(7,5/10) Un auteur italien au style très reconnaissable que j'apprécie beaucoup, découvert avec l'excellent Kobane Calling (2016: sur la question kurde); s'en est suivi pour moi la lecture du plus ancien et également très bon Oublie mon nom (2014: sur la mémoire, le passé et nos racines familiales). C'est donc avec plaisir que je me suis plongé dans ce Au-delà des décombres, en deux volumes (2017 et 2018).
Si cet opus est sans doute un peu moins convaincant que les autres qui sont précédemment passés entre mes mains - la faute en particulier à un premier volume un peu poussif dans la présentation de ses personnages et plus terne que d'habitude (avec un humour un peu en berne) -, il se reprend très bien dans sa 2nde partie, plus fun et plus aboutie - bref, bien davantage dans les standards auxquels m'avait habitué l'auteur. Du coup, je conseillerais vraiment de lire les 2 tomes coup sur coup (pour éviter ce que je pourrais qualifier d'effet "Kill Bill").
En effet, dans ce vol. 2, les longs développements fantastico-allégoriques (qui sont en quelque sorte LA spécialité et la marque de fabrique narrative de ZeroCalcare) esquissés dans le volume 1 prennent ici tout leur sens, tandis que les personnages connaissent tous des évolutions intéressantes, à bien des égards très justes et réalistes dans le regard que porte l'auteur sur cette période charnière de nos existences qu'est "la trentaine"; mais surtout, ces "destinées" existentielles, qui semblent parfois faire méchamment du sur-place, quand elles ne sont pas vécues tout simplement comme un déclassement par rapport à la situation des générations précédentes, sont à bien des égards symptomatiques des difficultés que rencontrent aujourd'hui souvent les jeunes de nos générations dans des sociétés européennes qui semblent parfois se détourner totalement d'eux...
Derrière la BD "tranche de vie" se cache donc une vraie réflexion politique; ce que j'aime chez ZeroCalcare: derrière l'humour, l'auto-dérision, les allégories épiques, on devine en fait une véritable inquiétude face à l'état actuel de nos sociétés et des adultes "précaires" qu'elles produisent et vont produire encore et encore. Où cela nous mènera-t-il? (pas la peine de vous faire un dessin sur la situation politique actuelle en Italie...)