Il peut parfois être difficile de venir après un géant, une icône, une référence absolue du genre. La tâche est d’autant plus ardue lorsqu’on y ajoute beaucoup de pression et qu’on crée de l’attente chez les lecteurs. Doomsday Clock représente plutôt bien cette problématique. Se présenter comme une suite directe de Watchmen, œuvre cultissime, tout en ayant teasé l’évènement pendant de nombreuses années à travers des indices éparpillés. Geoff Johns s’est essayé à l’exercice et le résultat est mitigé.
Même si, de base, on pouvait s’attendre à ce que ça n’atteigne jamais le niveau de l’original, on aurait pu s’attendre à quelque chose plus consistant après toutes ses années d’anticipation. Or, entre une ligne éditoriale DC qui s’est démarquée de ce qui avait pu être installée précédemment depuis l’évènement Metal et une édition qui s’est étalée plus que prévue, on a presque l’impression que Doomsday Clock arrive trop tard. Et c’est son plus grand défaut, je pense. Parce que l’histoire même est intéressante : à l’image de son aînée, elle pose des questions sur notre société et son instabilité, sa défiance envers les autorités, sa peur face à l’incertitude du lendemain. Plus que jamais, c’est une œuvre qui s’inscrit dans le paysage actuel et qui dresse un portrait plus que pertinent et juste.
De même que le mélange des deux univers et la façon dont Johns traite l’héritage d’Alan Moore. On y retrouve des clins d’œil, des personnages, une structure même parfois trop similaire dans la volonté de rendre hommage. Toutefois, Johns décide de nous embarquer très vite dans l’univers DC pour y confronter les personnages à une menace inconnue et qui prend peu à peu de l’ampleur. Un peu comme on avait été habitué, on doit reconstruire un puzzle à travers des indices qui se révèlent petit à petit, sauf que bien sûr on doit parfois prendre des chemins détournés pour y parvenir. Une intrigue où plusieurs fils rouges s’entremêlent, pour conduire à un affrontement final qui révélera le grand schéma et réécrira une fois de plus l’univers DC (mais du coup, peut-être un poil trop tard ).
Du coup, on reste mitigé, parce qu’on se retrouve avec une histoire cohérente, passionnante et palpitante, mais elle paraît un peu déconnectée avec le reste. Les personnages y sont très bien décrits et si l’hommage prend parfois un peu trop de place, il évite de tomber dans certains travers inutiles. De plus, Geoff Johns réussit ici à créer une œuvre sociale qui s’inscrit dans notre présent, avec nos peurs et nos inquiétudes, et parvient à les utiliser pour créer sa dynamique narrative qui permettra à l’intrigue d’avancer. On peut être déçu sur certains aspects ou l’utilisation de certains personnages, surpris avec d’autres, et totalement satisfait dans cette confrontation tant attendue entre Kal-El et Dr Manhattan.
Ajoutons aussi les dessins de Gary Frank, toujours aussi riches et détaillés. Plusieurs planches sont vraiment très chouettes, y compris dans leur découpages, tout comme des cases qui restent assez fortes symboliquement. Les dessins et les couleurs s’inscrivent plutôt assez bien, même si on s’écarte pour le coup de ce que Dave Gibbons avait fait à l’époque. C’est un style très différent, mais il s’approprie plutôt bien les personnages et les univers pour les unir dans une œuvre qui reste à la fois fidèle et cohérente. C’est aussi très dynamique et fluide, tout en gardant ce côté à la fois posé et détaché de l’œuvre originale par moment.
Bref, cette suite se sera fait attendre, peut-être un peu trop, et c’est son seul réel défaut. L’histoire en reste passionnante, captivante et on s’y replonge avec un plaisir toujours identique. Si le message est différent, il n’en reste pas moins toujours assez fort et il permet de lever le voile enfin sur l’un des plus grands mystères de DC. À ne pas rater !