Après le run de Morrison, Marvel décide de revenir à des choses plus classiques. Retour des costumes, retour de Claremont... mais au milieu de cette volonté affichée de retour aux sources, Marvel s'autorise un choix curieux et intéressant, celui de Peter Milligan sur l'une des séries X.
Milligan fait partie de cette vague d'auteurs Britanniques qui ont déferlé chez Marvel dans les 80's et qui ont amené avec eux des idées un peu transgressive. Sans aller jusqu'à le comparer à un Morrison ou à un Warren Ellis, Milligan a quand même travailler sur Miracleman ou X-Statix où il a pu prouver toute sa singularité.
Lorsqu'il arrive sur X-Men, le scénariste prend en charge une équipe bis composée de Malicia, Gambit, Havoc, Iceberg, Polaris et Wolverine, sous la direction de Emma Frost. Une équipe de second couteau qui lui permet d'avoir les coudées plus franches pour expérimenter. Une équipe jeune et impétueuse (si on met Logan de côté). Une poudrière en somme, alimentée par les relations amoureuses présentes ou passées. Gambit/Malicia d'un côté. Le triangle Polaris/Iceberg/Havok de l'autre. Et son run sera traversé par cette dualité : des idées novatrices plombées par du soap souvent lourd, dans la lignée de ce qu'a fait Chuck Austen avant lui.
Pas de super vilains à l'horizon et ce sera une constante tout au long du run. C'est d'ailleurs ce qui fera en partie le charme de son passage sur la série : les X-Men affrontent principalement des monstres plutôt que les vilains habituels. A ce titre, le premier arc est le plus réussi : l'équipe est confrontée à une créature qui fait resurgir leurs angoisses enfouies et les emmènera même dans l'espace, à travers un arc qui tend beaucoup vers l'horreur (avec même un clin d'œil à The Thing).
Mais le second arc qui se concentre essentiellement sur les relations amoureuses est beaucoup plus lourd. L'idée d'un élément perturbateur au sein même de l'école n'est pas mauvaise en soi mais l'angle très sexuel pris par Milligan qui conçoit Foxx comme une créature exsudant la luxure est un peu... déconcertant, voir gênant. D'autant plus qu'en plein milieu, il change de direction et que ça ne raconte plus vraiment la même chose.
La virée en terre sauvage avec La Panthère Noire, Le Fantôme Rouge et Tornade en guest reste aussi assez anecdotique et s'allonge plus que de raison alors qu'il ne tient que sur 4 épisodes.
Il faut dire aussi que Milligan n'est pas très aidé par Salvador Larocca, qui fait partie de cette catégorie de dessinateur très classique, plus doué pour les couvertures, dont les dessins restent trop statiques et dont le découpage des planches reste assez scolaire.
Un début de run en demi teinte, comme si le scénariste était constamment tiraillé entre son envie d'expérimenter et un cahier des charges qui l'en empêche.