flotter » dans une ambiance parfois Jazzy ou folk.
Il règne dans tout l’album une impression d’errance aléatoire où la solitude (Yes, I'm lonely), l’amour obsession, voir exacerbé (Laura), le romantisme gentiment naïf (Honey Bunny) sont évoqués, paisiblement, dans une douceur précieuse.
Vincent Gallo, grand collectionneur de matériels audio rares et d’instruments de musique vintages, ne compose pourtant que des mélodies simples pour WHEN, et met ainsi en valeur sa voix si particulière, tremblante et androgyne à la fois, renforçant ainsi sa vulnérabilité. Cette vulnérabilité de l'artiste déjà perçue dans le moyen-métrage US Go Home de Claire Denis diffusé sur Arte dans la collection « Tous les garçons et les filles de leur âge » en 1994.
Il faut rester concentré quand on écoute WHEN, car chaque titre composé à partir d’une instrumentation minime s’égare dans une langoureuse mélancolie, mais sans jamais céder à l’affliction.
Vincent Gallo est un artiste plus romantique que mégalo, dont la voix douce et hésitante vouée à une sempiternelle tristesse « délicate » laisse sa meilleure empreinte musicale dans ces compositions dépouillées. Elles se reconnaissent assez facilement depuis son film Buffalo 66. Dès les premières minutes du film, dans un sublime patchwork d’images granuleuses de narcissisme triste, il y a déjà cette volonté d’utiliser peu d’instruments : quelques accords de piano aléatoires, de maigres percussions qui se brisent dans l’air telles des vagues imaginaires, un ou deux claviers vintages... et enfin la voix féminine de Vincent Gallo, calme, presque brisée, tant attendue dans WHEN.
Cet album est une invitation à accepter l’amour éphémère, mais certainement pas au suicide… Vincent Gallo « nous fait la grâce » de découvrir, avec cet album intimiste (autobiographique ?), une partie de son étrange univers. Déjà en 1979, avec son groupe Gray, dont l’un des membres n’était autre que Jean-Michel Basquiat, il emmenait l’auditeur dans une atmosphère musicale mystérieuse et « borderline ».
Vincent Gallo n’est pas psychotique, paranoïaque ou névrosé comme on peut le lire partout et surtout n’importe où. C’est un artiste sincère aux multiples talents, féru de recherches musicales et picturales. Il a su «imposer» son univers avec intelligence et classe en dévoilant ses doutes et ses faiblesses…
Un comble pour celui qui a été tant décrié à cause de son magnifique et incompris film The Brown Bunny !