Full Metal Jacket par filmsenvrac
Full Metal Jacket, film de 1987, réalisé par Stanley Kubrick
Titre original: Full Metal Jacket (film américain)
résumé: 1968. Un groupe de jeunes recrues suit un entrainement de huit semaines afin de les faire devenir des marines, ou pour reprendre les dires du sergent Hartman, leur instructeur, pour les faire devenir des machines à tuer. Au bout de huit semaines d'humiliations pendant lesquelles ils sont tous affublés d'un surnom ridicule visant à les rabaisser, ils sont affectés à différents commandos, dont certains partent pour le Vietnam, comme celui de "Guignol", qui a choisit de servir dans un régiment de journalistes de guerre, espérant poursuivre le métier de journaliste une fois la guerre finie. Certains n'en reviendront pas, d'autres, devenus fous à cause de la dureté de leur entrainement, mourront avant même d'y aller. Mais tous resteront marqués à jamais par les événements qu'ils auront vécus durant cette guerre des plus sanglante.
casting:
Matthew Modine: "Guignol"
Lee Hermey: Sergent instructeur Hartman
Vincent D'Onofrio: Leonard Lawrence dit "Baleine"
Arliss Howard: "Cowboy"
Kevyn Major Howard: "Raptorman"
Kieron Jecchinis: "La brute"
critique:
Stanley Kubrick est un réalisateur pour le moins eccléctique dans ses choix de films. Horreur, comédie, film historique, péplum, il aura touché à à peu près tous les registres possibles, et, chose rare, avec à chaque fois une adresse remarquable. Avec Full Metal Jacket, il s'attaque au film de guerre, avec un point de vue hautement psychologique, un point de vue que peu d'autres réalisateurs ont pris, faisant en grande partie l'originalité du film. Comme tous les films de Stanley Kubrick, Full Metal Jacket est une adaptation adroite d'un livre, à savoir The Short-Timers de Gustav Hasford, qui s'était servit de sa propre expérience en tant que correspondant lors de la guerre du Vietnam pour pouvoir l'écrire.
J'écrivais tout à l'heure que l'originalité du film venait tout d'abord du point de vue pris par Stanley Kubrick pour le réaliser. En effet, ce film est réalisé à la manière d'un documentaire qui aurait pour sujet de jeunes recrues américaines lors de la guerre du Vietnam. Ce procédé a d'ailleurs été repris par exemple dans le plus récent Jarhead, de Sam Mendes, qui s'est allègrement inspiré de Full Metal Jacket pour faire son film. Full Metal Jacket commence donc avec l'arrivée des bleus et dès le début, le ton est donné par leur instructeur, le sergent Hartman, admirablement interprété par Lee Hermey, et ce n'est pas par hasard, l'acteur ayant réellement occupé ce poste dans l'armée, ce qui vient ici grandement renforcer son charisme et sa crédibilité. L'entrainement des nouveaux marines est dur, très dur, surtout lorsque l'on rajoute l'humiliation que leur inflige le sergent dès les premiers jours. Toute cette partie n'est d'ailleurs pas sans rappeller Orange Mécanique, autre film de Stanley Kubrick dans lequel un délinquant subit un lavage de cerveau afin de le dégouter de la violence. Mais ici, si l'entrainement des jeunes recrues rappelle le lavage cerveau subit par Alex dans le film sus-cité, le but recherché par le sergent instructeur est en fait l'opposé de celui recherché par les médecins de Orange Mécanique. En effet, Hartman veut faire de ses élèves des tueurs, de vraies machines prêtes à tirer sur le premier vietcong qu'elles verront. Certains en ferront d'ailleurs les frais avant même de fouler le sol de ce pays dont ils ne savent rien. Sombrant de plus en plus dans la folie au fur et à mesure que l'entrainement avance, et subissant de plein fouet les brimades et les insultes énoncées par Hartman. C'est le cas de Leonard Lawrence, devenu la tête de turc du sergent qui l'a surnommé Baleine du fait de son physique, ce qui n'arrange rien au fait qu'il ait plus de mal que ses camarades pour enchainer les exercices et réussir les parcours du combattant. Alors "baleine", puisque c'est comme ça que tout le monde le surnomme, finit par parler à son fusil, seule chose qui ne le rejette pas et dont il sache se servir. Son état mental se dégradant de plus en plus sans que personne ne s'en rende vraiment compte, le pauvre jeune homme finira d'ailleurs par se donner la mort après avoir assassiné le sergent, la nuit juste après qu'il ait reçu son brevet de marines de l'armée américaine. Ce personnage de la recrue "Baleine" est interprété à la perfection par Vincent D'Onofrio qui lui donne toute sa profondeur tragique, rendant ce personnage légendaire qui est déjà "dans un monde ... merdique" encore et toujours plus inquiétant au fil de sa plongée dans la folie qui le consume.
La deuxième partie, consacrée à la guerre du Vietnam sur le terrain cette fois, change complètement de registre. Le personnage de "Baleine" est complètement oublié (car mort) et le personnage de "Guignol" reprend sa place en tant que seul personnage principal. Et pourtant, l'atmosphère du film n'en est pas moins inquiétante. Mais cette inquiétude n'est plus la même que dans la première partie, et la pression dans cette partie monte de manière beaucoup plus graduelle que dans la première partie où dès le moment où Leonard se met à parler à son arme, une seule question trotte dans la tête du spectateur, à savoir "quand va-t-il craquer et commettre une bêtise". Dans cette deuxième partie, l'ambiance démarre légère: "Guignol" et un ami à lui marchandent avec une prostituée vietnamennne les prix qu'elle leur propose pour ses services. Puis la pression monte un peu lorsque "Guignol" met en garde son supérieur à propos d'un attaque dont la rumeur cours qu'elle pourrait avoir lieu pendant la fête du Têt (nouvel an vietnamien), puis encore un peu plus lorsqu'il change de section avec son ami "Raptorman" pour être plus proche des combats. Après quelques attaques sans grands risques, l'unité de "Guignol" est prise au piège par un tireur isolé, scène faisant écho à une autre scène de la première partie, dans laquelle le sergent Hartman apprenait aux futurs marines que les plus grands meurtriers étaient tous des anciens marines de haut niveau, prenant comme exemple principal le meurtrier de John Fitzgerald Kennedy. Et c'est dans cette scène, encore plus que dans la première partie, que le génie de Stanley Kubrick est le plus visible. La tension est à son comble, et filmant la scène au plus près de l'action, toujours comme un documentaire, chaque action est rendue encore plus réelle, certains plans filmés de là où le tireur est posté faisant légèrement penser à un film de genre survival. Le spectateur vit réellement la scène en même temps que les personnages, et ressent leurs craintes et leurs angoisses en même tant qu'eux, c'est ça, un grand film de guerre comme on voudrait en voir plus souvent.
Deux parties réalisées à la manière d'un documentaire, un titre reflétant à lui seul toute la violence et l'horreur de la guerre (les munitions "Full Metal Jacketed" sont un type de balles recouvertes d'une feuille de métal dur, ce qui les rends perforantes sans pour autant neutraliser la cible du premier coups), des acteurs faisant preuve d'un grand talent, surtout pour les interprètes de "Baleine" et du sergent instructeur Hartman, des plans magnifiques, cette oeuvre, si ce n'est pas non plus le meilleur des films de Stanley Kubrick (le meilleur étant pour moi The Shining), n'a cependant pas volé sa réputation et n'a décidément rien à envier, dans le même genre, à Apocalypse Now ou Voyage au Bout de l'Enfer
critique écrite par Tagazok
ma note: 16/20
La réplique du film:
"- Je suis le sergent d'armement Hartman et votre chef instructeur. A partir d'aujourd'hui vous ne parlerez que quand on vous parlera et les premiers et derniers mots qui sortiront de votre sale gueule, ça sera chef, tas de punaises, est-ce que c'est bien clair?
- CHEF! OUI CHEF!
- Mon cul ! Je n'entends rien! Montrez moi que vous en avez une paire!
- CHEF! OUI CHEF!!!
- Si vous ressortez de chez moi les louloutes, si vous survivez à mon instruction, vous deviendrez une arme, vous deviendrez un prêtre de la mort implorant la guerre. Mais en attendant ce moment là, vous êtes du vomi, vous êtes le niveau zéro de la vie sur Terre, vous n'êtes même pas humains bande d'enfoirés! Vous n'êtes que du branleman végétatif, des paquets de merde, d'amphibiens, de la chiasse.
Parce que je suis une peau de vache, vous me haïrez. Mais plus vous me haïrez et mieux vous apprendrez! Je suis vache, mais je suis réglo. Aucun sectarisme racial ici : je n'ai rien contre les 'Negros', 'Ritals', 'Youpins' ou 'Métèques'. Ici vous n'êtes tous que de vrais connards, et j'ai pour consigne de balancer toutes les couilles de loups qui n'ont pas la pointure pour servir ma chère unité. Tas de punaises, est-ce que c'est clair?
- CHEF! OUI CHEF!
- Mon cul! Je n'entends rien!
- CHEF! OUI CHEF!!!"