À travers est un objet presqu'intégralement graphique (les seuls textes présent sont ceux situant le lieu et la date de l'action) qui suit la vie d'un personnage de sa naissance à sa disparition, comme "à travers" les yeux d'un Dieu qui l'observerait une fois par an.
Chaque double-page nous présente une scène-clé d'une année de vie de ce bébé/garçon/homme qui s'éprend d'une femme et de conquête spatiale ainsi qu'un détail de cette scène à travers un objet qu'elle contient : une porte vitrée, des jumelles, une loupe etc.
La balade est très plaisante, les à-plats de couleur sont très maîtrisés mais les ellipses temporelles et l'absence de dialogues et de commentaires ont un double effet parfois immersif et parfois déceptif.
En effet, laisser le lecteur imaginer ce qu'il s'est passé entre les 2 scènes décrites lui permet d'y projeter des éléments de sa propre vie et d'être ainsi surpris de la résonnance de certaines scènes parfois anodines avec des sentiments très intimes. D'un autre côté, la mise à distance permanente de ce personnage vu à moitié à travers des objets de toutes sortes sans plus d'explications sur ses désirs et ses déboires éloigne le lecteur du sort de ce protagoniste dont il ne se préoccupe que peu.
Le procédé de focalisation à travers un objet de la scène principale est intéressant mais n'est pas contributif à la narration car il n'apporte rien (on aurait pu imaginer qu'à travers chacun des objets, un détail apparaîtrait qui viendrait enrichir la première scène) et m'a ainsi paru artificiel à la longue.
Malgré tout, il y a de très très bonnes choses dans ce nouveau livre de Tom Haugomat. Les envies de comprendre l'infiniment petit (et donc notre pouvoir), l'infiniment grand (et donc notre insignifiance). Mais aussi ce constat qui ne me quitte plus depuis que j'ai refermé À travers : la valeur de ces trous noirs entre 2 scènes. Tous ces amis qu'on ne voit que sporadiquement, une fois l'an, leurs vies, malgré leurs beautés, nous resteront aussi insaisissables et distantes que celle de ce protagoniste tant il nous manquera tous ces instants forts qui font les choix et les chemins de chacun, instants qu'on ne peut qu'entrevoir ou déduire au grès des hoquètements de nos entrevues.
Je suivrai le travail de Tom Haugomat avec engouement.