J’ai tardé à ouvrir « Portugal » qui était rangé sur mon étagère depuis très longtemps.
Mais une fois commencé je n’ai pas pu le lâcher.
Non seulement c’est très bien scénarisé et les dialogues sont justes, mais en plus son graphisme sert réellement le propos de l’auteur. Pedrosa utilise toute une gamme de traités graphiques à chaque fois en accord avec le moment qu’il raconte, l’ambiance, l’émotion qu’il veut retranscrire. Les tons froids et la bichromie (voire la monochromie) sont utilisés pour souligner la monotonie de la vie du personnage de Simon au quotidien et son désintérêt pour tout, même pour son couple. Puis la couleur prend de plus en plus de place et le dessin finit par se libérer totalement, pour se rapprocher du carnet de croquis, en adéquation avec le propos du livre : le voyage initiatique d’un jeune adulte en quête d' identité. Les planches se suivent en crescendo de couleurs, le mélange entre un trait soigné et un autre beaucoup plus libre est toujours juste.
Tous ces éléments font qu’au bout du compte, on se met à la place du personnage principal (si tant est que l’on ne s’y reconnaisse pas) et on le comprend petit à petit .
Bref, ce livre m’a touchée et traite de sujets auxquels, je pense, tout le monde peut s’identifier (la famille, son histoire, l’immigration, qu’est-ce qui fait de moi ce que je suis, qu’est-ce qui importe le plus, qui suis-je, où vais-je, d’où viens-je…) avec un talent indéniable. Dans un sens, il m’a un peu fait pensé au « Journal de mon père » de Taniguchi - bien qu’il ne soit évidemment pas du tout du même style - car il a quelque chose de commun avec lui en ce qui concerne la famille, les non-dits et le temps qui passe. Sauf qu’en lisant le livre de Pedrosa et en déchiffrant les phrases en portugais, on a envie d’aller visiter Lisbonne.