Encore une fois, Motorô Mase propose une réflexion sociétale et aborde la notion de dérive dans nos systèmes modernes. Ici, le vecteur sera le phénomène réseau social, pris comme miroir des dangers de la pensée collective.
Le projet sur lequel s'appuie le système est peer to peer, c’est-à-dire sans passer par un serveur central. C’est en principe une garantie que le software ne soit pas copié et que l’opération reste circonscrite. Les passages explicatifs sont suffisants et tiennent la route en même temps qu'ils nous permettent d'entrevoir ce qui pourra potentiellement poser problème.
Le premier volume va dresser le portrait de la créature, Mai, un androïde d’apparence féminine qui devra donc exécuter les ordres de la majorité d’un groupe de 3000 internautes, choisis de façon aléatoire, ainsi le parcours et le raisonnement des deux ingé’ à l’origine du projet : Hisashi Iguma et Maezawa Taku.
Parallèlement, on voit quelques freeters qui vont tester l’expérience. Le focus est mis sur trois d’entre eux et on sent bien que Mase reprend un peu la formule utilisée dans Ikigami pour caractériser un parcours de personnage, au passé plus ou moins lourd et au présent plus ou moins agréable. Du coup, on commence à sentir où il veut en venir. Confier un tel pouvoir décisionnel à des gens perturbés psychologiquement ou en état de revanche sociale à prendre, ect, va forcément justifier que l’expérience peut partir en vrille et que oui, la démocratie a de drôles de dérives, a fortiori via le net.
J’espère juste que la démarche ne sera pas trop lourdingue, que Mase va faire dans la finesse, car il est tout à fait capable de nous caractériser un humain dans ses multiples facettes sans tomber dans la caricature. Et que cette fois il va soigner son final ^^
Mai est d’entrée de jeu attachante. Nos deux docteurs Frankenstein sont assez sympathiques. L’Enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Et ce n’est d’hier qu’avancées scientifiques et technologiques suscitent aussi bien de l’enthousiasme que de saines interrogations. Mais là la dimension est aussi sociale et politique. Espérons que Mase va savoir bien jongler avec tous ces thèmes, car le propos est ambitieux. Beaucoup d'informations et de pistes possibles pour l'intrigue dans ce premier volume, une mise en place qui ne traîne pas était peut-être à ce prix.. Espérons que le côté thriller va conduire tout cela sans pour autant faire perdre la substantifique moelle du propos. Je crains une succession de portraits comme ce fut le cas pour Ikigami. Même si la recette a fait ses preuves : faire avancer la réflexion de son lecteur à petit pas, mais de façon autonome, avec des ""études de cas", le tout dans le cadre d'une enquête.


Pour l'instant je suis tout de même emballée par ce premier volume, dont j'apprécie le trait réaliste ainsi que le thèmatique de fond qui ouvre bien des possibilités de traitement.

_Andrea_
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le 9 mai 2015

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