Jouir en dominé et fuir (toute révélation)
Le quatrième film de Xavier Dolan est le moins aimable, c'est aussi un film laissant un goût bizarre, comme une parenthèse, une balade accomplie dans l'urgence et sans recul, perchée entre des actions de plus grande ampleur tout en étant plus limpides. Sur un air infâme, Xavier Dolan arrive à la campagne avec ses cheveux sales et décolorés. Il rejoint la famille de son jeune amant, mort dans un accident de voiture. La mère de celui-ci ne connait pas la nature de leur relation, au contraire de son frère Francis, archétype du redneck viril, fort et homophobe.
La vision portée par Dolan sur la ruralité est celle d'un masochiste complet. Il la présente comme un lieu glauque et forclos, tout en révélant ses charmes secrets et brutaux. Le publicitaire hype se balade dans un enfer sur-mesure, cette campagne mystique et mutique, brimante et régressive. Et Tom est attiré par le démon, restant en empathie pour la famille de son amant, conscient de leurs besoins quant à la ferme. Les coups, la domination et l'absence de perspectives sont pourtant criantes, mais des deux premiers il tire une certaine satisfaction. Il est possédé car il trouve ici une intensité réelle, pas celle singée dans son milieu originel, pas juste dans les fantasmes. Dolan est comme le personnage : il est attiré, voit l'opportunité d'une transformation, laisse filtrer des ressentis qu'il n'a pas trop su et surtout pas voulu juger ; et se détourne.
Vite, ne pas comprendre ce qui attire ainsi, retourner vers l'équilibre habituel ; retourner à la ville loin de cette emprise, se rappeler ce qu'on sait, que les campagnards sont des primates dangereux et continuer la vie sereinement. Retournons vers le confort, l'intensité cotonneuse, c'est notre place d'élection, après tout. Ainsi le film paraît d'autant plus troublé et à vif : face à l’ambiguïté, il décide de plonger dedans, tout en restant aveugle et se retirant avant que la confusion cesse. La schizophrénie entraîne quelques ravages au niveau de la BO, voulant croiser une authenticité populaire et une autre toute twee, ne donnant que des petits sons de souris malade ou de grosse balades de péquenaud en furie. Si quelqu'un impose une telle musique lors de votre enterrement, soyez dignes, revenez à la vie pour punir les trolls vous disant adieu de façon si ridicule.
Toujours narcissique, Dolan n'est pas de ceux (ou pas encore) dressant leur hagiographie de façon primaire. Ce qu'on trouve dans ses films, c'est ce narcissisme où un créateur se met en avant, se projette dans ses créations, se donne en toute transparence quitte à trouver de la grâce dans des échecs objectifs. C'est pour ça que l'oeuvre de Dolan est toujours intéressante, quoiqu'il arrive. Tom à la ferme est aussi le film où il s'inflige le plus de claques, bien plus que dans Les amours imaginaires. L'auteur se montre souvent en position de faiblesse, de victime ou dominé, statut auquel il s'identifie (sans extrapoler cette tendance à un degré social) : en tant qu'infirmière doublement impuissante et souffre-douleur d'un monstre, il s'épanouit. Étrange manie, que de toujours se relier à cette position d'infériorité, de récepteur sexuel éprouvé dont on ne sait (objectivement) jamais trop s'il aime ou pas.
http://zogarok.wordpress.com/2014/11/20/tom-a-la-ferme/
http://www.senscritique.com/film/Mommy/critique/48616943