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Face 2 face
Romuald Giulivo, romancier français, et Jakub Rebelka, dessinateur polonais, signent avec ce livre un véritable succès, aussi bien sur le plan scénaristique que visuel. On est clairement sur du haut...
le 28 janv. 2026
Romuald Giulivo, romancier français, et Jakub Rebelka, dessinateur polonais, signent avec ce livre un véritable succès, aussi bien sur le plan scénaristique que visuel. On est clairement sur du haut niveau, avec un super travail des deux côtés.
Pour Giulivo, c’était une première incursion dans la bande dessinée, lui qui évolue habituellement dans la littérature pour adolescents. Pour Rebelka, pas vraiment, mais ce livre marque sans doute un tournant : autant par le prestige du projet que par la créativité déployée ici, une œuvre qui semble l’avoir libéré et nourrir son travail futur.
C’est aussi un vrai succès commercial : le livre est parti en réimpression quatre fois et s’est hissé à la deuxième place des ventes chez 404, juste derrière le phénomène Au-Dedans. Il est également sorti en single issue aux US, un choix un peu discutable, tant l’œuvre n’a pas été pensée pour ce format, ainsi que dans d’autres pays, en Chine par exemple.
Je ne savais pas vraiment quoi mettre en avant en premier lieu : la puissance du scénario ou celle du dessin. Allez, commençons par le scénario, car c'est de là que tout est parti !
L’arc narratif choisi par Giulivo pour raconter Lovecraft est inattendu, avec un positionnement fort vis-à-vis de l’homme, bien plus que de son œuvre, quasiment absente d’ailleurs. Ici, c’est Lovecraft en tant qu’individu qui est placé face à lui-même.
On est dans une forme de pamphlet, mais sans jugement frontal. Quelque chose de plus subtil, proche de l’auto-jugement, vraiment très bien fait.
D’assez loin, dans la mécanique scénaristique, cela m’a fait penser à la fable d’Ebenezer Scrooge : cet homme confronté à lui-même à travers des voyages dans le temps (passé, présent, futur), forcé de regarder son humanité en face. On a un procédé un peu similaire ici et qui fonctionne parfaitement.
En parallèle de cette force scénaristique, il y a toute la puissance visuelle de Jakub Rebelka. Les peintures, les rouges, les gris, les décors de Providence… Certaines pages sont tout simplement magnifiques. Le dessin peut parfois déranger, non pas parce qu’il serait déviant, mais parce qu’il n’est pas conventionnel, ce qui est précisément ce qui le rend si marquant. J’ai été frappé par la beauté de ce qui est proposé. Et la fin, sans rien en dire, est juste folle : on y voit pleinement le versant gothique et poétique du dessin de Rebelka, son côté peintre aussi : magnifique.
Pour conclure sur l’œuvre elle-même, c’est un livre qui peut clairement être apprécié par tous, fans ou non. Certains pourront trouver l’ensemble un peu trop verbeux, et ça s’entend. Il ne faut pas oublier qu’on a un romancier au scénario. J’ai parfois eu le sentiment que le texte pouvait empiéter sur le dessin, mais cela me semble nécessaire, surtout que le dessin parvient à se libérer au fil de l’ouvrage, laissant une vraie place aux images. Ce n’est donc pas l’œuvre la plus facile à lire, mais c’est une œuvre forte, dense et marquante, par tout ce qu’elle déploie.
Le rôle de l’éditeur et la qualité de l’édition
À noter également que Nicolas Beaujouan, directeur de la collection chez 404 Graphic, s’est occupé du lettrage. C’est quelque chose de caractéristique de cette maison : là où ce travail est souvent confié à des freelances ou à des prestataires externes, Beaujouan fait différemment et il fait lui-même. Cela s’explique à la fois par son côté directeur artistique, mais aussi parce que 404 publie peu de comics par an, ce qui permet ce niveau d’implication.
C’est aussi ce qui explique le rapport qualité/prix des éditions proposées. Celle-ci est d’ailleurs très belle, avec un prix qui reste maîtrisé : 25 €. Cela peut sembler élevé, mais ce n’est pas extravagant au regard du soin apporté à l’objet. Certes, il n’y a pas 300 pages, mais le travail éditorial, graphique et matériel rend l’ensemble très juste.
J’en profite pour souligner le travail des éditeurs et des directeurs de collection. Ceux qui choisissent les projets, les accompagnent, les travaillent et les pouponnent. Cette implication contribue directement à la qualité finale des livres, et je pense que si les lecteurs et lectrices y prêtaient davantage attention (aux éditions, aux artistes), cela ne pourrait qu’encourager et soutenir le secteur de la BD et du comics en France.
C’est un peu ce que réussissent côté romans, et à mon sens, les éditions Monsieur Toussaint Louverture : dès qu’un livre sort chez eux, on sent immédiatement la présence de la maison, sa marque. Et cette marque à elle seule fait mouche aujourd'hui. C’est ce modèle qu'il serait bon de retrouver dans les BD et comics en France, où le soin apporté aux œuvres et à ceux qui les font deviendrait un vrai standard qui parlerait de lui même.
Pour finir
J’ai eu la chance de faire dédicacer l’ouvrage par Giulivo et Rebelka, deux mecs très cools. Et que dire de Beaujouan qui était là aussi: c’est lui qui a fait confiance à Giulivo et à son scénario, alors que le projet sortait un peu de nulle part. Il a cru en ce livre, et il a clairement eu raison.
Cerise sur le gâteau : les trois ont annoncé travailler ensemble sur un nouveau projet, toujours chez 404 Graphic. Une excellente nouvelle à suivre sur 2027 peut-être.
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